Edition 01 | 2016

ORIENTATION

Choix d’orientation

Le rôle des compétences non cognitives

Les jeunes qui ont le sentiment de ne pas maîtriser leur environnement personnel ont plus de risques de subir une orientation non désirée. Une étude analyse les facteurs qui réduisent ou augmentent le risque de contraintes dans le processus de choix.

Par Joëlle Latina et José Ramirez (Haute école de gestion de Genève) ainsi que François Rastoldo et Giovanni Ferro-Luzzi (Service de la recherche en éducation)

La transition entre le secondaire I et le secondaire II constitue une phase délicate dans la vie des jeunes. Ces derniers doivent en effet entamer un processus de choix et d’orientation qui déterminera une grande partie de leur vie active. Ces choix découlent des souhaits des jeunes et de leurs parents mais sont également et surtout conditionnés par des contraintes de performance dans le parcours scolaire. Ces contraintes s’opèrent dès l’entrée dans le secondaire I où les élèves sont, à des degrés divers d’hétérogénéité selon le canton, regroupés dans des filières d’enseignement qui diffèrent en exigences et en contenu. Certains parcours sont linéaires, alors que d’autres sont plus complexes et caractérisés par des réorientations, des redoublements, des abandons temporaires ou définitifs. Si les compétences cognitives jouent un rôle fondamental dans la construction du parcours éducatif de l’élève, de nombreuses études mettent également en avant l’importance des compétences non formelles – dites aussi «non cognitives» – dans les orientations observées. Les compétences non cognitives peuvent aussi avoir un effet de retour sur les compétences cognitives, de sorte qu’un mécanisme multiplicateur ou en spirale peut s’installer dans le parcours de l’élève: par exemple, si un jeune a une mauvaise image de soi ou l’impression de ne pas maîtriser son environnement, cela peut avoir des incidences sur ses compétences cognitives, sans que ces dernières soient réellement en cause.

Maîtrise de l’environnement

Notre étude vise, d’une part, à mettre en relief les déterminants de la probabilité qu’un élève se retrouve contraint dans son choix d’orientation, autrement dit que son orientation effective l’année suivante diffère de celle idéale ou planifiée. D’autre part, elle mesure le rôle des compétences à la fois cognitives et non cognitives dans les chances de subir ces contraintes d’orientation, anticipées ou non. Les données utilisées sont issues d’une enquête menée en 2004 à Genève auprès des élèves en fin de scolarité obligatoire, comprenant un questionnaire détaillé sur leurs choix d’orientation, leurs souhaits et motivations quant à leur futur parcours de formation. Plusieurs questions de l’enquête permettent de définir ce que les psychologues appellent un «lieu de contrôle» (locus of control). On parle de lieu de contrôle interne lorsque la personne considère qu’elle a la maîtrise de son environnement (éducatif, professionnel), ou de lieu de contrôle externe lorsque l’environnement est davantage perçu comme étant sujet au hasard ou à la fatalité. Cette caractéristique semble se construire essentiellement dans l’enfance et se stabiliser vers la fin de l’adolescence. Les traits de personnalité ainsi que l’environnement familial et scolaire influencent assez naturellement l’évolution de ce lieu de contrôle.

Le rôle de la personnalité

Notre étude montre que – et cela n’est pas une surprise – les compétences cognitives (mesurées par les résultats scolaires dans les branches principales) améliorent de manière significative les chances de ne pas être confronté à des contraintes dans les choix d’orientation. En outre, plus l’élève fréquente une filière exigeante, moins il a de chances de subir une réorientation non planifiée. Enfin, l’indice mesurant le lieu de contrôle a aussi un effet sur la probabilité de faire face à des choix contraints pour les élèves. Moins le jeune a le sentiment de maîtriser son environnement personnel par son action, attribuant le flux des événements à la fatalité, plus le risque de faire face à des contraintes (anticipées ou non) sera élevé. Les jeunes qui croient peu à leur maîtrise de l’environnement sont en quelque sorte victimes de prophéties autoréalisatrices, puisque le simple fait de croire à un manque de contrôle sur les événements accroît leurs chances de subir des réorientations non désirées ou non planifiées… et justifie ex post leurs croyances. Cela est particulièrement vrai pour les jeunes qui aimeraient idéalement entrer en apprentissage après le secondaire I. L’identification des élèves de dernière année du secondaire I qui ont un locus externe permettrait d’améliorer l’information à leur transmettre dans leur transition vers le secondaire II, sans que cela implique un coût rédhibitoire en matière de suivi. Un travail d’accompagnement minutieux est dans tous les cas nécessaire pour aider le jeune à reprendre confiance dans la maîtrise de son parcours éducatif et professionnel, indépendamment de ses autres compétences formelles. C’est déjà le cas par exemple des semestres de motivation de la LACI, qui visent justement à améliorer les compétences non formelles des bénéficiaires.

Liens et références bibliographiques

Ramirez, J., Latina, J., Rastoldo, F., Ferro-Luzzi, G. (2016): Le rôle des compétences non cognitives dans les orientations en fin de secondaire I. Genève, SRED.
Rastoldo, F., Evrard, A. (2004): La nouvelle organisation du Cycle d’orientation. Rapport I: Transitions scolaires de la première volée d’élèves soumise à la nouvelle structure du secondaire I. Genève, SRED.
Rastoldo, F., Kaiser, C., Alliata, R. (2005): La nouvelle organisation du Cycle d’orientation. Rapport II: Choix d’options au CO et orientations au secondaire II vus par les élève; Transitions entre les degrés 6 et 9 vues par des directions de collèges. Genève, SRED.
Rastoldo, F., Evrard, A., Kaiser, C. (2006): La nouvelle organisation du Cycle d’orientation. Rapport III: Intégration au secondaire II des élèves soumis à la nouvelle structure du Cycle d’orientation. Genève, SRED.

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Prochaine édition

Le prochain numéro paraîtra le 25 octobre. Focus: Égalité des sexes