Edition 01 | 2018

Focus "Premier emploi"

Employés de commerce

La carrière débute souvent dans l’entreprise formatrice

La formation professionnelle prépare à l’entrée directe dans la vie active. Comment les employés de commerce négocient-ils cette phase de transition de l’apprentissage au premier emploi, qui implique un changement important et des choix à opérer?

Par Ingrid Rollier, rédactrice de PANORAMA

Après un apprentissage d’employé-e de commerce – la formation professionnelle la plus suivie en Suisse –, l’entrée dans le monde professionnel se passe plutôt bien, même si des difficultés existent pour certains. En 2016, plus de 10'000 jeunes ont obtenu leur CFC en emploi et près de 4000 en école à plein temps. Selon l’enquête menée chaque année par la Société des employés de commerce (SEC), près des deux tiers des personnes qui ont terminé leur apprentissage commercial occupent un emploi fixe quatre mois après l’obtention de leur CFC. Cette part tend toutefois à diminuer, tandis que le pourcentage de personnes qui poursuivent une formation ou effectuent un séjour linguistique ne cesse de croître (24% en 2016). Il s’agit le plus souvent de formations à plein temps visant à obtenir une maturité professionnelle ou un diplôme HES.

Travailler ou se former

Michael Kraft, responsable politique et conseil pour les jeunes à la SEC et auteur de l’enquête, constate que la formation continue acquiert de plus en plus d’importance: sur l’ensemble des jeunes sondés, 90% prévoient ou sont en train de suivre une formation. Les personnes qui ont fait leur apprentissage dans une entreprise trouvent assez facilement un emploi, tandis que l’insertion est plus difficile pour celles issues d’une école de commerce privée. Le taux de personnes sans emploi est stable. Comme dans d’autres domaines, plus les profils scolaires sont élevés, plus les risques de se trouver au chômage sont bas. Or, les exigences du marché du travail augmentent. Les compétences numériques, tout comme les compétences sociales et personnelles, gagnent en importance. La SEC considère que les employés de commerce qui viennent d’obtenir leur CFC disposent de toutes les compétences nécessaires à l’exercice du métier. Ils sont directement opérationnels et n’ont pas besoin de formation complémentaire pour occuper un poste d’employé-e de commerce. «Leur champ d’activité est très vaste, rappelle Michael Kraft. Les jeunes ont intérêt à commencer par pratiquer et engranger de l’expérience avant de se spécialiser dans un domaine. Cependant, il faut observer comment cela se développe.» Au cours des prochaines années, la CSBFC (Conférence suisse des branches de formation et d’examens commerciales) et la SEC mèneront une réflexion sur les meilleures réponses à apporter aux nouvelles exigences du monde du travail. «Nous devons redéfinir quelles connaissances et compétences nous voulons transmettre dans la formation professionnelle de base et lesquelles doivent faire partie de la formation continue», précise le responsable.

Période de transition

Une bonne partie des apprentis restent dans leur entreprise formatrice, certains pour y mener leur carrière, d’autres pour une période de transition en attendant de trouver un autre emploi. «La SEC encourage les entreprises à engager – même à durée déterminée – leurs anciens apprentis, si la situation le permet», relève Dominique Nussbaum, porte-parole romand de la SEC. «Cela permet aux jeunes diplômés de bénéficier rapidement d’une solution à l’issue de leur formation. L’employeur dispose quant à lui d’une personne qui connaît déjà l’entreprise et qui n’aura pas besoin d’une période de mise au courant. C’est donc un excellent retour sur investissement.» Certains jeunes souhaitent cependant quitter leur lieu de formation pour endosser un nouveau rôle professionnel. Selon Dominique Nussbaum, il est relativement fréquent que les jeunes employés travaillant au sein de l’entreprise qui les a formés gardent, malgré leur nouveau statut, leur «casquette d’apprenti-e», notamment aux yeux de leurs collègues. Dans ce cas, il vaut mieux repartir sur de nouvelles bases auprès d’un nouvel employeur.

Préparer le passage à l’emploi

Les grandes entreprises sont en général intéressées à former des jeunes pour constituer leur relève. «Notre objectif est d’engager les personnes que nous avons formées et de leur proposer des perspectives de carrière», confirme Yvette Nussbaumer, responsable RH des jeunes talents au Credit Suisse pour la Suisse romande. En 2017, 75% des personnes formées par l’établissement bancaire ont trouvé une place au sein de l’entreprise. Celles qui sont parties poursuivent généralement leurs études dans une HES ou en école de maturité professionnelle. Pour aider les apprentis dans leur postulation, le service RH organise chaque année un «Future Day». Au cours de cette journée, les jeunes en fin de formation établissent leur C.V., rédigent des lettres de motivation et s’entraînent à des entretiens de recrutement sur des exemples de postes réels. Les jeunes reçoivent un feed-back ainsi que des documents pour se préparer au processus de sélection. «Ils ont accès à la banque de données pour connaître les places ouvertes à nos apprentis sortants en Suisse, ajoute Yvette Nussbaumer. Certaines annonces de postes leur sont aussi transmises avant publication.» Les responsables attendent également des candidats qu’ils fassent preuve d’initiative dans leur recherche. Souvent, les apprentis découvrent leur intérêt pour l’un ou l’autre des secteurs bancaires lors de leur formation. «Le plus courant, c’est de commencer par les services au guichet ou les activités de conseil dans nos zones d’accueil ou par téléphone», précise la responsable, qui reconnaît les nombreux avantages de garder les jeunes après leur formation: «Ils connaissent les secteurs de la banque et la culture de l’entreprise, sont familiarisés avec les processus et ont déjà créé des réseaux. Ils doivent élargir leur expérience avant d’accéder à des postes avec davantage de responsabilités, par exemple conseiller-ère à la clientèle.»

Soutien et conseils

Sur son site Internet, la SEC fournit des conseils pour décrocher une place d’apprentissage; ceux-ci sont également utiles pour le passage à l’emploi. Les membres de la SEC peuvent aussi faire contrôler leur dossier de candidature avant de l’envoyer. Un service de conseil dédié aux jeunes répond à toutes les questions en lien avec l’apprentissage et l’accès à l’emploi. Ce service est surtout sollicité pour des questions qui touchent l’embauche, les contrats, la manière de négocier le salaire ou les conditions de travail. Il aide aussi les membres qui rencontrent des difficultés psychologiques ou souffrent de stress sur leur lieu de travail. «Il ne faut pas sous-estimer la pression que peuvent subir des jeunes qui se forment en emploi tout en travaillant à 60 ou 80%, prévient Michael Kraft. On peut souffrir d’un burnout à 20 ans!» Dans certains cantons, en particulier à Zurich et à Berne, la SEC organise des soirées à thème, par exemple sur la gestion du stress ou la planification de la formation continue. Des job speed datings ont été mis sur pied, réunissant des employeurs et des candidats pour de courtes présentations. Des conseils individuels en planification de carrière sont aussi proposés.

Liens et références bibliographiques

www.secsuisse.ch

Encadré

Rester: «De bonnes perspectives de progression à l’interne»

(Photo: Allison Prétot)

Loïc Alvarez a fait son apprentissage d’employé de commerce avec maturité professionnelle au Credit Suisse, où il exerce encore aujourd’hui. Durant sa formation, il a eu l’occasion de travailler à Martigny, à Monthey, à Sion et à Lausanne, en passant dans différents secteurs bancaires. Au terme de celle-ci, il a souhaité trouver un emploi à Zurich dans le domaine «clientèle institutionnelle», qui lui a beaucoup plu lors de son stage. Le chef de région lui a alors proposé une place pour six mois dans ce même secteur à Lausanne, en attendant de trouver un autre poste. Après un séjour linguistique aux États-Unis offert pour ses excellents résultats de fin d’apprentissage, il décroche finalement un poste à Zurich. Ce premier emploi, qui exige habituellement un bachelor ou un master, est inespéré pour le jeune homme. «Tout était nouveau, relève-t-il. Durant cinq mois, j’ai tout appris sur le travail de proposal manager avec la personne que j’allais remplacer.» Cette activité correspond exactement à ce qu’il recherchait: beaucoup de contacts avec les conseillers et des responsabilités dans l’organisation des appels d’offres pour les clients institutionnels en Suisse romande. En restant dans la même entreprise, Loïc Alvarez connaît déjà les procédures, les logiciels et les réseaux, ce qui lui permet de se concentrer pleinement sur ce qui est nouveau. «J’ai de bonnes perspectives de progression à l’interne, se réjouit-il. Peut-être que je compléterai mes connaissances dans une HES d’ici un an ou deux.»

Encadré

Partir: «Je ne voulais pas rester au même endroit»

(Photo: DR)

Victoria Pons a suivi son apprentissage dans une grande société fiduciaire. Elle y a appris les rouages de la finance et de la comptabilité. «Des activités intéressantes, mais un environnement de travail peu stimulant, se souvient-elle. Je ne voulais pas rester au même endroit.» Ses postulations via Jobup et ses candidatures à des offres d’emploi ont rapidement porté leurs fruits. Au bout de deux semaines de recherche et après le premier entretien, elle est engagée comme comptable dans la fiduciaire Mazars. Tout de suite opérationnelle dans la comptabilité, elle découvre aussi de nouveaux domaines tels que la TVA ou les salaires. Elle apprend beaucoup de nouvelles choses, tout en étant très autonome. «La collaboration avec les collègues, leur ouverture, l’ambiance de travail, la reconnaissance de mes valeurs personnelles: tout me satisfait», résume la jeune femme. L’entreprise lui offre la formation pour le brevet fédéral de spécialiste en finance et comptabilité, mais Victoria Pons ne se sent pas encore prête: «Je continuerai à me former, mais un peu plus tard. J’aimerais d’abord acquérir plus de connaissances et d’expérience pratique.»

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Prochaine édition

Le prochain numéro paraîtra le 25 octobre. Focus: Égalité des sexes