Edition 03 | 2016

Focus "Recherche et évaluation"

Évaluations en orientation professionnelle, universitaire et de carrière

Ce que nous savons et ce que nous devrions savoir

Les interventions en orientation professionnelle, universitaire et de carrière ont un effet positif sur divers aspects du développement professionnel des consultants, comme l’atteste la recherche internationale. De nouveaux défis et de nouvelles perspectives s’ouvrent en ce qui concerne la pratique d’évaluation.

Par Andreas Hirschi, responsable de la division Psychologie du travail et des organisations de l’Université de Berne

La satisfaction professionnelle ou le bien-être psychologique sont des thèmes fréquemment abordés lors de consultations. Les évaluations devraient aussi toucher à ces aspects. (Image symbole: Fotolia/Picture-Factory)

La satisfaction professionnelle ou le bien-être psychologique sont des thèmes fréquemment abordés lors de consultations. Les évaluations devraient aussi toucher à ces aspects. (Image symbole: Fotolia/Picture-Factory)

Différents types d’interventions sont efficaces dans l’orientation professionnelle et de carrière, comme l’avait déjà montré la première méta-analyse sur l’efficacité de l’orientation professionnelle, universitaire et de carrière (OPUC) en 1983. Des méta-analyses ultérieures ont pris en compte davantage d’études et appliqué une meilleure méthodologie, tout en confirmant les résultats de la première. Des résumés actuels en anglais sur l’efficacité de l’OPUC, qui s’adressent expressément à un large public et aux décideurs politiques, offrent eux aussi une image globalement positive. Pour résumer, on constate, sur la base de la recherche menée jusqu’à présent, que les interventions dans l’OPUC ont des effets modérés mais avérés, en particulier en ce qui concerne la détermination professionnelle, le niveau d’information, l’efficacité personnelle en matière de choix professionnel et de recherche active d’informations. Ces effets montrent qu’une personne affiche de meilleurs scores dans les résultats évalués après l’intervention de l’OPUC (fait preuve d’une plus grande détermination professionnelle, par exemple) que 60% des personnes d’un groupe de référence n’ayant pas recouru à l’OPUC. Les interventions de longue durée ne sont pas nécessairement plus efficaces que celles de courte durée. En revanche, la recherche montre que le type et le contenu de l’intervention sont déterminants: des méta-analyses ont établi que des conseils individuels et des ateliers structurés ont en moyenne des effets plus importants que des entretiens de groupe non structurés ou qu’une autoinformation sans conseiller ou conseillère (journal de travail, Internet, tests individuels, par exemple). En outre, il s’est avéré que certains contenus renforcent l’efficacité d’une intervention: demander au consultant de consigner ses objectifs de carrière, donner des feed-back individuels, transmettre des informations actuelles, présenter des modèles d’inspiration et encourager le soutien social.

Exemples d’études actuelles

Il est étonnant que la dernière méta-analyse sur l’efficacité de l’OPUC remonte déjà à plus de dix ans. Ce constat ne doit toutefois pas faire oublier que la recherche internationale continue dans ce domaine. Au cours des cinq dernières années, parmi les six revues scientifiques les plus connues consacrées au choix professionnel, nous avons trouvé 205 études qui faisaient référence, dans leur résumé, à des interventions ou à l’efficacité de l’OPUC. Toutefois, seules 24 études traitent de l’efficacité proprement dite, soit environ 1% de tous les articles publiés durant cet intervalle. Cela montre que, dans le vaste champ de la recherche sur le choix professionnel et le développement de carrière, seule une petite partie des études et des évaluations traitent de l’efficacité. Les évaluations publiées au cours des cinq dernières années présentent cependant un large éventail de participants, de méthodes et de résultats évalués. Les études ont porté sur des interventions auprès d’élèves, d’étudiants et d’actifs d’âge variable, ont été menées dans divers pays, ont utilisé différents contextes théoriques et ont évalué plusieurs effets. En outre, de nombreuses études ont appliqué une approche «expérimentale», où un groupe d’intervention était comparé avec un ou plusieurs groupes de référence. Plusieurs exemples illustrent ces observations:
- Dans une étude publiée en 2016, Nota, Santilli et Soresi ont évalué une intervention en ligne avec des jeunes vivant en Italie sur la base de l’approche life design. Ils ont mis en évidence des effets sensiblement plus grands en ce qui concerne l’adaptabilité de carrière et la satisfaction personnelle que dans une intervention qui se limite à commenter et discuter des résultats de tests.
- Une étude menée en 2014 par Janeiro, Mota et Ribas auprès d’élèves vivant au Portugal a révélé qu’une intervention de six semaines a eu des effets plus importants qu’une seule séance d’information, plus particulièrement chez les jeunes qui avaient une idée pessimiste ou incertaine de leur carrière et de leur choix professionnels.
- L’organisation autonome du Self-Directed Search (version anglophone originale de notre Explorix suisse) a été évaluée aux États-Unis par Behrens et Nauta en 2014. Cette étude a mis en évidence un nombre sensiblement plus élevé de perspectives professionnelles prises en compte par rapport au groupe de référence, mais pas d’effet en ce qui concerne l’exploration de carrière ou la détermination.
- Une étude de Di Fabio et Maree conduite en 2012 et fondée sur l’approche life design en lien avec le Career Construction Interview de Savickas a montré des effets avérés chez des indépendants adultes en Italie par rapport à un groupe de référence en ce qui concerne la détermination professionnelle.
- Spurk et ses collègues ont montré en 2015 que les jeunes scientifiques étudiant dans les universités allemandes amélioraient leur comportement en réseau, leur planification de carrière et leur optimisme lorsque les formations en réseau étaient accompagnées de conseil individuel. Ces effets n’apparaissaient pas sans conseil individuel.
Malgré le nombre relativement faible de publications, il existe une recherche internationale intéressante et essentielle sur l’évaluation des différentes interventions dans l’OPUC.

Questions ouvertes

La plupart de ces études ne peuvent être comparées, étant donné qu’elles évaluent des interventions uniques et souvent non standardisées et qu’elles ne mesurent pas des résultats directement comparables avec d’autres études. En outre, la majorité des études se concentrent sur l’évaluation de symptômes comme l’indécision ou le manque d’information. Elles n’évaluent guère les effets sur une meilleure performance et sur la satisfaction vécue dans sa profession. La plupart des études ont été réalisées avec des consultants plus ou moins standard. Ce qui manque, c’est une recherche qui évalue les interventions et leurs effets sur des groupes spéciaux avec des difficultés spécifiques liées à l’orientation professionnelle et de carrière, tels que les réfugiés ou les élèves aux résultats scolaires très faibles. Un autre défi réside dans le fait que la plupart des interventions ont été appliquées sur des groupes relativement petits. La recherche devrait concevoir et évaluer des interventions de manière plus étendue (pour toutes les classes d’un canton, par exemple). Même lorsque leurs effets sont relativement restreints, les interventions pourraient avoir une portée significative si elles agissaient sur un grand nombre de personnes. Les études se concentrent souvent sur des interventions brèves et sur des effets de courte durée. C’est pourquoi il faudrait évaluer des interventions qui ont été menées sur une plus longue durée et qui sont constituées d’un grand nombre de petites interventions (séances de conseil réparties sur plusieurs mois, par exemple). Il faut aussi se demander quelle intensité doit avoir une intervention pour obtenir l’effet souhaité chez le consultant. Enfin, à l’avenir, la recherche ne devrait pas seulement évaluer les résultats, mais aussi les processus. C’est le seul moyen de savoir si telles ou telles procédures et techniques de conseil donnent de bons ou de mauvais résultats auprès des consultants.

Implications

Ces lacunes de recherche sont importantes pour la pratique. Elles montrent comment l’efficacité peut être encore mieux évaluée dans l’OPUC. Le procédé courant qui consiste à interroger les consultants sur leur satisfaction ou leur motivation avant et/ou après une consultation ou une intervention, en leur soumettant un questionnaire élaboré à cette fin, n’apporte pas beaucoup d’informations. Sans groupes de contrôle ou de référence et sans procédures standardisées de mesure, les résultats de ce type d’évaluation sont difficiles à interpréter. Il serait plus judicieux de se concentrer sur des résultats et des processus afin d’identifier quels types d’interventions mènent à quels résultats et avec quelle intensité. En outre, il faudrait tenir compte d’un plus grand nombre de résultats touchant à des aspects tels que la satisfaction professionnelle ou le bien-être psychologique. Le choix des résultats à mesurer devrait être explicitement axé sur les nouvelles approches théoriques du choix professionnel et du développement de carrière, par exemple l’encouragement des ressources pour la carrière, l’intégration de la vie professionnelle et de la vie familiale, la construction de carrière/life design.

Liens et références bibliographiques

Behrens, E. L., Nauta, M. M. (2014): The self-directed search as a stand-alone intervention with college students. In: Career Development Quarterly (Nr. 3[62], (S. 224-238).
Di Fabio, A., Maree J. G. (2012): Group-based life design counseling in an italian context. In: Journal of Vocational Behavior (Nr. 1[80], S. 100-107).
Janeiro, I. N., Mota, L. P., Ribas, A. M. (2014): Effects of two types of career interventions on students with different career coping styles. In: Journal of Vocational Behavior (Nr. 1[85], S. 115-124).
Nota, L., Santilli, S., Soresi, S. (2016): A life-design-based online career intervention for early adolescents: Description and initial analysis. In: Career Development Quarterly, (Nr. 1[64], S. 4-19).
Spurk, D. et al.(2015): Fostering networking behavior, career planning and optimism, and subjective career success: An intervention study. In: Journal of Vocational Behavior, (Nr. 1[87], S. 134-144).

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