Edition 04 | 2014

FORMATION

Associations professionnelles

A l’écoute des entreprises et des besoins du marché du travail

Les associations professionnelles jouent un rôle essentiel dans le système de formation professionnelle suisse. Regroupant des entreprises ou des associations patronales dont les activités sont proches, elles peuvent définir les formations qui correspondent le mieux aux besoins de leurs membres. Exemple dans le secteur horloger.

Par Pierre-Yves Puippe, rédacteur de PANORAMA

Les partenaires dans l’industrie horlogère connaissent les préoccupations des entreprises. (Photo: Fabian Stamm)

Les partenaires dans l’industrie horlogère connaissent les préoccupations des entreprises. (Photo: Fabian Stamm)

La loi fédérale sur la formation professionnelle du 13 décembre 2002 définit dans son premier article que la formation professionnelle est une tâche commune de la Confédération, des cantons et des organisations du monde du travail (OrTras). L’article est complété par une parenthèse dans laquelle est précisé ce que sont ces organisations. Il est vrai que le paysage des OrTras (partenaires sociaux, associations professionnelles, autres organisations compétentes et prestataires de la formation professionnelle) est très diversifié. Un regard sur les seules associations professionnelles en apporte la preuve. De la petite association professionnelle qui s’est constituée pour défendre un seul métier et qui lutte pour une reconnaissance nationale à la grande structure s’occupant d’une dizaine ou plus de professions: toutes les situations existent.

Dans l’horlogerie

Créée le 1er janvier 1938, la Convention patronale de l’industrie horlogère suisse (CP) est la seule grande association professionnelle nationale basée en Suisse romande. Comme la plupart des entreprises horlogères se trouvent dans l’Arc jurassien, entre Genève et Bienne, il était dès lors logique, pour cette association, d’avoir son secrétariat central en Suisse romande afin de rester proche de ses membres. Forum d’associations patronales et non d’entreprises, la CP offre des prestations dans les domaines de la politique patronale, de la santé et de la sécurité au travail ainsi que de la communication. Elle s’occupe aussi de la formation professionnelle et gère dix professions. La profession de cadranographe ainsi que celle d’opérateur et opératrice en horlogerie ne sont pas réglementées par le Secrétariat d’Etat à la formation, à la recherche et à l’innovation (SEFRI). Le diplôme pour la première et le certificat pour la seconde sont délivrés par la CP.

Pour les besoins des entreprises

Ces deux professions ont été créées par la CP pour les besoins des entreprises. Le fait d’avoir des professions «privées» permet de gagner en souplesse: elles peuvent être très rapidement modifiées pour répondre aux besoins exacts des entreprises. Cependant, leurs coûts sont plus élevés et elles peuvent facilement varier d’une région à l’autre. Pour assurer son travail, la CP possède un secrétariat général employant huit collaborateurs et collaboratrices, dont Séverine Favre, qui s’occupe de la formation professionnelle. Pour le développement des professions ou la conception des plans de formation, la responsable doit faire appel à des personnes actives dans les entreprises et qui connaissent bien les exigences de la profession. Il ne s’agit toutefois pas d’un travail de milice. Si la taille de la CP lui permet de disposer d’un personnel engagé à plein temps, il n’en va pas de même pour bon nombre de petites associations professionnelles. Dans ces dernières, le travail est assuré par des employés à temps partiel, qui œuvrent parfois pour plusieurs associations ou qui partagent leurs activités en faveur de la formation professionnelle avec d’autres tâches.

Tenir compte du tissu économique

L’association professionnelle est confrontée à un tissu économique très large: la taille des entreprises, leur attitude face à l’innovation, la diversité de leurs activités qui impliquent des visions d’avenir et des besoins différents. Pour la CP, un autre défi important se pose. La plupart des professions ont été instaurées lors de la crise horlogère des années 70. Il fallait répondre à un besoin de formation pour retrouver des spécialistes des montres mécaniques. Les entreprises, secouées par la crise, n’avaient pas les moyens de former. La formation s’est donc naturellement mise en place dans des écoles à plein temps. Aujourd’hui, il s’agit de recréer une culture de formation en entreprise pour ces mêmes entreprises qui ont pendant longtemps bénéficié d’un personnel formé en école.

Partenariat

La relation entre les partenaires sera certainement jugée de manière assez différente selon les OrTras. Cependant, pour Séverine Favre, les relations avec la Confédération sont bonnes. Le SEFRI s’impose comme un bon coach dans la rédaction des ordonnances. Le problème est surtout dû à la lourdeur inhérente à une administration aussi importante. Elle manque ainsi parfois de la souplesse nécessaire pour répondre à des entreprises qui doivent réagir très rapidement à des changements de conjoncture. Séverine Favre évoque encore une difficulté: depuis l’entrée en vigueur de la loi, la responsable a accompagné la révision des dix professions dépendantes de la CP et a dû, pour chacune d’elles, se baser sur de nouveaux documents et des exigences fixées par la Confédération. Selon elle, il serait utile d’avoir une plus grande stabilité afin de faciliter le travail. La collaboration avec les cantons est généralement saluée. Deux problèmes se posent toutefois pour les associations. D’une part, les procédures peuvent être différentes d’un canton à l’autre, ce qui se traduit parfois par des lourdeurs administratives pour les entreprises et les associations. D’autre part, entre les mouvements de personnel et le manque d’informations claires, les associations ont parfois des difficultés à trouver le bon interlocuteur pour traiter leurs questions. Pour les associations, le défi est d’élaborer les formations les plus proches des besoins des entreprises et d’encourager ces dernières à former sans cesse le personnel nécessaire à la poursuite et au développement de leurs activités économiques.

Liens et références bibliographiques

www.cpih.ch
Bonoli, L. (2012): La naissance de la formation professionnelle en Suisse: entre compétences techniques et éducation morale. In: Education permanente (N° 192). Arcueil.
Feuille fédérale N° 46 (1928)

Encadré

Coup d’œil sur le passé

Par Mimita Zabana, collaboratrice spécialisée au CSFO

Les associations professionnelles ont significativement contribué à la pro­­motion et au développement du système suisse de formation professionnelle entre 1880 et 1930. Le contexte dans lequel elles agissent est lié aux changements relatifs à la situation historique, sociale et économique du début du XIXe siècle, qui sont à l’origine d’une crise profonde de l’apprentissage traditionnel. Le principe de la liberté de commerce et d’industrie, introduit par l’Acte de médiation en 1803, a d’abord conduit à l’abolition du système des corporations. Cette abolition a eu pour effet colla­téral de faire disparaître le système d’initiation aux métiers, qui s’était constitué au fil des siècles et qui avait assuré pendant longtemps, dans plusieurs cantons suisses comme ailleurs en Europe, la transmission des savoirs professionnels. Au même moment, avec l’arrivée de la révolution industrielle en Suisse, les machines bouleversent les moyens de production dans les usines, avec, entre autres, des effets sur le rôle des qualifications des travailleurs. L’industrialisation introduit notamment le principe de la division du travail qui aboutit à une simplification extrême des tâches professionnelles n’exigeant pas de quali­fication particulière pour être exécutées. Dans les entreprises comme dans la société, les conséquences se manifestent. La qualité de la production baisse et les entreprises peinent à faire face à la concurrence internationale. Aussi les parents placent de moins en moins leurs enfants en apprentissage mais les envoient plus volontiers travailler comme manœuvres dans les fabriques, où ils peuvent gagner facilement de l’argent sans avoir de qualification spéciale et contribuer à la subsistance de la famille. Les conditions de travail sont difficiles et il y a un manque de dispositions légales promouvant la formation professionnelle et contrôlant son bon fonctionnement. Dans un tel contexte, la formation pro­fessionnelle perd de son intérêt. De nombreuses associations professionnelles, tant d’employés que d’employeurs, apparaissent durant la seconde moitié du XXe siècle. D’abord au niveau régional puis au niveau national. Elles vont jouer un rôle déterminant dans le développement et la promotion du système de formation professionnelle dans notre pays (surtout entre 1880 et 1930), car c’est précisément dans les milieux professionnels que les carences du système sont le plus souvent relevées. Dans l’objectif de s’assurer une main-d’œuvre qualifiée et de relancer l’économie, les associations professionnelles, représentant les entreprises de divers secteurs, vont organiser des cours professionnels et prendre les premières mesures pour réglementer l’apprentissage. Ces mesures vont de l’obligation de suivre des cours théoriques pour compléter l’enseignement pratique dis­pensé dans l’entreprise jusqu’à l’obligation de se présenter à des examens de fin d’apprentissage. Elles interviennent également dans l’élaboration de la législation, notamment la première loi fédérale sur la formation professionnelle de 1930. La combinaison qui se met en place à cette époque entre l’apprentissage pratique chez un patron et des cours professionnels théoriques va introduire en Suisse le système dual que nous connaissons aujourd’hui.

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