Edition 05 | 2016

FORMATION

Étude sur l’AFP

Résiliations de contrats d’apprentissage: premiers résultats nationaux

Pour la première fois, l’Office fédéral de la statistique a publié des résultats nationaux sur les résiliations de contrats d’apprentissage (résultats pour l’heure limités aux AFP). Les chiffres montrent qu’un apprenti sur quatre est concerné par ce phénomène et que, parmi eux, seul un sur deux reste dans le système de formation au cours des 18 mois qui suivent la résiliation.

Par Evi Schmid, ex-enseignante et senior researcher à l’IFFP, ainsi que Jörg Neumann, collaborateur scientifique à l’IFFP

Les résiliations de contrats d’apprentissage (RCA) sont la principale raison pour laquelle environ 10% des jeunes adultes restent sans diplôme de fin de formation. Toutefois, il n’y avait, jusqu’à présent, aucun chiffre au niveau national sur la fréquence des résiliations et sur la suite du parcours des personnes concernées. En collaboration avec l’Institut fédéral des hautes études en formation professionnelle (IFFP), l’Office fédéral de la statistique (OFS) a examiné pour la première fois le détail de ce phénomène. Sur la base des nouvelles données individuelles de l’OFS, les premiers résultats concernant les AFP ont été publiés. L’analyse a été précédée d’un rapport méthodologique (cf. encadré).

24,4% au niveau national

Des études sur les formations CFC et les formations élémentaires dans les cantons de Berne et de Zurich ont montré il y a quelques années que 20 à 25% des apprentis étaient concernés par une RCA. Les premiers résultats nationaux révèlent que les apprentis des formations de deux ans ne sont pas davantage touchés. Ainsi, 24,4% des apprentis qui ont entamé une formation AFP en été 2012 ont connu une RCA (tous cantons et tous métiers confondus). Cela correspond à 1460 contrats d’apprentissage, soit un taux de résiliation de 27% (2,4% des apprentis connaissent une ou plusieurs RCA). Aucune différence n’apparaît entre les apprentis suisses et étrangers, mais elle est grande en fonction du sexe: 26,9% des hommes ont connu au moins une RCA, contre 21,6% de femmes. Cette différence est significative sur le plan statistique et subsiste si l’on tient compte du fait que les femmes et les hommes évoluent dans différents apprentissages. Des divergences importantes apparaissent également en fonction du domaine de formation selon ISCED 2013: les domaines Conception et administration de bases de données et de réseau (12,8%), Santé et protection sociale (14,3%) ou Horticulture (19,8%) présentent des taux très inférieurs à la moyenne, alors que dans les domaines Services de soins de beauté et de coiffure (40%) et Hôtellerie et services de restauration (35,6%), le taux est nettement supérieur. D’anciennes études cantonales confirment ces résultats.

Grandes différences cantonales

Outre le taux de résiliation au niveau national, on a calculé pour la première fois des taux pour les grandes régions et les cantons, là aussi uniquement pour les formations AFP. De grandes disparités apparaissent (voir tableau): tandis que le taux de résiliation en Suisse centrale (LU, UR, SZ, OW, NW, ZG) de 17,3% est nettement inférieur à la moyenne nationale (24,4%), il est deux fois plus élevé dans l’Arc lémanique (VD, VS, GE) avec 35,1%. Dans le Mittelland aussi (BE, FR, SO, NE, JU), le taux de 26,8% est supérieur à la moyenne nationale, de même qu’au Tessin et en Suisse orientale (BS, BL, AG), bien que dans une moindre mesure. En guise d’explications, les divergences cantonales dans les proportions de contrats AFP parmi tous les contrats d’apprentissage livrent une information importante: alors qu’en 2012, Uri ne comptait qu’un peu plus de 3% de contrats de formation de deux ans, la proportion était de 14% dans le canton de Bâle-Ville (moyenne suisse: 8,5%). Il apparaît que plus la proportion de contrats d’apprentissage AFP est grande, plus le taux de résiliation est bas. Une explication possible réside dans la composition des apprentis dans les formations de deux ans, qui devrait varier selon la proportion des contrats AFP. Il est aussi envisageable que les mesures de soutien dans les cantons affichant un taux d’AFP élevé diffèrent de celles des cantons avec peu d’apprentis AFP. Ces hypothèses devraient toutefois être étudiées en détail dans un premier temps, en tenant compte de facteurs comme la situation régionale sur le marché des places d’apprentissage ou la part d’apprentis dans la formation professionnelle. De manière générale, la prudence est de mise concernant l’interprétation de ces résultats: d’une part, il ne s’agit que d’une seule volée; d’autre part, la question des différences cantonales reste également ouverte pour les taux dans les formations initiales de trois et quatre ans.

Taux de certification élevé

Pour de nombreux apprentis, la RCA ne signifie pas pour autant la fin de la formation professionnelle. Près de la moitié (48%) des apprentis qui ont vécu une résiliation de leur contrat après avoir entamé une formation initiale de deux ans en 2012 avaient commencé un nouvel apprentissage à la fin de l’année 2014. Parmi eux, un cinquième ont changé d’entreprise formatrice. Ils étaient presque autant à changer pour une formation CFC au sein du même domaine de formation (par exemple passage d’assistant-e du commerce de détail AFP à gestionnaire du commerce de détail CFC) ou en dehors. La part de jeunes qui changent de métier est faible (cf. graphique). À l’inverse, plus de la moitié des personnes concernées n’ont pas commencé de nouvelle formation dans l’intervalle. Le nombre de reprises après une RCA dans les formations AFP est nettement inférieur à celui mis en évidence par des études sur les formations CFC. Selon l’étude LEVA du canton de Berne, plus de 70% des apprentis qui ont interrompu prématurément un apprentissage CFC l’ont repris ou ont entamé une nouvelle formation dans les 18 mois. Toutefois, le nombre de reprises était également très bas dans les anciennes formations élémentaires. Cela confirme donc qu’il est d’autant plus difficile pour les apprentis de se réorienter si les possibilités offertes sont rares de passer, après une RCA, à une formation moins exigeante sur le plan intellectuel. Fait réjouissant: près de trois apprentis sur quatre ayant entamé une formation AFP en été 2012 l’ont terminée avec succès à la fin de l’année 2014. La plupart (70,4%) l’ont fait normalement, c’est-à-dire sans RCA. Le quart restant n’a encore obtenu aucun diplôme professionnel deux ans et demi après le début de la formation. La majorité d’entre eux (21,3%) ne se sont pas présentés à la procédure de qualification puisqu’ils ont définitivement mis un terme à leur apprentissage ou parce qu’ils ont changé pour une formation en trois ou quatre ans, qu’ils termineront plus tard. Enfin, 5% des apprentis n’ont pas réussi la procédure de qualification.

De multiples possibilités d’analyse

Les données longitudinales de l’OFS offrent de nombreuses possibilités d’étude des parcours de formation. C’est aussi un avantage de pouvoir étudier en détail les RCA, leur fréquence ainsi que leurs conséquences pour la suite du parcours de formation. Les résultats présentés constituent une base pour d’autres évaluations, désormais régulières, qui seront menées par l’OFS. Lorsque d’autres volées et des formations tant AFP que CFC auront été évaluées, on pourra alors expliquer les RCA et savoir comment soutenir au mieux les jeunes et les jeunes adultes touchés.

Liens et références bibliographiques

www.labb.bfs.admin.ch
Stalder, B. E., Schmid, E. (2016): Lehrvertragsauflösung und Ausbildungserfolg – kein Widerspruch. Wege und Umwege zum Berufsabschluss. Berne, hep Verlag.

Encadré

Calcul longitudinal d’un taux de résiliation de contrats d’apprentissage

Un taux de résiliation des contrats d’apprentissage ainsi qu’un taux de reprise d’une formation ont été calculés pour la première fois au niveau national. Les deux taux sont issus d’une approche longitudinale. Les apprentis ayant entamé une formation AFP en été 2012 ont été «observés» jusqu’au 31 décembre 2014. Deux perspectives ont été différenciées pour le calcul du taux de résiliation: dans la perspective liée au contrat, il est question de la part de contrats d’apprentissage résiliés. À l’inverse, la perspective centrée sur la personne s’intéresse au nombre d’individus concernés. Étant donné que certains apprentis ont connu plusieurs résiliations de contrat, le taux de résiliation lié à la personne (nombre d’individus concernés) est plus petit que le taux de résiliation de contrats d’apprentissage (nombre de contrats résiliés).

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Le prochain numéro paraîtra le 25 octobre. Focus: Égalité des sexes