Edition 04 | 2017

FORMATION

Apprentissage en entreprise

Améliorer la qualité de la formation, ça paie

Dans beaucoup d’entreprises, la qualité de la formation est insuffisante. De plus en plus de branches prennent ce problème au sérieux et tentent d’y remédier avec des concours ou du coaching. C’est le cas de l’Union suisse des carrossiers, qui a reçu le prix Enterprize.

Par Daniel Fleischmann, rédacteur de PANORAMA

Le 14 mars 2017, Thomas Rentsch, de l’USIC, a reçu le prix Enterprize, sous les applaudissements de Johann Schneider-Ammann et de Hans-Ulrich Müller, président de la Fondation SVC. (Photo: USIC)

Le 14 mars 2017, Thomas Rentsch, de l’USIC, a reçu le prix Enterprize, sous les applaudissements de Johann Schneider-Ammann et de Hans-Ulrich Müller, président de la Fondation SVC. (Photo: USIC)

Rahel est coiffeuse. Elle a terminé son apprentissage en 2009, mais elle ne garde pas de bons souvenirs de cette époque. Selon elle, le temps que lui a accordé son formateur était très insuffisant et les encouragements inexistants. Au contraire: «Lorsque nous ne nous exercions pas assez aux techniques de base comme faire un brushing ou une mise en plis, nous devions payer une pénalité», relève la jeune femme. Sur les quatre apprentis qui travaillaient au salon, deux ont décidé d’abandonner la formation. Rahel n’a quant à elle pas terminé son apprentissage complémentaire dans la coiffure pour hommes. Des enquêtes montrent que neuf apprentis sur dix sont satisfaits de leur formation. Mais il existe des problèmes dans certains secteurs, dont la coiffure, l’hôtellerie-restauration, le commerce de détail, la branche automobile ou encore le bâtiment. Les ruptures de contrat d’apprentissage y sont plus nombreuses qu’ailleurs, comme le montrait notamment l’étude LEVA de 2006, et le taux d’échec à la procédure de qualification y est également plus élevé. Ce dernier atteignait 20% ou plus dans douze des plus importantes professions. Parmi celles-ci, la profession de carrossier.

Apporter les réponses qu’il fallait

Thomas Rentsch était enseignant de latin. Lorsqu’il a pris le poste de spécialiste de la formation auprès de l’Union suisse des carrossiers (USIC) en 2008, son expérience pédagogique a beaucoup joué en sa faveur; il n’avait en effet jamais débosselé ou peint une carrosserie de voiture. S’il était difficile pour lui de participer aux discussions sur les profils de qualification, il était en revanche en mesure de soulever des questions d’ordre pédagogique sur la formation professionnelle: Les entreprises formatrices comprennent-elles le langage utilisé dans les plans de formation? Appliquent-elles les niveaux de taxonomie de Bloom? La formation en entreprise est-elle réellement bonne? Thomas Rentsch a cherché des réponses à ces questions et les a trouvées en soutenant des entreprises formatrices et en mettant en évidence ce qu’est une bonne formation. C’est ce qui lui a valu de recevoir le prix Enterprize, distinction remise par la Fondation SVC pour l’entrepreneuriat, qui récompense l’esprit d’entreprise dans la formation professionnelle. Urs Burch, président de la commission Développement des professions de la Conférence suisse des offices de la formation professionnelle, en fait lui aussi l’éloge: «C’est un modèle. L’USIC a été l’une des premières associations professionnelles à reconnaître le problème. Et elle a su y apporter les réponses qu’il fallait.» Thomas Rentsch a en premier lieu simplifié les documents relatifs à la formation en entreprise. Il a ramené les six niveaux de Bloom à trois, réduit le plan de formation de 30 pages à une affiche que l’on peut accrocher dans chaque atelier et transformé le dossier de formation en un simple formulaire que l’on peut aussi agrémenter de photos. «Dans de nombreuses entreprises, ni les rapports ni les dossiers de formation n’étaient remplis correctement, souligne- t-il. Mais plutôt que de faire la police, j’ai essayé de les aider.» Thomas Rentsch a franchi une deuxième étape en lançant le label «Top-Lehrbetrieb», en réponse à la pénurie de main-d’œuvre qualifiée, au nombre trop élevé de ruptures de contrat d’apprentissage et à la réputation peu prestigieuse de la formation initiale dans la branche. «Je l’admets, nous avons de bonnes et de mauvaises entreprises formatrices. Les jeunes ne peuvent pas faire la distinction entre elles. C’est un problème», déclare Thomas Rentsch. Un problème que tente justement de résoudre le label. Les entreprises intéressées reçoivent la visite d’un spécialiste de la formation de l’USIC, sont soutenues par des conseils et des actions, et s’engagent en retour à respecter des conventions d’objectifs avec les apprentis. Un cours approfondi pour les formateurs, qui comprend une unité d’enseignement sous forme de stage, est en outre proposé sur une période de 20 heures. Les participants y sont initiés à la méthode de l’«apprentissage autonome». «Le maître d’apprentissage était autrefois celui qui démontrait, guidait et expliquait, précise Thomas Rentsch. Dans le cadre de cette approche, nous permettons à l’apprenti de découvrir des choses par lui-même en se fondant sur ses expériences préalables. Le formateur enclenche le processus d’apprentissage, accompagne et observe les jeunes, et revient avec eux sur leurs expériences d’apprentissage dans un dialogue constructif.» Articulé sur trois niveaux, le label comprend aussi d’autres éléments: cours sur des thèmes tels que l’entretien de feed-back ou la sélection des apprentis, analyse de la qualité de la formation en entreprise ou encore coaching. «Notre label repose sur la qualité telle qu’elle est vécue et pas sur des slogans publicitaires avec des promesses vides», souligne Thomas Rentsch. Depuis le lancement du label en 2014, quelque 60 entreprises formatrices (sur les 400 que compte la Suisse alémanique) l’ont obtenu. «Nous ne toucherons pas toutes les carrosseries, ajoute le responsable. Mais j’espère que les entreprises labellisées tiendront le haut du pavé auprès des professionnels et des futurs apprentis.»

D’autres branches s’engagent aussi

Comme l’a montré le projet «Stabil», améliorer la qualité de la formation en entreprise, ça paie: dans près de la moitié des entreprises formatrices, la formation est de très grande qualité; cela explique sans doute aussi pourquoi ces dernières ne subissent quasiment aucune rupture de contrat d’apprentissage (cf. PANORAMA 2/2014). Outre l’USIC, d’autres associations professionnelles s’engagent également dans ce domaine. Depuis 2009, Viscom organise chaque année un congrès pour les formateurs dans les entreprises, les écoles professionnelles et les cours interentreprises. GastroSuisse a lancé en 2011 le prix Porteurs d’avenir, qui distingue des maîtres d’apprentissage engagés. Chez les plâtriers-peintres, un support pratique a été développé sur la base de la «QualiCarte», pour rechercher et former la relève. Dans le cadre de la mise en place des nouvelles formations initiales de maçon-ne et d’aide-maçon-ne, la SSE a élaboré un concept d’information qui doit garantir une qualité irréprochable de la formation. Une analyse de Patrizia Hasler réalisée en 2014 a servi de base à ce concept. Elle montrait notamment que de nombreux apprentis n’étaient pas suivis par des maîtres d’apprentissage formés à la pédagogie et à la didactique, mais par des chefs d’équipe, des contremaîtres, voire des employés non qualifiés. Le Centre pour le développement des métiers (CDM) de l’IFFP s’occupe depuis longtemps déjà du développement et de la mise en œuvre des prescriptions sur la formation. Thomas Rentsch a été largement soutenu par le CDM, y compris dans la rédaction de documents de formation dans un langage simple. Cette démarche a d’ailleurs été financée par le SEFRI. Selon Rolf Felser, responsable de domaine au CDM, de nombreuses organisations du monde du travail (OrTra) sont sur la bonne voie. Mais certaines sont en retard – bien que l’art. 8 de la loi sur la formation professionnelle exige des prestataires une assurance de la qualité. «Ici, le Réseau Métiers à faible effectif pourrait jouer un rôle», déclare le responsable. Mais il est aussi possible que certaines associations créent un label de qualité commun sur le modèle de l’USIC; un atelier rassemblant plusieurs grandes OrTra est déjà prévu.

Liens et références bibliographiques

Apprentissage autonome: www.foraus.de

Encadré

Le canton de Zurich prend des mesures

Un projet visant à augmenter le taux de réussite à la procédure de qualification (PQ) a été lancé en 2015 dans le canton de Zurich. Il met l’accent sur sept formations professionnelles initiales liées aux secteurs de l’automobile, de l’électrotechnique et de la technique du bâtiment, pour lesquelles le taux de réussite est inférieur à 75%. Ce projet a été mis en œuvre en collaboration avec les écoles professionnelles et les organisations du monde du travail, en se fondant sur une série de données chiffrées récoltées durant trois ans ou plus, qui ont ensuite été analysées et commentées lors de tables rondes. L’analyse des causes vise à éviter que les différents acteurs ne se rejettent la responsabilité. Communiquer de manière précoce des difficultés scolaires à l’entreprise, bifurquer vers une profession aux exigences moins élevées, optimiser la PQ ou encore former les experts pour les examens oraux: telles sont quelques-unes des mesures envisagées. Les entreprises dont les apprentis échouent plusieurs fois à la PQ doivent avoir la possibilité de mettre en place un coaching. Plusieurs spécialistes suivent actuellement une formation à cet effet. «Dans les professions de mécanicien-ne en maintenance d’automobiles et de mécatronicien-ne d’automobiles, un apprenti sur quatre ou cinq échoue à la PQ», relève Andreas Billeter, responsable de la formation professionnelle auprès de la section zurichoise de l’Union professionnelle suisse de l’automobile. «Nous essayons désormais d’améliorer le recrutement des apprentis et de mieux informer les entreprises formatrices sur les possibilités qui existent, telles que le prolongement de la période d’essai. Lors des discussions, les coaches assument certaines tâches, comme jadis la surveillance, en collaboration avec le canton.» Les métiers de la restauration ont déjà réussi à améliorer le taux de réussite à la PQ. Tous les apprentis de ce secteur ont pu passer un examen blanc et seules quelques entreprises sont suivies par un coach. D’après Walter Röllin, de l’Office de l’enseignement secondaire du 2e degré et de la formation professionnelle du canton de Zurich, le taux d’échec lors de la dernière PQ était d’environ 10%, ce qui correspond à la moyenne de l’ensemble des formations professionnelles initiales.

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