Edition 01 | 2018

Focus "Premier emploi"

Les bons et les mauvais stages

(Photo: Adrian Moser)

(Photo: Adrian Moser)

Lorsque des réfugiés apprennent la programmation Web dans le cadre d’une formation et trouvent ensuite un stage rémunéré dans une entreprise, on considère que c’est une réussite (www.powercoders.org). Il en va de même pour la formation «Riesco», mise en place par la branche de l’hôtellerie-restauration, dans laquelle des migrants acquièrent sur le terrain des connaissances culturelles, linguistiques et professionnelles. Mais lorsque des jeunes intéressés par le métier d’assistant-e socio-éducatif/ve doivent impérativement accomplir un stage d’un an avant de décrocher une place d’apprentissage, on trouve cela choquant, d’autant que, pendant ce temps, les stagiaires ignorent totalement s’ils pourront un jour devenir des apprentis. L’organisation faîtière SavoirSocial souhaite rompre avec cette pratique et a organisé, en décembre 2016, une première table ronde. Pour les crèches, le frein au changement est avant tout financier: d’une part, impossible d’exiger plus des parents, dont la plupart ont des revenus limités; d’autre part, les crèches se voient imposer par l’État de nombreuses normes alors que les subventions, elles, restent modestes. Les «mauvais» stages font ici référence à la «génération stagiaire», dont les médias ont abondamment parlé: des universitaires très bien formés qui exécutent de vraies tâches en étant peu ou pas payés du tout. Ces pseudo-stages aboutissent souvent à des emplois précaires. En Suisse, de tels cas ont existé et existent encore, mais ils ne sont jamais devenus un phénomène de masse, comme l’a montré l’Office fédéral de la statistique en 2007: la part de diplômés universitaires qui peinent véritablement à entrer sur le marché du travail (avec alternance de phases de stage, de chômage et de petits boulots) est restée stable entre 1991 et 2005, soit près de 5%. La fréquence des stages n’a pratiquement pas changé non plus au cours des dernières années. Mais ce thème reste d’actualité, comme le montre le canton de Genève, où les autorités ont constaté une forte augmentation des demandes d’autorisations de travail pour des stages. La commission chargée de la surveillance du marché du travail a d’ailleurs décidé d’établir un catalogue de critères pour déterminer si un stage pose problème ou non. Selon la commission, les stages suivants sont considérés comme non problématiques: 1) ceux réalisés dans le cadre d’une formation initiale ou continue certifiante; 2) ceux effectués après une première formation (par exemple un bachelor) en vue d’une seconde formation (par exemple un master), lorsque l’organisme offrant la seconde formation confirme l’utilité du stage; 3) ceux proposés dans le cadre d’une mesure officielle visant à favoriser l’insertion socioprofessionnelle. Tous les autres stages sont potentiellement problématiques. Mais la distinction entre «bons» et «mauvais» stages n’en demeure pas moins floue. Les jeunes en primo-insertion évoluent sur un marché du travail libéral. In fine, il leur revient de retenir ce qui ressort de l’expérience: sa relative précarité (CDD, bas salaire, etc.) ou le moyen de développer leur carrière (expérience, réseautage). (sk)

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Prochaine édition

Le prochain numéro paraîtra le 13 décembre. Focus: Hausse des exigences