Edition 05 | 2016

Focus "Professions à petit effectif"

Recherche d’emploi

Continuer dans son domaine ou rester dans la région?

Comment s’y prend un conseiller en personnel pour accompagner un chômeur provenant d’un métier à petit effectif et qui habite de surcroît une région périphérique? Témoignages jurassiens.

Par Christine Bitz, rédactrice de PANORAMA

«Qui dit métiers rares dit entreprises rares.» Pour Jean-Claude Lapaire, conseiller en personnel à l’ORP Delémont, tout comme pour sa collègue Isabelle Gogniat de l’ORP Saignelégier, l’équation est finalement assez simple quand il s’agit de réinsérer une personne issue d’un métier à petit effectif: si cette dernière souhaite rester dans la région, elle devra probablement abandonner son métier de base. Si l’objectif est au contraire de rester active dans son domaine de base, il s’agira de rechercher un emploi hors de sa région de domicile. Isabelle Gogniat a rencontré les deux cas de figure: elle accompagne deux personnes en recherche d’emploi formées au métier de créatrice de vêtements. La première est revenue dans sa région d’origine après avoir exercé son métier pendant plusieurs années à Paris, pour se réorienter vers l’industrie horlogère. Aujourd’hui, venant de subir un licenciement économique, elle souhaite retrouver un emploi dans l’horlogerie. La seconde a complété sa formation par une attestation de costumière de théâtre. Inscrite au chômage peu après la fin de ses études, elle sait qu’elle devra probablement quitter le Jura pour exercer ce métier qui lui tient à cœur. Entre-temps, elle a la possibilité de travailler dans un magasin de couture en gain intermédiaire.

S’en aller…

«En deux mois, les demandeurs d’emploi ont fait le tour de la région, souligne Jean-Claude Lapaire. S’ils souhaitent continuer à travailler dans leur domaine, ils sont obligés de chercher plus loin, voire à l’étranger.» Cela a été le cas pour un ingénieur en fonderie, qui a finalement retrouvé un emploi en Allemagne. Isabelle Gogniat conseille, quant à elle, d’élargir non seulement le champ de recherche géographique mais aussi professionnel, en postulant par exemple dans des domaines proches de sa profession de base. Elle a ainsi suggéré à la costumière de rechercher un poste dans la vente en confection ou dans les retouches.

… ou rester

Si le maintien dans l’activité de base n’est pas réaliste, il s’agit d’aider la personne en recherche d’emploi à se réorienter dans un domaine plus demandeur. Pour ce faire, les trois ORP du canton du Jura peuvent compter, à l’interne, sur les compétences d’une conseillère en orientation. Les demandeurs d’emploi ont aussi la possibilité d’effectuer des stages à l’Espace Formation Emploi Jura (EFEJ) – centre cantonal d’amélioration des compétences – pour tester des métiers et préciser leurs affinités. L’offre de formation y est dense et correspond aux secteurs qui recrutent le plus dans le canton, comme ceux de l’industrie horlogère et mécanique. «Je conseille une dame qui s’est retrouvée au chômage à la fermeture de la dernière entreprise textile du canton. En fonction de ses intérêts, nous avons convenu qu’elle suive trois stages à l’EFEJ: un dans le décalquage, un second dans le polissage et un troisième dans la gestion de stock», relève Jean-Claude Lapaire.

À objectif identique, moyens adaptés

Pour les conseillers en personnel jurassiens, le suivi d’une personne issue d’un métier confidentiel ne diffère guère du conseil apporté à des travailleurs provenant de professions plus communes. Limiter le dommage à l’assurance en retrouvant un emploi convenable le plus rapidement possible: cet objectif est valable pour tout le monde. Jean-Claude Lapaire apporte toutefois quelques nuances: «Je m’occupe d’un demandeur d’emploi âgé de 64 ans qui a travaillé toute sa vie dans le modelage en fonderie; il est au chômage depuis deux ans. Dans le Jura, il n’y a qu’une seule fonderie. Il est clair que je ne lui mets pas autant de pression que s’il était employé de commerce. Nous avons d’ailleurs trouvé une solution ‹win-win›: il lui est possible de faire du gain intermédiaire chez son ancien employeur en travaillant sur appel. Cela lui permet de prolonger son indemnisation jusqu’à sa retraite.»

La motivation, un critère décisif

Au final, est-ce plus difficile de réinsérer un demandeur d’emploi issu d’un métier à petit effectif? Pour les deux conseillers interrogés, ce sont avant tout la motivation, l’ouverture et l’état d’esprit de la personne qui sont déterminants. D’autres dimensions entrent bien entendu en ligne de compte, comme l’âge ou la durée du chômage. «Plus le chômage s’installe, plus il est difficile de retrouver un emploi. Cela affecte l’état d’esprit du candidat. C’est là où le conseiller en personnel doit être attentif et réactif en proposant une mesure telle qu’un programme d’emploi temporaire», conclut Isabelle Gogniat.

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Prochaine édition

Le prochain numéro paraîtra le 13 décembre. Focus: Hausse des exigences