Edition 05 | 2016

Focus "Professions à petit effectif"

Projet de réseau

«Sorte d’organisation de branche»

Le SEFRI soutient financièrement un projet visant à développer un «réseau solide pour les métiers à faible effectif». Walter Leist, chef suppléant du projet, en esquisse les tâches.

Interview: Daniel Fleischmann, rédacteur de PANORAMA

Walter Leist, chef suppléant du projet «Réseau Métiers à faible effectif» (kleinstberufe.ch). (Photo: Adrian Moser)

Walter Leist, chef suppléant du projet «Réseau Métiers à faible effectif» (kleinstberufe.ch). (Photo: Adrian Moser)

PANORAMA: Métier à petit effectif = artisanat traditionnel. Est-ce correct? Walter Leist: Cette impression n’est pas fausse. Le réseau que je représente a été initié par des professions artisanales. Par ailleurs, sur les 20 organisations du monde du travail (OrTra) impliquées, seules deux sont du domaine de l’industrie: les scieurs et les céramistes industriels. Une étude d’Interface a montré que sur 307 activités traditionnelles, 137 constituent des professions au sens de la loi fédérale sur la formation professionnelle (LFPr).

Tous des métiers à petit effectif?
Nous ne le savons pas, ni combien il y a de métiers à petit effectif en Suisse, étant donné qu’il n’existe pas encore de définition du terme. Mais si l’on part du principe que les formations professionnelles initiales avec moins de 100 apprentis (toutes années de formation confondues) en font partie, il devrait donc y avoir environ 90 métiers à petit effectif. Nous sommes en train d’élaborer une définition dans le cadre d’un projet cofinancé par le SEFRI, ce qui n’est pas chose aisée, car ces métiers sont présents dans des branches très différentes et rencontrent aussi des problèmes tout autres. Il s’agit par exemple des constructeurs de skis, des artisans du cuir et du textile, des danseurs interprètes, des luthiers ou des recycleurs.

Quels sont les objectifs de ce projet?
Ce projet dure une année. Il s’agit de poser les bases pour la mise en place d’un réseau des métiers à petit effectif: organigramme, financement, critères pour l’admission de nouveaux membres, etc. Nous examinons en outre la possibilité de professionnaliser la collaboration entre les associations professionnelles et les partenaires institutionnels. Nous espérons pouvoir poursuivre le projet à l’issue de la première année, avec le soutien du SEFRI, et l’étoffer. Au final, le réseau doit représenter une sorte d’organisation de branche pour les métiers à petit effectif et permettre d’améliorer les conditions cadres pour la formation professionnelle (FP).

Le projet entend-il sauver des activités traditionnelles menacées?
Cela pourrait en effet être une des conséquences de nos travaux, mais ce n’est pas l’objectif. Nous ne voulons pas maintenir des professions s’il n’y a pas de marché pour leurs produits. C’est pourquoi nous nous fondons, pour la définition du terme de métier à petit effectif, sur le système de la FP et non sur des objectifs comme ceux que doit se fixer l’Office fédéral de la culture. Toutefois, nous voulons faciliter l’organisation des apprentissages dans ces métiers et atteindre de ce fait une égalité des chances par rapport aux grandes professions. Les coûts par apprenti des cours interentreprises (CIE) sont par exemple nettement plus élevés pour les petits métiers que pour les grandes professions. La Conférence suisse des offices de la formation professionnelle a reconnu nos problèmes et nous a informés que deux commissions allaient se pencher sur la question des métiers à petit effectif.

Quid de la bureaucratie? D’aucuns estiment que beaucoup de ces métiers auraient fonctionné «absolument sans problème» sous l’ancienne LFPr…
La nouvelle LFPr a énormément apporté à la FP; je n’aimerais pas revenir en arrière. Mais elle a aussi été synonyme de grands défis et de travail supplémentaire pour les associations professionnelles. Nous attendons également davantage de discernement dans l’édiction et l’application des directives. La Communauté d’intérêts des facteurs d’instruments de musique, par exemple, s’est vu refuser un cumul de mandats dans la commission pour le développement de la profession et la qualité, au motif que les écoles professionnelles et les CIE devaient être représentés séparément. Le point positif, c’est qu’aujourd’hui nos demandes de ce genre sont prises au sérieux.

Selon Interface, seules 20 activités artisanales sur les 307 recensées proposent des formations professionnelles supérieures (FPS). Est-ce grave?
Très grave! Sur les douze OrTra engagées dans notre projet, seules trois ont des FPS. Dans les autres, les apprentis se rendent compte au cours de leur formation qu’il n’existe pas d’offres de formation continue dans leur domaine. Nous devons trouver des solutions. Certains métiers à petit effectif se sont rapprochés de professions plus importantes, comme les constructeurs de skis et les charrons, qui font désormais partie de l’association des menuisiers. Dans le cadre des examens professionnels, les contenus liés à la gestion d’une entreprise pourraient être proposés de manière commune pour plusieurs professions, et des modules de formation mis en place.

Liens et références bibliographiques

www.kleinstberufe.ch
Interface (2011): Forschungsmandat «traditionelles Handwerk». Lucerne.

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Prochaine édition

Le prochain numéro paraîtra le 13 décembre. Focus: Hausse des exigences