Edition 04 | 2018

Focus "Handicap"

Degré secondaire II

La compensation des désavantages a fait ses preuves

Selon une étude, la compensation des désavantages contribue à l’égalité des chances et permet à de nombreux bénéficiaires de réussir leur entrée dans la vie active à la fin de leur scolarité. Sa mise en œuvre concrète dans les écoles professionnelles et les établissements de formation générale peut toutefois encore être améliorée.

Par Claudia Schellenberg, enseignante à la Haute école intercantonale de pédagogie curative de Zurich

Par rapport au degré secondaire I, le degré secondaire II ne compte que peu de mesures spécifiques pour les jeunes présentant un handicap. La compensation des désavantages constitue en cela un instrument important: elle permet de supprimer ou de réduire les contraintes liées au handicap en adaptant les conditions d’apprentissage et d’examens aux besoins des apprenants et apprenantes concernés. Ce dispositif se fonde sur la loi du 13 décembre 2002 relative à l’égalité pour les handicapés, qui stipule que des mesures doivent être prises pour garantir l’égalité des personnes présentant un handicap. Une étude de la Haute école intercantonale de pédagogie curative (HfH) s’est intéressée à la manière dont la compensation des désavantages est utilisée à l’heure actuelle dans les écoles professionnelles et les établissements de formation générale.

La dyslexie, motif principal de la compensation

Cette étude montre que le nombre de demandes a augmenté au cours des dernières années. En 2017, quelque 1000 apprentis et apprenties ont pu bénéficier d’une compensation des désavantages durant leur formation professionnelle initiale. Selon les cantons, cela représente entre 0,2 et 4,3% de l’ensemble des contrats d’apprentissage (2010-2016), la plupart affichant toutefois des taux inférieurs à 1%. Seuls les cantons de Neuchâtel (de 1,1 à 2,4%) et de Genève (de 3,0 à 4,3%) présentent des taux supérieurs. Malgré des données chiffrées lacunaires, on constate que les mesures de compensation des désavantages sont deux fois plus nombreuses dans les écoles professionnelles que dans les établissements de formation générale. C’est la dyslexie qui fait le plus souvent l’objet d’une demande de compensation, suivie par le TDAH (trouble du déficit de l’attention avec ou sans hyperactivité), la dyscalculie et d’autres problématiques (maladies chroniques, problèmes de langage, etc.). Dans les trois quarts des cas, la compensation des désavantages n’intervient, dans la formation professionnelle, qu’au moment de la procédure de qualification. L’octroi de temps supplémentaire lors des examens et l’utilisation de moyens auxiliaires (dictionnaires ou ordinateurs, par exemple) comptent parmi les mesures les plus fréquemment appliquées. D’autres mesures, telles que l’adaptation des exercices proposés ou du format de l’examen (oral au lieu d’un écrit, par exemple) ou encore la modification des critères d’évaluation (grammaire pas prise en compte, par exemple), restent beaucoup plus rares. Les écoles interrogées mentionnent souvent les difficultés rencontrées pour mettre en place ce type de mesures. Une partie de l’étude est constituée de questions posées à de jeunes adultes fraîchement diplômés de la formation professionnelle et qui ont bénéficié d’une compensation des désavantages. Un grand nombre d’entre eux indiquent (a posteriori) avoir vécu comme pesante la procédure d’attribution d’une compensation et ne pas avoir été bien informés. La plupart ont ainsi apprécié la fluidité de la mise en œuvre de ces mesures dans l’école et se sont sentis très bien acceptés parmi leurs collègues. Près de 50% des jeunes interrogés attribuent explicitement la réussite de leur formation à ces mesures.

Entrée sur le marché du travail

Un an après l’obtention de leur diplôme, 71% des jeunes avec handicap exercent une activité salariée, 19% poursuivent une formation continue et 9,7% n’ont pas encore trouvé d’emploi rémunéré. Ces chiffres sont comparables à ceux de la population moyenne de cette tranche d’âge (comme le montre notamment l’étude longitudinale TREE). Deux tiers des élèves des établissements de formation générale intègrent une haute école directement après l’obtention de leur diplôme, le tiers restant faisant autre chose (armée, stage, etc.). Les jeunes se disent très satisfaits face aux différents aspects du travail. Seule une minorité d’entre eux (un peu moins de 10%) ont été confrontés à des difficultés lors de leur intégration dans une nouvelle équipe ou auprès d’un nouveau supérieur hiérarchique. Aucune mention de la mesure de compensation des désavantages n’apparaît sur le diplôme, car les objectifs et les contenus pédagogiques sont identiques. Près de la moitié des écoles professionnelles et des établissements de formation générale estiment cependant que les employeurs devraient être informés de la compensation des désavantages. D’où l’idée de procéder, si nécessaire, à d’autres adaptations à l’issue de la période scolaire. Les résultats montrent en revanche que la part des personnes ayant besoin d’adaptations complémentaires sur leur lieu de travail (ajustement du volume du téléphone, utilisation de claviers spéciaux, etc.) est assez faible (13%). Près de la moitié des jeunes (44%) indiquent eux-mêmes à leurs employeurs avoir bénéficié d’une compensation des désavantages à l’école. Cette information est bien accueillie par la plupart des entreprises, mais elle soulève des incertitudes chez environ un quart d’entre elles.

Propositions d’amélioration

Comment améliorer la mise en œuvre de la compensation des désavantages et favoriser l’équité dans l’éducation? Il est notamment important que les informations sur la compensation soient mieux diffusées dans les écoles et les cantons afin que tous les jeunes concernés et leurs parents puissent recourir tôt à cette possibilité. Il s’agit surtout de veiller à ce que certains parents peu instruits aient accès à ces informations: en effet, pour qu’une compensation des désavantages puisse être attribuée à un élève, il faut qu’une demande soit déposée par un représentant légal et qu’un certificat médical attestant d’un handicap soit établi par un médecin. La transition du degré secondaire II vers une profession ou vers une formation complémentaire se déroule de manière comparable pour les jeunes avec ou sans compensation des désavantages. Dans de rares cas, les jeunes avec un handicap et bénéficiant de la compensation des désavantages ont besoin d’adaptations supplémentaires sur leur lieu de travail; il pourrait dès lors être intéressant pour les employeurs de se mettre en contact avec les anciens enseignants (ou le personnel médical) des jeunes et de se concerter avec eux sur les adaptations nécessaires. Les enseignants du secondaire II sont de plus en plus confrontés à des jeunes présentant des problématiques plurielles. À l’avenir, l’enseignement devra être davantage individualisé et il conviendra d’appliquer les principes d’une «didactique intégrative», nécessaires à cette individualisation. Une nouvelle étude de la HfH et de la Haute école de travail social de Lucerne, intitulée «Enhanced Inclusive Learning (EIL)», porte sur cette thématique. Elle cherche avant tout à savoir comment intégrer correctement des mesures de compensation dans l’enseignement et comment concevoir une offre de formation adaptée pour les enseignants.

Liens et références bibliographiques

Schellenberg, C., Hofmann, C., Georgi, P. (2017): Laufbahnen auf der Sekundarstufe II mit Nachteilsausgleich. Schlussbericht. Zurich, HfH.
Schmidlin, S. et al. (2017): Angebote am Übergang I für Jugendliche mit gesundheitlichen Einschränkungen. Naters, across concept.

Interview

«On perd un temps précieux»

Interview: Daniel Fleischmann, rédacteur de PANORAMA

Sabina Schmidlin est directrice du bureau de recherche et de conseil across concept. (Photo: DR)

Il existe des offres de soutien efficaces pour accompagner les jeunes atteints dans leur santé lors de la transition école-travail. Mais il est souvent difficile d’identifier clairement les bénéficiaires potentiels, comme le montre une étude dirigée par Sabina Schmidlin.

PANORAMA: Beaucoup d’offices AI ont des difficultés à identifier les jeunes à besoins éducatifs particuliers qui peuvent prétendre à des mesures favorisant leur entrée dans une formation professionnelle. Pourquoi?
Sabina Schmidlin: Avec la réforme de la péréquation financière et de la répartition des tâches entre la Confédération et les cantons, la responsabilité en matière d’éducation des enfants et des jeunes à besoins éducatifs particuliers a été transférée, en 2008, de la Confédération aux cantons. Depuis lors, les offices AI cantonaux n’ont plus une base de données centralisée des bénéficiaires et doivent se coordonner davantage. Dans le même temps, la tendance à la scolarisation intégrative a amené les offices AI à devoir compter avec des interlocuteurs dont le niveau d’information sur le fonctionnement et les prestations de l’AI était très inégal.

Que cela signifie-t-il concrètement?
Les enseignants craignent, à tort, une stigmatisation des jeunes qui sont annoncés auprès de l’AI. Les procédures de l’AI ont également la réputation d’être compliquées. Enfin, il est difficile d’identifier de manière précoce les jeunes souffrant de troubles diffus (problèmes psychiques, de comportement, etc.). Beaucoup d’entre eux ne sont ainsi identifiés que lorsque des difficultés se présentent à leur entrée dans une formation. On perd donc un temps précieux. Pour cela, l’AI peut apporter des clarifications en matière d’orientation, financer des outils ou du coaching en vue d’une formation professionnelle initiale, ou encore soutenir des stages.

Ces offres de soutien suffisent-elles?
Oui. Il s’agit maintenant de sensibiliser les enseignants et autres spécialistes, de définir les responsabilités, de clarifier les interfaces. Dans de nombreux cantons, le case management Formation professionnelle pourrait jouer un rôle majeur dans l’attente de l’annonce définitive des jeunes auprès de l’AI.

La compensation des désavantages au secondaire II est-elle aussi suffisante?
À l’instar du soutien pédagogique et de l’encadrement individuel spécialisé, la compensation des désavantages est une étape importante. Mais elle reste bien souvent limitée à la procédure de qualification. Il serait bienvenu de développer davantage d’offres de «supported education» pour l’apprentissage en entreprise; le degré secondaire II fait bien partie, lui aussi, du concordat sur la pédagogie spécialisée. Dans le canton de Bâle-Campagne, on essaie aujourd’hui déjà de concrétiser l’encouragement spécifique au postobligatoire (dans le cadre d’un préapprentissage, par exemple).

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Prochaine édition

Le prochain numéro paraîtra le 13 décembre. Focus: Hausse des exigences