Edition 01 | 2014

Focus "Politique du marché du travail"

Pénurie de main-d’œuvre

Du personnel qualifié pour une économie forte

Défi pour les milieux de l’économie, la pénurie de personnel qualifié fait l’objet d’une orientation significative de la politique du marché du travail. Avec des succès, mais non sans aléas.

Par Philippe Frossard, rédacteur de PANORAMA

Bon nombre d’entreprises en Suisse peinent à trouver le personnel qualifié qui réponde à leurs besoins. Attirer les meilleurs professionnels devient pour elles un réel défi. Les pays européens sont confrontés aux mêmes problèmes. La population est vieillissante, de surcroît. Les entrepreneurs de notre pays ne peuvent donc plus miser uniquement sur l’immigration pour satisfaire la demande croissante de personnel qualifié. Fort de ces constats, le Département fédéral de l’économie, de la formation et de la recherche (DEFR) a lancé l’«Initiative visant à combattre la pénurie de personnel qualifié». C’est un exemple ambitieux de politique du marché du travail. Il s’agit en effet de recourir davantage au potentiel offert par la main-d’œuvre indigène, selon quatre champs d’action:
– relever le niveau de qualification pour répondre aux besoins des entreprises;
– encourager l’innovation afin d’accroître la productivité et ainsi atténuer la pénurie de personnel qualifié;
– créer de bonnes conditions de travail pour les travailleurs âgés;
– améliorer la conciliation entre vie professionnelle et vie familiale. Le renforcement des politiques actuelles et la mise en œuvre de nombreuses mesures supplémentaires ayant déjà été identifiées devraient permettre d’activer d’ici à 2020 un potentiel conséquent de professionnels adaptés aux besoins de l’économie (cf. tableau).

Des acteurs multiples

La concrétisation du programme de mesures se révèle complexe. La qualification à hauteur de 95% des jeunes de moins de 25 ans au niveau du secondaire II ne concerne par exemple pas directement l’initiative, mais résulte du «Programme national de prévention et de lutte contre la pauvreté». Par ailleurs, les champs d’intervention pour concrétiser l’initiative sont multidimensionnels (formation, sécurité sociale, innovation, secteurs économiques et champs professionnels) et impliquent de nombreux responsables au sein des départements fédéraux, mais aussi cantonaux. Très concernés et favorables à l’initiative, les partenaires sociaux ne sont pas encore suffisamment impliqués. Certaines mesures et de nouvelles ressources financières conformes aux objectifs de l’initiative du DEFR (exemples: loi fédérale sur la formation continue, structures d’accueil pour les enfants des femmes actives) dépendent d’une volonté politique rarement univoque. Les différents acteurs sont censés agir en fonction de leur champ de compétence. L’initiative contre la pénurie de main-d’œuvre peut, comme politique du marché du travail, s’enorgueillir de leur adhésion à l’analyse de la situation et de développements déjà en cours (mesures cantonales pour renforcer les formations en santé, attrait des formations en mathématiques, en informatique, en sciences naturelles et en technique, etc.). Malheureusement, le projet d’ensemble ne fait l’objet d’aucun calendrier, ni d’un programme de réalisation. Sans compter qu’il se heurtera à deux difficultés majeures:
– en Suisse, le taux d’activité de 79% (chiffre de 2009) des 15-64 ans est déjà un pourcentage record sur le plan européen;
– le rythme de croissance de la population en âge de travailler se ralentira à terme: le nombre de jeunes à la recherche d’une place d’apprentissage ne cesse d’ailleurs de diminuer et le nombre d’étudiants dans les hautes écoles devrait baisser dès 2014. Des difficultés qui devraient alerter tous les milieux concernés de l’urgence d’un consensus et de la nécessité d’un pilotage conséquent de l’initiative contre la pénurie de personnel qualifié.

Liens et références bibliographiques

www.wbf.admin.ch

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