Edition 02 | 2018

Focus "Tests et évaluations"

Peur des examens

Montée d’adrénaline et frissons

La distinction entre simple trac et véritable peur des examens est très subjective. Largement répandue, cette dernière est l’une des angoisses les mieux étudiées. Il existe de nombreuses méthodes pour y faire face, avec plus ou moins d’efficacité.

Par Anna Zbinden Lüthi, rédactrice de PANORAMA

Lorsque les pensées sont accaparées par la peur, elles mobilisent des ressources cognitives qui ne sont alors plus disponibles pour accomplir la tâche en question. (Photo: Fotolia/contrastwerkstatt)

Lorsque les pensées sont accaparées par la peur, elles mobilisent des ressources cognitives qui ne sont alors plus disponibles pour accomplir la tâche en question. (Photo: Fotolia/contrastwerkstatt)

Les yeux rivés sur la porte derrière laquelle a disparu sa camarade en compagnie des examinatrices, Lea sent son cœur cogner dans sa poitrine. Dans 30 minutes, elle devra passer son oral pour son examen final. Elle frotte ses mains moites sur son pantalon, sent sa respiration s’accélérer et son estomac se soulever: si elle rate cet examen encore une fois, elle peut dire adieu à sa formation. «C’est bête, mais c’est comme ça à chaque examen», lance sa camarade, le visage rouge d’émotion. L’inquiétude avant un test peut être source de motivation et amener à booster sa préparation. Mais elle peut également devenir un fardeau: «On parle de peur des examens lorsque le bien-être et les aptitudes des apprentis et des étudiants sont fortement affectés, et que l’échec et ses éventuelles conséquences prennent une importance considérable à leurs yeux, hors de tout contrôle», relève Anne Frenzel, de la Faculté de psychologie de l’Université de Munich. Cette peur, qui survient souvent déjà durant le cursus, peut s’emparer de personnes de tous âges: ainsi, 43% des femmes et un tiers des hommes interrogés dans le cadre de l’étude «Certification professionnelle pour adultes: le point de vue des adultes concernés» considèrent notamment la peur des examens comme un obstacle particulièrement pesant au cours de leur formation.

Comment survient la peur des examens

Contrairement à la phobie des serpents, qui est inscrite biologiquement, la peur des examens est une angoisse que l’on considère comme apprise, une forme particulière de la peur de la performance. Elle apparaît souvent suite à une expérience d’apprentissage désagréable, à un mauvais résultat suscitant une sanction, à une moquerie ou à une critique virulente de la part d’autrui. De telles situations laissent chez la victime un sentiment de honte, d’appréhension ou de peur. La peur des examens compte de nombreuses facettes. Selon Anne Frenzel, on distingue les cinq dimensions suivantes:
– physiologique (rythme cardiaque rapide, transpiration);
– expressive (expressions corporelles, mimiques, gestuelles);
– affective (état émotionnel vécu de manière subjective: par exemple agitation, détresse);
– cognitive (pensées liées à des émotions spécifiques: par exemple réflexions dirigées vers l’idée d’échec, qui détournent de l’apprentissage);
– motivationnelle (tendances comportementales: par exemple souhait d’esquiver l’examen ou de le quitter prématurément).
Les dimensions cognitive et motivationnelle de la peur des examens sont qualifiées de composantes «Worry», tandis que les facettes affective et physiologique sont rangées dans les composantes «Emotionality». Ce sont avant tout les composantes «Worry» qui ont des conséquences négatives sur les performances: lorsque les pensées sont accaparées par la peur, elles mobilisent des ressources cognitives qui ne sont alors plus disponibles pour accomplir la tâche en question. Pour expliquer l’origine de la peur des examens, bon nombre de travaux de recherche s’appuient sur le modèle transactionnel du stress de Lazarus et Folkmann. Dans ce modèle, on considère comme déterminantes, d’une part, l’évaluation de la dangerosité d’une situation et, d’autre part, la disponibilité et la faisabilité de stratégies de gestion. La théorie contrôle-valeur de Pekrun démontre que l’apparition de la peur des examens est principalement due à des mécanismes cognitifs: ce ne sont pas les situations elles-mêmes qui déclenchent chez les individus des émotions fondées sur la peur, mais plutôt leur interprétation et leur appréciation de ces situations. Les prédispositions génétiques de la personne, son tempérament, la généralisation de ses convictions et de ses objectifs, ou encore la situation elle-même comptent parmi les autres facteurs d’influence.

La peur dans la formation professionnelle

Comment les responsables de formation font-ils pour gérer les peurs des apprentis et des étudiants? En tant que formatrice en entreprise, Nicole Köpfer s’occupe des apprentis employés de commerce à l’Hôpital cantonal de Winterthour. Si ces derniers obtiennent de mauvais résultats sur une période relativement longue, elle cherche à en identifier les causes et discute avec eux de nouvelles stratégies à mettre en place. «S’exercer un maximum procure un sentiment de sécurité, précise la formatrice. On aborde les différentes techniques de travail, la manière de maîtriser ses pensées ou de parler en public, ou encore la gestion du temps.» Au cours des quinze dernières années, Nicole Köpfer n’a rencontré qu’une seule apprentie souffrant d’une peur panique des examens: «La jeune femme cumulait plusieurs problématiques, se souvient-elle. Nous avons cherché ensemble une solution pour lui permettre de réussir la procédure de qualification. Elle a changé de profil de formation, décroché son CFC et directement enchaîné avec une maturité professionnelle.» Seraina Beerli, responsable de formation ES et HES pour les soins infirmiers, l’obstétrique et l’orthoptique dans ce même hôpital, supervise chaque année le déroulement de plus de 120 stages. Au cours de ces derniers, elle constate souvent une tension chez les personnes en formation, notamment lors de situations complexes où elles ne parviennent pas à mettre en pratique ce qu’elles ont appris dans la théorie. Cette tension serait liée à d’anciennes expériences négatives ou à un haut niveau d’attentes. «Nous abordons le problème, déterminons à quel type d’apprentissage la personne est plus réceptive et la soutenons ensuite individuellement de manière ciblée», explique la responsable. Le type d’activité joue lui aussi un rôle: «Les sages-femmes, par exemple, vivent tous les jours des situations extrêmes, ce qui exige un grand sens des responsabilités, relève Seraina Beerli. Chez ces personnes, ce n’est pas forcément la peur des examens, mais la pression et les responsabilités, dont elles n’arrivent plus à se détacher, qui les poussent dans le pire des cas à arrêter la formation.» Selon la responsable, il est difficile de faire la différence entre la peur des examens et le simple trac. Où se situe la limite entre les deux? Pour Seraina Beerli, même les black-out ne sont pas nécessairement liés à la peur des examens. Ann Krispenz, qui mène des recherches en la matière dans les Universités de Berne et de Mannheim, avance l’explication suivante: «Un black-out peut agir comme un élément déclencheur. On l’a vécu une fois et, par la suite, on a peur que cela recommence. Pour d’autres personnes, la peur des examens en est la cause. Dans le cas où une personne ne parvient plus à se concentrer sur l’examen, mais que son esprit reste focalisé sur ces black-out, on a affaire à des composantes ‹Worry›.»

Bêtabloquants ou programme d’exercices

Pendant l’examen, Lea a dû se rendre aux toilettes en raison de fortes nausées. Et elle l’a raté. Son médecin de famille lui a promis de lui prescrire des bêtabloquants pour la prochaine fois. Afin de surmonter la peur des examens, certains candidats consomment diverses substances: de la Ritaline pour augmenter la capacité de concentration, des antidépresseurs pour améliorer l’humeur, des calmants pour aider à se déconnecter, ainsi que des drogues légales et illégales telles que la caféine, l’alcool, le cannabis et la cocaïne. L’Institut suisse de recherche sur la santé publique et les addictions a interrogé 1139 élèves et apprentis zurichois sur leur consommation de neurostimulants. Parmi eux, 239 (21%) ont déjà consommé des médicaments sur ordonnance. Les méthylphénidates (amphétamines, Ritaline) arrivaient en tête des substances les plus fréquemment ingérées (72 consommateurs), suivis par les bêtabloquants avec effet anxiolytique (17 consommateurs). «Des expériences montrent clairement que les effets de la stimulation cérébrale sont surestimés. Il n’est pas rare que les effets secondaires prennent le dessus», soulignent les chercheurs. De nombreuses études en double aveugle ont en outre montré que l’effet placebo donnerait de meilleurs résultats. D’autres méthodes pourraient avoir un effet plus durable. Dans sa recherche de stratégies pour gérer la peur des examens, Ann Krispenz a découvert la méthode IBSR (Inquiry-Based Stress Reduction) de Katie Byron. L’IBSR a pour objectif d’aider les gens à identifier les pensées qui les minent, à les remettre en question et à modifier radicalement la souffrance qu’elles induisent. Dans le cadre d’une étude fondée sur cette méthode, Ann Krispenz a amené des étudiants de l’Université de Berne à se représenter l’examen qui les angoissait le plus et à consigner les pensées qui les traversaient à ce moment-là. Elle leur a ensuite posé les questions suivantes:
– Analyse ta conviction: est-elle vraie? (oui ou non)
– Peux-tu être absolument certain-e que cette conviction est vraie? (oui ou non)
– Comment réagis-tu, que se passe-t-il lorsque tu as ces pensées? (questions complémentaires diverses, réponses ouvertes)
– Changement de perspective: qui serais-tu sans ces pensées? (réponses ouvertes)
«Il s’agit de trouver une nouvelle interprétation de la situation, au niveau des pensées, et de créer ainsi de nouveaux circuits neuronaux, explique Ann Krispenz. On peut guider ce type de processus, mais il incombe aux étudiants d’amorcer le changement et de trouver leur propre voie.» Les résultats de l’étude menée par la chercheuse montrent que la méthode IBSR a permis d’identifier les pensées «Worry» et que les angoisses ont pu être réduites grâce à ce processus de réflexion sur soi. Ces découvertes ont été mises en pratique dans le canton d’Argovie, notamment: les conseillères en orientation Mara Klauser et Doris Tschofen organisent des cours pour gérer la peur des examens, auprès d’élèves et d’apprentis. «La peur est vécue de façon très individuelle, relève Doris Tschofen. Quand les élèves se sentent vraiment coincés, par exemple lorsqu’ils n’arrivent plus à dormir ou à manger avant des examens, qu’ils développent des maux de ventre ou de tête, il est temps d’intervenir.» Une intervention qui devrait s’appliquer à tous les niveaux: déterminer où et comment se manifeste la peur des examens, remettre en question les réflexions et les convictions angoissantes et les remplacer par des pensées encourageantes, appliquer des techniques d’apprentissage efficaces et bien planifier la préparation des révisions, en l’étalant sur plusieurs jours. Des exercices simples de relaxation sont également proposés dans le cadre de ce cours.

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Le prochain numéro paraîtra le 25 octobre. Focus: Égalité des sexes