Edition 01 | 2018

ORIENTATION

Monde du travail 4.0

Le savoir-faire des conseillers de demain

Le monde du travail évolue et, avec lui, la nature même des tâches des conseillers en orientation. Les résultats d’une enquête exploratoire ont confirmé le profil de qualification des conseillers et donné des pistes pour la révision du MAS en orientation dispensé à Zurich.

Par Marc Schreiber, coresponsable du MAS en orientation professionnelle, universitaire et de carrière à l’Institut de psychologie appliquée (IAP) de Zurich

Avec le développement de systèmes intelligents et auto-apprenants, le monde du travail tel que nous le connaissons subira très certainement une mutation profonde. Par exemple, des drones pourront bientôt survoler des chantiers pour évaluer l’avancement des travaux, en enregistrant des images 3D et en les comparant aux plans de construction, ou pour piloter des engins autonomes. L’émergence de plateformes telles qu’Uber, Airbnb ou encore Alibaba, ainsi que l’instauration du système de crowd génèrent des comportements disruptifs. Tout cela aura un impact sur les rapports de travail et, par là même, sur le développement du personnel et de la carrière dans les organisations. Si les parcours professionnels classiques existent (encore) dans de nombreuses entreprises, on observe une tendance claire à la flexibilisation et au développement individuel du personnel. Avec l’essor du crowdworking et du crowdsourcing, la question se pose même de savoir si, à l’avenir, des ressources seront encore allouées au développement du personnel, ou si les collaborateurs devront se charger eux-mêmes de leur perfectionnement.

Scénarios pour l’orientation

Tous les groupes professionnels ne seront certainement pas affectés de la même manière ni avec la même intensité, mais tous seront concernés par l’évolution du monde du travail, y compris les personnes travaillant dans le domaine de l’orientation professionnelle, universitaire et de carrière. Même s’il est difficile de prévoir quel sera l’impact de ce changement sur le quotidien des conseillers, sur les institutions et sur le paysage de la formation, il est de la responsabilité de toutes les parties impliquées de réfléchir aux évolutions possibles. Les trois scénarios ci-après, qui esquissent à quoi pourraient ressembler les consultations en orientation ainsi que la formation initiale et continue dans les cinq à dix prochaines années, marquent le lancement de cette réflexion:
– Scénario «statu quo»: les consultations continuent à être proposées dans les locaux des centres d’orientation. La formation initiale et continue se déroule dans les locaux des instituts de formation; les enseignants transmettent leur savoir-faire et leur expertise.
– Scénario «numérisation (travail 3.0)»: les consultations ont lieu à distance, dans un espace virtuel, en recourant à des interventions standardisées en ligne. La formation initiale et continue s’effectue également dans des espaces virtuels. Les enseignants sont chargés de l’échange de connaissances et d’expériences et assurent l’acquisition de compétences opérationnelles.
– Scénario «intelligence artificielle (travail 4.0)»: les consultations se font dans un espace virtuel et sont confiées à des systèmes intelligents et auto-apprenants. La formation initiale et continue est elle aussi menée individuellement, dans des espaces virtuels, par des systèmes intelligents et auto-apprenants – un peu comme les travaux de chantier décrits plus haut.
Dans le domaine de l’orientation professionnelle, universitaire et de carrière, nous nous intéressons presque exclusivement aux deux premiers scénarios. Nous prenons comme point de départ un processus d’orientation piloté de bout en bout par un conseiller ou une conseillère. En revanche, dans le domaine de la psychothérapie, des interventions en ligne sont aujourd’hui déjà menées de manière indépendante par un conseiller. Le projet international de recherche «iCare», par exemple, a pour objectif d’améliorer l’efficacité et l’acceptation des interventions en ligne dans le domaine de la santé (www.icare-online.eu).

Compétences futures

À l’IAP de Zurich, nous nous sommes intéressés aux questions suivantes: Quelles compétences en matière d’orientation seront utiles pour l’avenir? Le profil de qualification actuel du SEFRI pour les conseillers et conseillères en orientation professionnelle, universitaire et de carrière couvre-t-il de manière adéquate les compétences futures ou est-il nécessaire de le remanier? Pour y répondre, et dans la perspective d’un développement continu de notre MAS, nous avons mené en 2016 une enquête qualitative sous la forme de 17 entretiens réalisés auprès de 19 personnes issues de l’orientation, de l’AI, de l’outplacement, des RH et de la recherche. L’enquête comportait des questions ouvertes portant sur les domaines de compétences opérationnelles du profil de qualification, ainsi que des questions sur les compétences fondamentales, avec distinction entre présent et futur. Les résultats sont très similaires à ceux obtenus lors de la journée nationale du CSFO (voir PANORAMA 6/2017): notre enquête identifie aussi l’accompagnement et le coaching comme des compétences indispensables pour l’avenir. Les compétences numériques sont également citées comme telles. Les conseillers devraient être à l’aise avec les nouvelles technologies, que ce soit dans le cadre de consultations à distance ou dans la recherche et le traitement d’informations. Cela peut aussi s’appliquer aux connaissances en lien avec l’économie et le marché du travail. Les conseillers devraient en effet pouvoir indiquer quels facteurs de l’économie nationale et de l’économie d’entreprise sont pertinents pour le marché du travail. Les compétences interculturelles figurent aussi parmi les compétences importantes pour l’avenir. En raison de la mondialisation et de l’immigration, les consultants sont issus de milieux culturels de plus en plus variés et disposent de bagages scolaires différents. Les conseillers doivent ainsi faire preuve d’ouverture et de sensibilité dans ce contexte. Outre le diagnostic et les exigences spécifiques à la profession, les personnes interrogées considèrent également les compétences de mise en réseau et le travail auprès du public comme importants pour l’avenir de l’orientation professionnelle, universitaire et de carrière. Pour résumer, on peut retenir de cette enquête que les réponses données par les participants lors des entretiens viennent en grande partie conforter le profil de qualification existant.

Révision du MAS

Les résultats de l’enquête ont grandement influencé la révision de notre MAS en orientation professionnelle, universitaire et de carrière. Pour une meilleure flexibilité, nous avons décidé de proposer un cursus sous forme de modules, composé de quatre CAS et d’un module de master. Cette modularisation permet aux participants de s’inscrire aux différents CAS et de passer leur diplôme de conseiller-ère en orientation en suivant leur propre feuille de route. Concernant la didactique et la méthodologie, nous avons fait le choix de dispenser les éléments théoriques de base par e-learning et en s’appuyant sur la plateforme d’apprentissage www.perusall.com, cela avant le début des cours. L’enseignement présentiel peut ainsi être consacré au transfert des connaissances vers le champ professionnel et, plus particulièrement, au travail sur des cas concrets. Nous avons en outre intégré, en tant qu’élément constitutif récurrent du programme, l’étude en commun de cas concrets rencontrés par les participants. Nous organisons aussi un voyage d’études à l’étranger pour développer les compétences interculturelles. Pour finir, nous mettons aussi davantage l’accent sur les thèmes du management des centres d’orientation, du conseil en matière d’outplacement, de l’orientation de carrière dans les organisations ainsi que de l’efficacité personnelle.

Liens et références bibliographiques

Enquête «Zukünftige Kompetenzen von Berufs-, Studien- und Laufbahnberater/innen»
Profil de qualification des conseiller-ère-s en orientation

3 questions

«Plus grande spécialisation»

à Martin Strickler, responsable de projet au SEFRI

(Photo: DR)

Faut-il un nouveau profil de compétences pour l’orientation? Le SEFRI et la CDIP ont confié au professeur Andreas Hirschi un mandat visant à esquisser le futur de l’orientation. Suivra un autre mandat qui concernera plutôt le paysage actuel de l’orientation et qui sera élaboré avec les cantons. Le premier mandat est lié à la stratégie «Formation professionnelle 2030» et porte sur la numérisation, la diversification de la clientèle ou encore les nouvelles formes de transmission d’informations et de conseils. Ce mandat contiendra des recommandations que nous comparerons à la situation actuelle. Le profil pourra alors être remanié, si nécessaire.

Les institutions de formation peuvent-elles déjà adapter leurs filières?
Le rapport final du premier mandat devrait être disponible en mars 2018 et servira de base pour le mandat suivant. Le profil de compétences actuellement en vigueur laisse une grande marge de manœuvre. Lorsqu’une institution de formation procède à des modifications, le SEFRI en est informé et demande une expertise. Tant que toutes les compétences sont couvertes, cela ne pose pas de problème.

Quelles évolutions se profilent?
Les conseillers doivent anticiper les aptitudes requises par le marché du travail numérique. Les consultations avec les jeunes se feront de plus en plus par le biais de messageries instantanées et de médias sociaux. L’orientation exigera aussi une plus grande spécialisation de la part des conseillers. (az)

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Le prochain numéro paraîtra le 25 octobre. Focus: Égalité des sexes