Edition 01 | 2018

FORMATION

Répétition de la procédure de qualification

Seuls 70% des apprentis retentent leur chance aux examens

Chaque année, près de 7000 apprentis échouent à la procédure de qualification (PQ). La plupart font une nouvelle tentative un an après ou plus tard, mais 30% disparaissent des statistiques. La majorité des cantons proposent un soutien aux personnes concernées.

Par Daniel Fleischmann, rédacteur de PANORAMA

Ediz dit qu’il est fainéant: «Ce que j’aimerais au fond, c’est être payé à rester assis ici!» Puis il rit, car il sait que ce n’est pas comme ça que cela fonctionne. Il a échoué deux fois à la PQ d’installateur-électricien et il lui reste encore une troisième chance. «Si je ne réussis pas, je devrai changer de canton», explique-t-il. Beaucoup de jeunes sont dans le même cas qu’Ediz. Que ce soit par fainéantise, nervosité ou à cause de problèmes dans l’entreprise formatrice, un peu plus de 9% des candidats échouent chaque année à la PQ. Au fil des ans, le taux d’échec se maintient (2010: 9,2%; 2016: 9,4%), tout en restant deux fois plus élevé chez les hommes. Selon Urs Burch, chef de l’Office de la formation professionnelle d’Obwald, «la plupart des filles savent ce qu’elles se veulent. Les garçons ont souvent d’autres préoccupations.» Sur les quelque 7000 apprentis qui ne passent pas la barre, environ un tiers échoue dans le domaine de qualification «connaissances professionnelles» – autrement dit la partie scolaire – et deux tiers dans la partie pratique de l’examen. Tel est le résultat d’une enquête menée par PANORAMA auprès des cantons. Toutefois, ces données doivent être interprétées avec précaution, car elles estompent les «grandes différences (pondération, notes éliminatoires) qui existent d’une profession à l’autre», comme le souligne Andres Meerstetter, coresponsable de la formation professionnelle duale dans le canton de Zurich. Ediz a raté la partie scolaire. Il a décidé de retenter sa chance et se prépare à la PQ qui se tiendra l’été prochain. «J’aimerais devenir informaticien, mais je trouverai plus facilement une place d’apprentissage si j’ai déjà un CFC», explique le jeune homme de 22 ans. Les parents de sa petite amie lui mettent aussi la pression: «Pas de fiançailles sans CFC!» Pour Rico, qui a appris le même métier qu’Ediz, les choses sont plus compliquées: en 2014, il n’a réussi ni la partie scolaire ni la partie pratique et doit désormais répéter les deux domaines de qualification. «À l’époque, ça a été un coup dur, se souvient-il. J’avais l’impression de perdre une année et j’étais triste de rater la cérémonie de remise des diplômes que j’attendais avec impatience.» Le jeune homme, aujourd’hui âgé de 24 ans, avait eu un accident quelques semaines avant les examens et s’était ensuite retrouvé en incapacité de travail pendant deux ans et demi en raison d’erreurs médicales. «Aujourd’hui, je ne peux plus travailler à genoux, raconte-t-il. Je dois changer de métier. Mais cela sera plus simple si j’ai déjà un CFC en poche.»

Classes spéciales

Ediz et Rico ont la chance de pouvoir réviser tous les vendredis après-midi avec dix autres apprentis dans une classe spéciale d’installateurs-électriciens qui veulent répéter la PQ en été 2018. «Nous mettons ces classes sur pied afin de soutenir au mieux les jeunes adultes qui se préparent à la PQ», explique Edgar Frei, responsable de filière à l’École professionnelle technique de Zurich. «Mais le nombre de personnes n’est pas suffisant dans toutes les professions pour permettre la création de classes spéciales. En règle générale, nous ouvrons de telles classes à partir de dix candidats, même si notre école n’y est nullement tenue.» Pendant les cours, l’enseignant, Reinhard Jossen, passe en revue à un rythme intensif toutes les matières des quatre années d’apprentissage: «Il y a beaucoup d’exercices. Mais si un jeune n’a rien écouté pendant son apprentissage, cela ne va pas l’aider.» Les classes de répétition ont un inconvénient: elles ne permettent pas aux apprentis d’améliorer la note d’expérience, qui fait partie de la note globale. En revanche, si les apprentis décident de suivre à nouveau l’enseignement des connaissances professionnelles pendant deux semestres dans une classe ordinaire, les nouvelles notes peuvent être prises en compte dans le calcul de la note d’expérience. La même réglementation s’applique aux cours interentreprises. Selon notre enquête, les classes de répétition sont proposées dans les cantons de Lucerne et de Zurich. Pour les pouvoirs publics, elles sont un moyen parmi d’autres de soutenir les apprentis qui ont échoué à la PQ. La majorité des offices de formation professionnelle contactent les personnes concernées et les invitent à consulter les résultats d’examen. «Lors de la publication de ces derniers, les apprentis et les entreprises formatrices reçoivent les coordonnées du Service de conseil de l’apprentissage et peuvent s’adresser à lui si nécessaire», explique Ernst Heim, responsable des examens de l’Unité PQ dans le canton de Berne. «Dans certains cas particuliers, c’est le Service de conseil qui cherche le contact de manière proactive afin de discuter de la suite des événements.» À Glaris, c’est le Case Management qui contacte toutes les personnes qui n’ont pas de solution de raccordement et qui ont moins de 25 ans. À Appenzell Rhodes-Extérieures, il est possible de demander des mesures spéciales d’encouragement à l’École professionnelle d’Herisau, en accord avec la Division Formation professionnelle et le Service de conseil aux apprentis. Saint-Gall propose également des examens de rattrapage dans certaines professions après six mois déjà. Urs Burch souligne l’importance de telles activités: «Beaucoup de personnes sont traumatisées ou déçues par leur échec. C’est une bonne chose si leurs proches les encouragent et les motivent à essayer encore une fois. L’apprenti et l’entreprise devraient cependant s’efforcer de prendre des mesures plus contraignantes.» Et d’ajouter: «Les apprentis qui ont les meilleures chances sont ceux qui ont un nouveau contrat d’apprentissage dans leur ancienne entreprise formatrice ou un contrat pour la même profession dans une nouvelle entreprise. D’après mon expérience, les personnes qui veulent tout surmonter seules sont celles qui ont le moins de chances de réussite.» En effet, notre enquête a révélé que près de 40% des personnes qui répètent la PQ ont un contrat d’apprentissage. Toutefois, les apprentis de Suisse ne peuvent exiger un nouveau contrat, contrairement à l’Allemagne, qui leur permet de faire valoir un «droit légal unilatéral». Selon Urs Burch, renouveler le contrat d’apprentissage présente l’avantage d’«établir des rapports clairs entre les parties en termes de droit du travail». En outre, le formateur montre par là qu’il veut soutenir la personne dans la réussite de sa formation duale. Inconvénient: le salaire pendant l’année d’apprentissage supplémentaire varie selon les cas. Il peut rester au même niveau que lors de la dernière année, mais aussi atteindre celui d’un professionnel qualifié. Ediz et Rico en savent quelque chose: tous deux n’ont plus de contrat d’apprentissage et gagnent nettement plus que lors de leur formation (le premier en tant qu’installateur-électricien et le second dans le secteur de l’hôtellerie-restauration).

Deuxième tentative fructueuse

Comme Ediz et Rico, la plupart des apprentis qui ont échoué à la PQ se présentent une nouvelle fois. D’après les chiffres de l’Office fédéral de la statistique, ils devraient être un peu plus de 70%: en 2015, 6681 jeunes ont échoué et 4810 ont répété la PQ une année plus tard. Les chances de réussite sont assez bonnes. Certes, le taux d’échec (18%) est deux fois plus élevé que chez les apprentis qui passent la PQ pour la première fois (données des cantons), mais cela signifie aussi que 82% de ceux qui se sont présentés une nouvelle fois ont réussi. Du point de vue de la politique de la formation, les personnes qui ont échoué la première fois devraient être plus nombreuses à retenter leur chance. Si on pouvait amener 1000 apprentis de plus à réussir leur PQ, on se rapprocherait d’un point de pourcentage de l’objectif fixé, à savoir 95% de diplômes de formation postobligatoire chez les jeunes adultes. Markus Sieger, président de la sous-commission permanente des responsables des examens en Suisse alémanique (SK-PL), formule un autre objectif: «Nous devons faire en sorte qu’il y ait moins d’échecs à la PQ. Cela passe par une identification précoce des problèmes et la collaboration de toutes les personnes concernées.» Des mesures en la matière ont été lancées dans quatre cantons. Ediz aurait-il droit à une quatrième chance dans un autre canton? La question reste ouverte. Michel Fior, du SEFRI, souligne que la loi ne permet que deux répétitions, indépendamment du canton. Une admission supplémentaire n’est pas exclue suite à une lacune dans les données, mais il s’agirait «plus d’une erreur du système que d’un droit».

Liens et références bibliographiques

Liste des mesures cantonales

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Le prochain numéro paraîtra le 25 octobre. Focus: Égalité des sexes