Edition 06 | 2016

Focus "Qualification des adultes"

Qualifier, qualification: des termes équivoques

La signification du terme «qualification» couvre un large panel de concepts, allant de la démonstration des étapes de développement à l’attestation du niveau de compétences. Les adultes sont particulièrement attentifs à tout ce qui est «qualifiant» et veulent pouvoir saisir le sens et l’utilité des évaluations.

Par Jenny Laschkolnig, Académie pour la formation des adultes (aeb Schweiz)

(Photo: Adrian Moser)

(Photo: Adrian Moser)

Il suffit de parcourir les plateformes d’offres d’emploi pour constater que les qualifications représentent un véritable label de qualité dans notre société et sur le marché du travail: on y recherche constamment des personnes «qualifiées». Les qualifications formelles y sont préférées aux compétences acquises par l’expérience, bien que les procédures de validation des acquis ou d’équivalence, ou encore les admissions sur dossier, soient tout à fait possibles. Les qualifications sous forme d’examens finaux restent la règle également dans la formation des adultes. Mais que se cache-t-il au juste derrière les termes «qualifier» et «qualification»?

Soutenir et juger

Le verbe «qualifier» vient du latin qualificare, qui signifie notamment «apporter des modifications». Il est composé des mots qualitas (qualité) et facere (faire). Par extension, on lui associe des synonymes tels que former, rendre apte, perfectionner, éduquer, préparer, etc., qui ancrent bien la signification de ce terme dans le domaine de la formation. En y regardant de plus près, on constate que ni son étymologie ni ses synonymes ne vont dans le sens d’une évaluation ou d’un jugement. Le verbe «qualifier» étant défini comme le fait d’«obtenir ou acquérir une qualification», il convient de s’attarder également sur le sens du terme «qualification». Celui-ci revêt ici deux significations pertinentes: il peut s’agir, d’une part, d’une «aptitude acquise au moyen d’une formation, par l’expérience ou par une autre procédure similaire dans le cadre d’une activité (professionnelle) donnée» ou, d’autre part, de la «condition préalable à une activité (professionnelle) donnée (sous forme de certificat, de validation ou autre reconnaissance similaire)». Dans le domaine du sport, la qualification est connue comme la «performance permettant de se qualifier, c’est-à-dire d’accéder à l’étape suivante d’une compétition». La qualification en tant qu’aptitude pour une activité professionnelle donnée peut difficilement être démontrée, et donc justifiée, de manière spontanée. Le rôle des diplômes et des certificats obtenus par une personne est important, car ils donnent une meilleure vue d’ensemble de ses compétences. Ainsi, outre la mise en place de la filière de formation, les règlements d’examen précisent avant tout également les compétences à acquérir. Les enseignants de la formation initiale et continue doivent donc jeter un pont entre ces deux facettes de leur activité: former et soutenir d’un côté, évaluer et juger de l’autre. Ils ont pour cela développé différentes formes d’appréciation de la qualification: tandis que l’évaluation formative met l’accent sur la démonstration des étapes de développement, l’évaluation prospective juge de l’aptitude et l’évaluation sommative donne une appréciation définitive du niveau de compétences.

La problématique de l’évaluation

Le cadre pédagogique d’une offre de formation fixe la signification de la notion de qualification. Il décrit sous quelle forme mettre en place une qualification lorsqu’elle correspond à une aptitude, et comment procéder lorsqu’il s’agit d’une évaluation. L’approche pédagogique de l’évaluation peut être définie concrètement à travers les questions suivantes:
– Pourquoi évalue-t-on? Des évaluations régulières permettent de faire un état des lieux et de donner des pistes pour le développement continu des compétences. Dans le cadre du processus d’apprentissage, le principe d’assessment for learning (principalement formatif/prospectif) est capital. L’assessment of learning (surtout sommatif) convient en revanche à l’évaluation du contenu des prestations.
– Que souhaite-t-on évaluer? Les objectifs pédagogiques de la formation doivent s’inscrire de manière représentative dans les évaluations. Les exigences de ces évaluations doivent également se référer clairement aux exigences de la pratique. Dans une perspective orientée vers les compétences, une évaluation doit permettre non pas de cerner des connaissances abstraites, mais de démontrer des compétences opérationnelles dans des situations concrètes. Les évaluations doivent être conçues de façon à simuler de la manière la plus réaliste possible des situations typiques dans un cadre professionnel. Plus la mise en situation évaluée est réaliste, plus les conclusions que l’on pourra tirer de la mise en œuvre des compétences opérationnelles seront fiables.
– Comment procéder? Pour considérer le processus d’apprentissage dans sa globalité, il faut veiller à combiner de manière adaptée des méthodes faisant appel aux connaissances, à la compréhension, à l’expérimentation, à la mise en pratique et à la réflexion dans le cadre de tâches données. Cette combinaison sert à stimuler sur tous les plans les personnes en formation.
– Comment mesurer les résultats? L’interprétation des prestations évaluées doit se faire selon des critères d’évaluation clairs. Ceux-ci doivent se traduire concrètement par des indicateurs et des normes et être communiqués à toutes les personnes concernées.
– Quel niveau de qualité exige-t-on dans ces évaluations? Afin de garantir ou d’améliorer la qualité d’une évaluation, il faut tenir compte des critères suivants lors de son élaboration: la validité (l’évaluation mesure-t-elle bien ce qui doit l’être?), la fiabilité (avec quelle précision l’évaluation mesure-t-elle les caractéristiques à évaluer?), l’objectivité (les résultats d’une évaluation ne tiennent-ils pas compte de la personne qui la réalise?) et l’aspect économique (le rapport coût/utilité de l’évaluation est-il équilibré par rapport aux ressources nécessaires pour la réaliser?) Chaque type d’évaluation (orale, écrite, pratique ou une combinaison de celles-ci) ne répond pas de la même façon à ces critères de qualité; en pratique, il est souvent nécessaire de faire des concessions sur ces différents critères.

Une qualification adaptée pour les adultes

Au cours de notre vie, nous passons tous de nombreux examens. Ces situations peuvent marquer beaucoup de monde et laisser des traces (peurs ou blocages, par exemple). Les adultes en sont bien conscients. C’est pourquoi ils se montrent critiques et veulent connaître et saisir le sens des évaluations, tout comme leur utilité. La qualification des adultes devrait par conséquent prendre en compte les aspects suivants:
– Les procédures de qualification doivent être cohérentes. Elles permettent une grande variété d’évaluations et prennent également des formes interactives.
– Il faut privilégier les évaluations formatives (assessment for learning) par rapport aux évaluations sommatives (assessment of learning).
– Il s’agit d’accorder de la reconnaissance aux personnes en formation. Elles puisent de la motivation dans les feed-back, les conseils et les encouragements qu’on leur transmet et dans la confiance qu’on leur témoigne, même lorsqu’il est question d’objectifs, de sanctions ou encore de sélection.
– Le sens et l’utilité des évaluations doivent être compréhensibles.
– La qualification doit être axée sur la pratique et correspondre à la réalité de l’activité professionnelle.
Les formateurs et les enseignants se voient donc confier les missions suivantes:
– Réfléchir aux formes et aux critères de qualification dans le cadre des directives des cursus.
– Utiliser une méthodologie diversifiée avec un point de vue global sur les compétences opérationnelles à acquérir.
– Considérer aussi bien la performance que le processus.
– Prendre en compte l’auto-évaluation et l’évaluation externe.
– Avoir conscience des erreurs d’évaluation possibles.
– Veiller au maintien et au développement de la qualité, au niveau non seulement de l’enseignement mais aussi de l’évaluation.
De manière générale, il serait judicieux de reprendre davantage conscience du sens originel du terme «qualifier» (soutenir, encourager, rendre apte) et de lui redonner ses lettres de noblesse.

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Prochaine édition

Le prochain numéro paraîtra le 13 décembre. Focus: Hausse des exigences