Edition 06 | 2016

ORIENTATION

«like2be»

Le bon choix en jeu

En Suisse, le choix d’une profession chez les jeunes se fait souvent selon des stéréotypes liés au genre. Afin de promouvoir un choix professionnel qui ne serait pas influencé par ces derniers, le Centre interdisciplinaire d’études genre de l’Université de Berne a développé un jeu dit sérieux.

Par Janine Lüthi, collaboratrice scientifique au Centre interdisciplinaire d’études genre (IZFG) de l’Université de Berne

Dans le jeu «like2be», les jeunes se glissent dans la peau de conseillers en orientation et, en l’espace de plusieurs jours fictifs, se voient chargés d’aiguiller différentes personnes. Celles-ci se présentent tour à tour dans leur bureau, chacune avec son parcours, ses souhaits et ses aptitudes: Mark termine sa scolarité et cherche une place d’apprentissage, Lana ne peut plus exercer son métier de menuisière pour des raisons de santé et doit se réorienter. La mission des joueurs est d’orienter Mark, Lana et bien d’autres personnages vers des postes correspondant le plus possible à leur profil, à partir d’un éventail d’offres d’emploi qui s’élargit constamment – et cela en un temps limité. Les jours défilent et les joueurs voient leur score augmenter avec le nombre de personnes qu’ils ont pu orienter correctement; en revanche, si les personnes conseillées ne sont pas satisfaites de la proposition qui leur est faite, elles reviennent le lendemain. S’ouvre alors une deuxième phase d’étude de leurs biographies pour y déceler les critères et les informations qui seront déterminants pour leur orientation. Le jeu sensibilise ainsi indirectement les jeunes à la question des stéréotypes liés au genre dans les choix professionnels et les parcours de vie. Les offres d’emploi auxquelles les joueurs ont accès se renouvellent régulièrement. Celles-ci sont issues des champs professionnels les plus variés, ce qui permet aux joueurs d’élargir leurs connaissances des professions existantes et de réfléchir à leurs propres souhaits et attentes professionnels. Afin d’obtenir un produit qui soit à la fois innovant, didactique et interactif, les développeurs du jeu ont travaillé en étroite collaboration avec des jeunes, mais aussi avec des spécialistes de l’orientation et des sciences de l’éducation. L’équipe de projet a ainsi mené plusieurs tests dans des classes, ce qui lui a notamment permis d’évaluer et d’adapter la qualité du contenu, le niveau de difficulté ainsi que le facteur «plaisir» du jeu. «like2be» a été conçu pour les centres d’orientation et les écoles, dans le cadre de la préparation au choix professionnel. Disponible gratuitement sur Internet, il existe en français, en allemand et en italien.

Liens et références bibliographiques

www.like2be.ch

Encadré

L’avis d’Anja Roth, conseillère en orientation

Quiconque se lance dans «like2be» se prend au jeu en quelques minutes et aura vraisemblablement du mal à en décrocher. Ce jeu éveille chez les joueurs la volonté de faire les «bons» choix professionnels pour les différents personnages qu’ils sont amenés à conseiller. Les élèves découvrent de manière ludique à quoi sont réellement liées les décisions professionnelles et de carrière: ils peuvent demander à leurs avatars quelles formations initiales ou continues ils ont suivi; ils doivent découvrir ce qui les intéresse et sous quelles conditions ils sont prêts à travailler. Les joueurs sont ainsi amenés indirectement à prendre conscience que le genre n’est pas important dans le choix d’un métier et qu’un choix professionnel adapté tient compte des intérêts et des capacités de chacun, ainsi que des réalités sur le marché du travail. L’interface de jeu est agréable et adaptée à un public jeune. Les personnages représentent la société dans toute sa diversité: ils peuvent être plus ou moins âgés, minces ou enveloppés, d’origines variées; certains sont en rupture d’apprentissage, d’autres se trouvent au début de leur carrière professionnelle. Selon toute vraisemblance, les jeunes joueurs vont ainsi découvrir un ou plusieurs personnages auxquels ils pourront s’identifier.

Encadré

L’avis de Roland Egli, chef de projets au CSFO

À peine suis-je entré dans le jeu que l’on m’annonce déjà la fin de la première journée. Ma deuxième tentative s’est soldée de la même manière. Est-il réellement nécessaire de cliquer sur toutes les informations une par une afin d’en prendre connaissance? De frustration, j’ai simplement orienté chacun des candidats en un temps record vers le poste de conservateur-trice. J’ai ainsi pu respecter la limite de temps imposée. Cependant, ces placements se sont évidemment tous révélés incorrects et j’ai obtenu un pouce vers le bas sans savoir ce que je devais améliorer. Le «jour suivant», j’ai procédé de la même manière avec une autre profession, en respectant de nouveau le laps de temps donné. Résultat: j’ai été renvoyé, car j’avais trop de dossiers en attente. J’ai finalement essayé de tenir compte des qualifications des candidats, mais j’ai encore été renvoyé le deuxième jour après la première vague de placements, qui était visiblement de nouveau incorrecte. Voici ce que j’en retiens: 1) Le joueur ne peut pas vérifier les points à améliorer. 2) L’important n’est pas de placer correctement les candidats, mais d’avoir le moins possible de dossiers en attente. 3) Si le joueur étudie trop en détail le profil des candidats, il perd du temps et ne peut conserver son poste. 4) S’il étudie trop longuement le parcours de formation des candidats, la journée passe vite sans qu’il ait pu avancer.

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Prochaine édition

Le prochain numéro paraîtra le 13 décembre. Focus: Hausse des exigences