Edition 04 | 2017

ORIENTATION

Consultation en ligne sur la formation continue

«Nous essayons d’automatiser le processus de conseil»

Cofondée par Beat Schlumpf, l’entreprise CV-Cube recommande à ses clients des perfectionnements appropriés. Les prestataires de formation s’acquittent de leur côté d’une commission de placement. Explications.

Interview: Stefan Krucker, rédacteur en chef de PANORAMA

Beat Schlumpf est cofondateur de CV-Cube. (Photo: DR)

Beat Schlumpf est cofondateur de CV-Cube. (Photo: DR)

PANORAMA: Je dois vous féliciter: dans le test que j’ai passé, votre collaboratrice m’a conseillé la même formation continue que celle que j’effectue depuis un an. Comment a-t-elle fait? Beat Schlumpf: Nous réalisons de nombreuses études de marché. Et nous travaillons à partir des informations que les candidats nous fournissent. Plus nous avons d’informations, meilleurs sont nos conseils. Lorsque le candidat nous transmet son C. V. ou nous communique son profil LinkedIn ou XING, nous le consultons. Et lorsqu’il nous donne son numéro, nous le contactons en retour par téléphone.

Pour moi, cela a bien fonctionné sans C. V. ni profils. Entendez-vous supplanter les services d’orientation?
En aucun cas. Nous nous voyons comme un complément. Nous ne proposons pas de consultation classique en orientation de carrière. Les personnes qui viennent nous voir savent la plupart du temps déjà dans quel domaine elles souhaitent se former. Nous étudions ensuite leur formation et leur expérience professionnelle et leur indiquons quel perfectionnement paraît le mieux adapté pour elles, et à quel niveau. Mais parfois, nous prenons un peu plus de temps, nous demandons au candidat comment il aborde ce domaine, comment il imagine ce qu’il y a derrière.

Cela n’a pas été le cas lors de mon test. La conseillère a juste pris note de ce que j’envisageais et m’a ensuite fait des propositions de formations continues.
C’est lié au fait que notre start-up est encore en phase d’apprentissage. Nous testons ce qui est pertinent et ce qui ne l’est pas. La première année, nous avons pris contact avec chacun des candidats. Nous y avons passé énormément de temps, mais cela a été très instructif. Désormais, nous essayons d’automatiser le plus possible ce qui peut l’être. Nous regardons s’il vaut la peine d’aller plus loin et de contacter le candidat. C’est un véritable exercice d’équilibriste. Après avoir soumis les offres au candidat, nous lui demandons systématiquement si elles correspondent à ce qu’il avait envisagé.

Vos revenus proviennent des commissions des institutions de formation. Quel est l’intérêt pour ces dernières de travailler avec vous?
Les deux parties y trouvent des avantages. Nous obtenons une commission en retour, et mieux nous connaissons l’institution et son offre, mieux nous pouvons conseiller nos candidats.

Comment procédez-vous lorsqu’une formation continue conviendrait parfaitement à un candidat mais qu’il n’existe encore aucun accord pour celle-ci?
Pour le moment, cela n’a aucune importance pour nous. Nous recherchons à la fois des institutions partenaires et des candidats. Nous conseillons ces derniers et leur recommandons un établissement. Lorsque nous n’avons encore aucun contrat avec cette institution, nous allons à sa rencontre et lui expliquons notre modèle.

Vous leur «vendez» donc les candidats?
Oui et non. Le candidat est clairement au centre de notre démarche. Nous essayons certes d’établir une collaboration avec l’institution, mais nous servons quand même d’intermédiaire aux candidats, même lorsque l’établissement ne souhaite pas s’associer avec nous. En 2016, près d’un tiers de nos placements nous ont rapporté de l’argent.

Combien de personnes avez-vous conseillées à ce jour?
Environ 1500.

Dans quelles branches?
En tant que start-up, il est nécessaire de se spécialiser. Mon associé et moi sommes issus des domaines de la vente, du marketing, des RH, de l’économie d’entreprise, de la numérisation; c’est aussi pour cela que nous avons commencé dans ces domaines-là. Lorsque nous ne connaissons pas un domaine, par exemple la santé, nous nous informons, notamment auprès des écoles. Nous ne nous sommes ainsi jamais vus contraints de refuser un candidat.

Collaborez-vous également avec les services d’orientation?
Cela n’est encore jamais arrivé. La raison principale est que, pour le moment, nous n’avons pas assez de choses à leur proposer.

Mais vous pourriez éventuellement tirer profit de ce qu’ils font?
Ce serait aussi une approche possible. Nous collaborons avec Gateway.one, qui fait office de partenaire stratégique. Nous avons par exemple eu quelques candidats qui n’avaient encore jamais fait d’apprentissage et souhaitaient suivre une formation continue. Nous les avons adressés à Gateway.one pour qu’ils puissent être conseillés.

Donc, pour en revenir à la question de la collaboration avec l’orientation…
Nous avons récemment été contactés par un centre d’orientation, qui pense que nous pourrions venir compléter son offre. Ils sont apparemment un peu dépassés par le foisonnement d’offres de formation continue et ne sont pas en mesure de conseiller précisément les candidats sur ce qu’ils devraient faire. Nous nous sommes dit qu’ils pourraient, après avoir mené une consultation classique, aiguiller les intéressées vers nous.

Cela ne peut marcher que si vous restez spécialisés, sinon le foisonnement des offres rendrait les choses difficiles pour vous aussi.
Tout à fait, c’est pour cela que nous n’avons pas encore approché activement les services d’orientation. Nous avons toutefois tâté le terrain sur le marché du B2B, en prenant contact avec de grandes entreprises qui ont leurs propres conseillers RH et qui proposent des plans de carrière, des programmes de gestion des talents, etc. Sur le principe, nous avons trouvé cela intéressant. Mais nous ne sommes pas encore arrivés à un stade d’automatisation et de savoir-faire où nous pourrions ouvrir notre entreprise à des personnes externes.

Utilisez-vous aussi orientation.ch pour vos recherches?
Au début de notre activité, nous avons analysé le marché très précisément, avec des sites tels que ausbildung-weiterbildung.ch ou encore weiterbildung.ch. La plupart d’entre eux proposent une méta-recherche: en indiquant par exemple le mot clé «marketing», on obtient tout un éventail de possibilités. Le champ est très large: employé-e spécialisé-e dans le marketing ou la vente, spécialiste en marketing, chef-fe de marketing, CAS dispensés dans des HES, responsable des médias sociaux ou du marketing digital, etc. Sur ces sites-là, les gens sont également dépassés. Ils obtiennent tout un bouquet d’informations mais ne savent pas exactement ce qui différencie un chef de marketing d’un spécialiste en marketing ou encore d’un marketing manager. Nous voulons leur montrer où ils se situent à ce moment-là et vers quoi ils pourraient se diriger. Nous intervenons dès que la consultation est terminée, c’est-à-dire lorsque le candidat sait clairement dans quelle direction il veut aller, et nous lui indiquons alors quelle formation continue suivre et quelles compétences il lui faut pour accéder à une position donnée.

Lors de la consultation, vous ne posez aucune question sur les objectifs de carrière. Vous prenez simplement en compte le domaine que vous indiquent les consultants et leur conseillez alors une formation continue...
Au début, nous ne fonctionnions pas du tout comme cela. Mais aujourd’hui, nous en sommes à un stade où nous automatisons certains processus. Nous mettons actuellement au point un projet avec la Haute école de Lucerne. Nous essayons d’automatiser ces processus grâce à l’intelligence artificielle, à l’apprentissage automatique, etc. Nous tâchons d’exploiter la quantité minimale d’informations avec laquelle nous pouvons faire des propositions à un candidat.

Liens et références bibliographiques

www.cvcube.ch

Encadré

J’ai testé pour vous une consultation sur cvcube.ch

La présentation du site Internet rappelle celle de WhatsApp: «Bonjour, je m’appelle Nathalia. Je suis ta conseillère numérique et je t’accompagne dans ton voyage vers la formation continue. Allons-y! Quel est ton prénom?» Comme je suis poli, je lui réponds: «Bonjour Nathalia, je m’appelle Stefan.» Nathalia répond en une fraction de seconde: «Bonjour Bonjour Nathalia, je m’appelle Stefan.» Le bot, autrement dit le logiciel avec lequel je m’entretiens manifestement ici, n’attend donc pas des phrases complètes mais traite toute ma réponse comme étant mon nom. Soit. En une seconde, le bot baptisé «Nathalia» me pose les questions suivantes: domicile, courriel ou encore numéro de téléphone. Suivent ensuite des questions sur le domaine dans lequel je voudrais suivre une formation continue, la région souhaitée, mes formations et perfectionnements précédents, etc. Il me demande si je dispose d’un C. V. à jour et d’un profil LinkedIn ou XING. Je réponds que non et je décline mon identité. Peu de temps après, je reçois un courriel: «Bonjour Bonjour Nathalia, je m’appelle Stefan. Nous te remercions de ta requête […] Je te contacterai dans les jours à venir afin de clarifier certains points pour pouvoir te proposer tes offres personnalisées.» Nathalia – cette fois-ci en chair et en os – m’appelle effectivement quelques jours plus tard. Elle parle un allemand assez approximatif et me tutoie. C’est un peu inhabituel, mais je ne me formalise pas pour si peu. Nathalia me demande à quel niveau j’avais pensé suivre une formation continue, s’il s’agissait plutôt d’un cursus ou d’un cours, et encore deux ou trois autres informations clés. Avant de me dire au revoir, elle me promet que je recevrai une proposition de perfectionnement au cours des jours suivants. Trois jours plus tard, je reçois effectivement un courriel avec trois propositions de formations continues et je vois en première position le même CAS que j’ai choisi de suivre depuis un an («Marketing Writer – Texter»). Test réussi! Nathalia a aussi identifié deux autres filières, dont l’une mène au brevet fédéral en lien avec mon activité. Je félicite Nathalia et lui explique que ma demande n’était qu’un test. (sk)

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Le prochain numéro paraîtra le 19 juin. Focus: Slashing