Edition 05 | 2016

Focus "Professions à petit effectif"

Orientation

«Il faut se montrer plus créatif»

Employé de remontées mécaniques, graveuse ou encore maréchal-ferrant: les métiers à petit effectif sont rarement abordés lors du processus d’orientation. Deux conseillers travaillant dans des centres d’orientation du canton de Berne parlent de ces cas exceptionnels.

Interview: Anna Zbinden Lüthi, rédactrice de PANORAMA

Anton Simonett et Anna Dudan font part de leurs expériences. (Photo: DR)

Anton Simonett et Anna Dudan font part de leurs expériences. (Photo: DR)

PANORAMA: Quand parlez-vous des professions à petit effectif dans vos entretiens avec les jeunes? Anna Dudan: Lorsque les jeunes évoquent leurs hobbies et leurs intérêts, leurs expériences ou des situations vécues par leurs parents. Le dépliant «Fenêtre ouverte sur les professions» aide à avoir une vue d’ensemble et à créer des liens.
Anton Simonett: En discutant, en explorant plusieurs pistes avec les jeunes et leurs parents. Les tests ne nous conduisent pas vers ces idées, nous devons fournir un travail d’«interprète». Mais le jeune doit être quelqu’un de particulier. J’ai connu une telle situation, avec un jeune et ses parents: ses bons résultats scolaires ne signifiaient pas automatiquement pour lui et ses parents qu’il irait au gymnase. Il s’intéressait à la géographie, aimait le bois et entreprenait des fouilles dans son jardin, il rêvait de recherche et de développement, et il était aussi fasciné par le design. Il avait déjà fait des stages d’observation en tant que menuisier, horticulteur et ferblantier. Il avait tellement de ressources que je n’ai eu aucun mal à compléter la liste: facteur d’instruments de musique, laborantin en physique, mouleur, géomaticien. Quelle que soit la profession qu’il choisirait, ce jeune avait de grandes chances d’en faire quelque chose de spécial.

Avez-vous déjà conseillé des adultes qui souhaitent suivre une deuxième formation dans un métier à petit effectif?
Anna Dudan: Un jeune homme s’était annoncé pour une consultation en orientation de carrière: il avait terminé un apprentissage de menuisier et découvert le métier de tonnelier lors d’un stage en France. Cela lui a tellement plu qu’il voulait suivre une deuxième formation dans ce métier. Il imaginait qu’il aurait moins de pression, qu’il pourrait fabriquer des produits uniques dans un marché de niche. Il est venu me voir car il n’avait pas obtenu la place d’apprentissage qui lui avait été promise.

Comment avez-vous procédé?
Anna Dudan: Dans un premier temps, nous avons exploré ensemble les possibilités d’apprentissage et le marché du travail et en avons discuté. Je lui ai en outre montré qu’il possédait déjà de bonnes compétences en tant que menuisier. Beaucoup de choses se font par le biais des associations professionnelles. Il faut faire preuve de plus de créativité dans nos conseils, pousser plus loin les recherches et s’intéresser aux activités exercées. Nous avons cherché un plan B, envisagé des professions apparentées comme tourneur ou horticulteur, ou songé à la possibilité d’un stage. Finalement, un tonnelier a proposé un stage comme solution transitoire.

D’où viennent les informations?
Anna Dudan: D’Internet, des associations professionnelles, des contacts noués par les consultants ainsi que de mon expérience de conseillère. Dans le cas de ce jeune homme, nous avons travaillé avec le test d’intérêts BFT 22.
Anton Simonett: Les médias du CSFO, les journaux et les informations que j’obtiens lors d’entretiens avec des consultants sont des sources importantes. Cela procure une certaine satisfaction de savoir que de tels métiers existent et de pouvoir dire: «Voici encore quelque chose, peut-être que cela te parlera!»

En quoi est-ce différent de choisir un métier à petit effectif plutôt qu’un apprentissage d’employé-e de commerce, par exemple?
Anton Simonett: Les personnes doivent être conscientes qu’elles peuvent devenir une personnalité nationale connue dans le contexte professionnel, qu’elles sont spéciales. Cela peut être très tentant pour certains et faire peur à d’autres.
Anna Dudan: La particularité de ces consultants, ce sont leurs intérêts, leur passion et leur courage qui les pousse à suivre une autre voie que celle commerciale.
Anton Simonett: Les adultes qui veulent apprendre un métier à petit effectif comme deuxième formation placent le salaire et la carrière au second plan. Pour eux, l’important est le côté atypique. Chez les jeunes, il faut un certain degré d’autonomie; ils choisissent un métier dont ils ne savent pas s’il est cool ou non. Les familles doivent également avoir confiance, en se disant que leur enfant parviendra à faire son chemin.

Pour ce genre de métiers, les jeunes doivent-ils posséder des qualités particulières?
Anton Simonett: Non. Par ailleurs, les métiers à petit effectif peuvent aussi représenter une opportunité pour les jeunes en situation de handicap, qui seraient peut-être moins encouragés dans de grandes entreprises. Lorsque les jeunes découvrent qu’ils sont compétents et qu’ils maîtrisent le sujet, ils prennent confiance en eux et c’est un investissement pour l’avenir. Ils deviennent des professionnels recherchés, quoi qu’ils fassent plus tard.

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Prochaine édition

Le prochain numéro paraîtra le 13 décembre. Focus: Hausse des exigences