Edition 02 | 2019

MARCHÉ DU TRAVAIL

Seniors au chômage

«Licenciements impitoyables»

De plus en plus de seniors finissent au chômage. Une initiative populaire a été lancée pour contrer ce phénomène. Denis G. Humbert en est l’un des auteurs.

Interview: Daniel Fleischmann, rédacteur de PANORAMA

Denis G. Humbert est avocat. (Photo: DR)

Denis G. Humbert est avocat. (Photo: DR)

PANORAMA: Pourquoi vouloir réformer la protection des employés âgés? Denis G. Humbert: Depuis une dizaine d’années, je constate une augmentation des licenciements de personnes de plus de 50 ans. Les statistiques le confirment. En cause, un changement de pratiques en matière de licenciement et la globalisation qui exerce une pression croissante au niveau des coûts dans les entreprises: la responsabilité patronale envers le bien-être des employés a cédé devant le paradigme de la maximisation des profits. Un peu partout, les licenciements sont impitoyables et rapides.

En Suisse, le taux d’activité des seniors est très élevé (2017: 75%) comparé à d’autres pays.
C’est toujours moins que dans la tranche d’âge des 40-54 ans, où ce taux dépasse 90%. Par ailleurs, les personnes de plus de 50 ans ne retrouvent un emploi qu’après neuf mois ou plus, contre trois pour les 15-24 ans.

Pourquoi licencie-t-on plutôt les travailleurs âgés?
Parce qu’ils coûtent davantage, ont la réputation d’être moins flexibles et touchent des salaires plus élevés. Les CCT avec des salaires qui augmentent automatiquement par tranche d’âge sont également problématiques. Par ailleurs, les employeurs versent 9% du salaire mensuel à la caisse de pension pour les travailleurs de plus de 50 ans, contre 3,5% pour les trentenaires. Sans oublier la cinquième semaine de congé qui est habituellement accordée aux plus de 50 ans.

Certains préconisent de diminuer les salaires des employés âgés…
Je trouve l’idée de carrière en arc intéressante, pour peu qu’elle aide vraiment ces personnes à conserver leur emploi.

Sur vos huit propositions pour protéger efficacement les employés âgés, laquelle est la plus importante?
Inciter les employeurs à changer de comportement, et non interdire. Cela pourrait passer par des crédits d’impôts, des subventions salariales provenant de l’assurance-chômage ou la suppression du taux élevé de cotisation à la caisse de pension.

Vous proposez aussi des règles de licenciement plus strictes. N’est-ce pas contre-productif?
Ça dépend. Ma proposition ne fait que rappeler la jurisprudence du Tribunal fédéral au sujet des obligations envers les employés âgés avec de nombreuses années d’ancienneté. Il faudrait intégrer cet arrêt dans la législation. Malheureusement, le Parlement reste les bras croisés.

Que prévoyez-vous pour la suite?
Nous venons de constituer une large alliance contre les discriminations liées à l’âge et lancerons, en 2019 encore, une initiative constitutionnelle. Elle demandera au législateur de prendre des mesures contre de telles discriminations.

Liens et références bibliographiques

www.altersdiskriminierung.ch
Humbert, D. G. (2018): Vorschläge für einen wirksamen Schutz älterer Angestellter. In: Plädoyer (N° 3, pp. 39-43).

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Prochaine édition

Le prochain numéro paraîtra le 25 octobre. Focus: Égalité des sexes