Edition 01 | 2018

MARCHÉ DU TRAVAIL

Enquête sur les ORP

Annonce des postes vacants: peut mieux faire

Selon les résultats d’une enquête mandatée par le SECO, les employeurs estiment que les prestations des ORP sont bonnes, mais qu’elles pourraient être encore améliorées. Le potentiel d’optimisation concerne notamment la sélection des candidats aux postes vacants.

Par Daniel Fleischmann, rédacteur de PANORAMA

Quelque 86% des employeurs sont (très) satisfaits de leur contact avec les conseillers ORP. (Photo: SECO)

Quelque 86% des employeurs sont (très) satisfaits de leur contact avec les conseillers ORP. (Photo: SECO)

En Suisse, 129 ORP dispensent chaque année 1,5 million de consultations à quelque 546'000 demandeurs d’emploi. Les charges de personnel pour ces entretiens se situent autour de 150 millions de francs. On y dénombre 1798 conseillers (équivalents plein temps). Les principaux partenaires des ORP dans l’insertion des demandeurs d’emploi sont les employeurs et les agences de placement privées. Depuis 2000, le SECO évalue tous les trois ans leur niveau de satisfaction à l’égard des prestations qui leur sont offertes par les ORP. L’enquête fait partie de l’accord axé sur les résultats, conclu entre le Département fédéral de l’économie, de la formation et de la recherche et les gouvernements cantonaux en vue de l’application de la loi sur l’assurance-chômage et de la loi sur le service de l’emploi. Dans le cadre de la dernière enquête, l’institut Link a interrogé par téléphone, entre avril et mai 2017, 4488 entreprises de plus de quatre collaborateurs ainsi que 322 agences de placement privées.

L’évaluation des employeurs

Dans l’ensemble, l’enquête montre une très forte notoriété des ORP et de leurs prestations auprès des employeurs. Ainsi, 68% des entreprises savent que les ORP peuvent les soutenir dans le recrutement du personnel (2006: 59%). On constate sans surprise que cette part est encore plus élevée dans les grandes entreprises (à partir de 20 collaborateurs) et dans celles qui ont déjà eu des contacts avec un ORP. «L’image de marque des ORP est bien établie», se réjouit Urs Haemmerli, chef de l’ORP Nord du canton de Zurich. Un peu plus de la moitié des entreprises interrogées avaient déjà été elles-mêmes en contact avec un ORP. Elles constituent les «clientes ORP». La part de ces entreprises est restée inchangée par rapport à 2014. À l’instar des années précédentes, la prise de contact émane majoritairement des entreprises. Comme en 2014, elles ont le plus souvent recouru à la prestation «engagement à durée limitée/gain intermédiaire» (24%), suivie de «stage professionnel ou stage de formation» (16%) et de «allocations d’initiation au travail», laquelle a connu une forte hausse (16%, contre 13% en 2014). La part des entreprises qui ont été contactées par un ORP demeure relativement stable en comparaison des deux dernières vagues d’enquête, les efforts réalisés par certains cantons pour activer les contacts auprès des employeurs n’ayant pas encore eu de répercussion sur les statistiques. Daniella Lützelschwab, responsable du secteur Marché du travail à l’Union patronale suisse, confirme cette tendance et son reflet statistique tardif: «Les ORP pourraient aller au contact des entreprises de manière plus active. Dans le même temps, il me semble que les résultats statistiques de l’enquête ne correspondent pas tout à fait à la réalité. J’entends en effet plusieurs cantons dire que les ORP cherchent de plus en plus à établir des contacts avec les employeurs.» Urs Haemmerli partage également ce constat, en soulignant les différences entre les cantons: «En ce qui concerne Zurich, 50 collaborateurs sont chargés en priorité des contacts extérieurs. D’autres cantons en sont encore au stade initial. L’enquête ne souligne pas ces différences.» Des évaluations cantonales sont certes mises à la disposition des autorités, mais elles reposent sur une base de données relativement restreinte: «Dans notre canton, on compte des dizaines de milliers d’entreprises de plus de quatre collaborateurs. Or, seules 500 d’entre elles ont été interrogées», précise Urs Haemmerli. Il est réjouissant de constater que 73% des entreprises clientes d’un ORP sont très ou assez satisfaites des prestations fournies par ce dernier. C’est également le cas de l’évaluation du contact personnel avec les collaborateurs des ORP (41% des entreprises se déclarent très satisfaites, 45% assez satisfaites). Seulement 10% des entreprises interrogées se disent assez ou très insatisfaites. Les motifs d’insatisfaction les plus fréquents sont les suivants: sélection insuffisante des candidats et manque de professionnalisme de l’ORP (avec un pourcentage bien plus faible qu’en 2014). En revanche, le nombre d’entreprises insatisfaites qui souhaitent une plus grande proactivité des ORP a nettement augmenté par rapport à 2014. Nombreuses sont les entreprises qui se disent également très ou assez satisfaites des prestations fournies par l’ORP lors de l’annonce d’un poste (73%). Après avoir constamment progressé entre 2006 et 2014, cette proportion s’est à présent stabilisée. Les motifs d’insatisfaction se répartissent de manière à peu près équivalente entre les deux thèmes principaux «personnes placées» et «organisation», la sélection insuffisante des candidats ayant été citée le plus fréquemment. Dans les faits, cette sélection semble être le véritable point faible des prestations fournies par les ORP. Près de la moitié des entreprises qui ont déjà reçu une proposition de candidat de la part d’un ORP estiment que celui-ci correspondait assez mal ou très mal aux exigences du poste. Cette valeur a connu une amélioration de 3 points seulement depuis 2006. Pour Urs Haemmerli, ce résultat reflète le plus gros défi que doivent relever les ORP: «Sur ce point, nous devons tous nous améliorer.» L’une des raisons de ce déficit avancées par le responsable est que les ORP – malgré tous les efforts fournis pour satisfaire leur clientèle d’entreprises – proposent parfois des candidats avec un profil de compétences plus optimal mais correspondant moins aux critères attendus: «Au lieu de présenter un professionnel du domaine, nous allons par exemple proposer une personne dotée d’un profil alternatif mais disposant de dix ans d’expérience dans le domaine – et cela fonctionne aussi parfois», précise-t-il. Les principaux motifs d’insatisfaction concernent majoritairement les qualifications inadéquates (75% des raisons citées) ou le manque de motivation (16%). Cela explique bien aussi pourquoi la moitié des entreprises déclarent ne pas avoir l’intention d’annoncer leurs postes vacants aux ORP dans le futur; ce taux connaît certes une légère baisse, sans que les ORP puissent toutefois s’en contenter. À l’heure actuelle, seuls 17% des entreprises passent par un ORP pour annoncer tous leurs postes vacants (23% d’entre elles en annoncent une partie seulement). Pour Daniella Lützelschwab, cela se comprend: la majorité des entreprises parviennent manifestement à pourvoir leurs postes vacants en passant par d’autres canaux. «L’obligation d’annonce devrait toutefois imposer de nouvelles pratiques et représente une opportunité pour les ORP de s’afficher comme des prestataires de services modernes», ajoute-t-elle. Mais une meilleure adéquation des candidats et l’utilisation d’instruments adaptés seraient pour cela indispensables. Un outil de ce type est en cours d’élaboration dans le cadre du projet «eAC» du SECO. Urs Haemmerli attend de la Confédération qu’elle donne la priorité absolue à ce projet. La moitié des entreprises interrogées jugent l’image des ORP auprès du grand public plutôt positive (très positive pour 4%). En revanche, 36% d’entre elles considèrent cette image comme assez négative, une part en hausse significative de 6 points par rapport à 2014. Il s’agit d’un piètre résultat compte tenu des expériences positives faites par des entreprises clientes des ORP (cf. encadré). Les mesures les plus citées pour améliorer l’image des ORP sont: un conseil de meilleure qualité pour les chômeurs, un personnel plus avenant et la proposition de candidats de meilleure qualité.

L’évaluation des agences de placement privées

Les agences de placement privées se disent elles aussi plutôt satisfaites du travail des ORP. Le contact avec les ORP est ainsi jugé très bon par 41% des 322 agences interrogées, voire plutôt bon par 41% d’entre elles. Le niveau de satisfaction concernant les prestations est lui aussi plutôt élevé (14% des agences se disent très satisfaites, 55% plutôt satisfaites). Avec 87%, la part des agences qui ont eu des contacts avec les ORP en 2017 est nettement plus élevée que celle de 2014 (76%). Les membres de swissstaffing et les organismes francophones et italophones ont été les plus enclins à entretenir un contact avec les ORP en comparaison des autres participants à l’enquête. La qualité des indications données dans «Job-Room avec login» est en revanche évaluée de manière plutôt négative par les personnes interrogées, 4% d’entre elles seulement les considérant comme très bonnes et 36% comme plutôt bonnes, tandis que 45% d’entre elles les jugent plutôt mauvaises, voire très mauvaises. Les agences interrogées regrettent notamment le manque d’indications sur les demandeurs d’emploi, l’impossibilité d’accéder au C.V. ou encore le manque d’adéquation des candidats proposés à un poste donné. «C’est ce type de résultats qui nous poussent à ne pas travailler souvent avec des ORP», souligne Fabian Büsser, directeur d’agence chez Page Personnel. Comme les années précédentes, les personnes interrogées estiment qu’au niveau des prestations proposées par les ORP, c’est l’organisation qui présente le plus grand potentiel d’amélioration. Elles suggèrent également une plus grande proactivité des ORP dans leur prise de contact avec les entreprises.

Liens et références bibliographiques

Link Institut (2017): Enquête 2017 sur les prestations des offices régionaux de placement (ORP) auprès des employeurs et des agences de placement privées. Berne, SECO.

Encadré

Les demandeurs d’emploi sont eux aussi satisfaits

L’immense majorité des demandeurs d’emploi se dit satisfaite des prestations des ORP et des caisses de chômage. C’est ce que montrent les résultats d’une enquête en ligne menée par le SECO auprès de 36'000 personnes, qui a été publiée en décembre 2017. Ainsi, environ 80% des demandeurs d’emploi déclarent être globalement satisfaits des prestations des ORP. Avec un niveau supérieur à la moyenne, les motifs de satisfaction évoqués portent sur le processus d’inscription, l’activité d’information, l’amabilité des conseillers ORP ainsi que les efforts mis en œuvre par ces professionnels pour aider les demandeurs d’emploi à retrouver un poste le plus rapidement possible. En ce qui concerne les motifs d’insatisfaction – où le niveau est inférieur à la moyenne –, les mesures du marché du travail (MMT) décrétées par les ORP sont pointées du doigt. Près d’un quart des demandeurs d’emploi estiment que les MMT qu’ils ont suivies (cours, programmes d’emploi temporaire ou stages) ne leur ont été que peu, voire pas du tout utiles dans leur recherche d’emploi. Le SECO mène actuellement, en collaboration avec certains cantons, un projet pilote visant une application des MMT plus orientée vers les résultats et plus efficace. Les conclusions de ce projet seront disponibles en début d’année 2018.

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Le prochain numéro paraîtra le 25 octobre. Focus: Égalité des sexes