Edition 01 | 2016

ORIENTATION

Canton d’Argovie

«De l’information sur les professions à la psychothérapie»

Pour des raisons d’économie, les services d’orientation du canton d’Argovie (ask!) ont restructuré leur offre, avec des conséquences importantes pour les collaborateurs. Le directeur Thomas Eichenberger et son adjoint Martin Uebelhart expliquent les mesures.

Interview: Stefan Krucker et Anna Zbinden Lüthi

Au sein des services d’orientation du canton d’Argovie (ask!), Thomas Eichenberger (directeur, à droite) et Martin Uebelhart (adjoint, à gauche) ont revu toute leur palette de prestations. (Photo: Thomas Kenner)

Au sein des services d’orientation du canton d’Argovie (ask!), Thomas Eichenberger (directeur, à droite) et Martin Uebelhart (adjoint, à gauche) ont revu toute leur palette de prestations. (Photo: Thomas Kenner)

PANORAMA: L’orientation professionnelle du canton d’Argovie est organisée depuis dix ans en association. Avez-vous parfois regretté de ne plus être une unité de l’administration publique? Thomas Eichenberger: Non, jamais (rires)! Il y a évidemment des avantages et des inconvénients, mais les avantages l’emportent largement: dans l’administration, j’avais encore des milliers d’autres tâches. Je peux désormais me concentrer pleinement sur notre activité de base. Nous avons davantage d’indépendance et pouvons gérer nos ressources de manière flexible.

Quels sont, selon vous, les inconvénients?
L’administration a perdu le savoir-faire lié à notre activité principale. Des divergences peuvent alors apparaître concernant la philosophie de notre prestation de base. Des conceptions différentes se développent en ce qui concerne la manière dont le système doit être piloté.

Votre budget pour 2016 a été réduit de 12%, et de 10% supplémentaires pour 2017. Concrètement, qu’est-ce que cela implique?
Je ne veux pas encore parler de 2017; nous sommes en train de concrétiser tout cela dans le cadre d’un projet avec le mandant. Pour 2016, nous avons fixé le montant des coûts et les mesures du canton. Nous avions suffisamment d’avance et l’annonce est tombée au moment où il s’agissait d’élaborer une stratégie.

Quelles ont été les réactions?
Malgré des conditions cadres plus difficiles, nos collaborateurs et collaboratrices nous soutiennent. Mais la perspective de nouvelles coupes budgétaires en 2017, sans avoir évalué l’effet des mesures prises, rend la situation insécurisante et inconfortable.

Comment faites-vous dans ces conditions?
Martin Uebelhart: La communication s’est faite en continu. Toute l’année, nous avons proposé aux collaborateurs des soirées d’information avec la direction. Ces échanges nous ont permis de clarifier de nombreuses questions et d’expliquer ce qui était sûr et ce qui ne l’était pas. Il va de soi que des représentants du personnel ont été impliqués durant tout le processus.

Qu’est-ce qui est le plus difficile pour les collaborateurs dans cette réorganisation?
Thomas Eichenberger: Nous avons par exemple revu toute notre approche concernant les jeunes. Les classes ne fréquentent plus les centres d’information, les conseillers et conseillères en orientation se rendent dans les écoles où ils disposent d’un contingent d’heures de travail. Certains conseillers aiment aller à l’extérieur, ils y trouvent une plus grande liberté d’action. Mais d’autres me confient se sentir plus à l’aise dans les salles de consultation, où ils peuvent travailler, alors qu’ils n’y arrivent pas dans une salle de classe ou un centre d’information.

Quelles sont les directives concernant la durée d’une consultation?
La première consultation est gratuite et dure désormais 30 minutes. Elle a lieu dans le centre d’information que nous avons rénové. Les entretiens de suivi peuvent durer plus longtemps. Cela ne plaît pas à tout le monde, ce que je peux comprendre. Mais les premières évaluations montrent que les consultants sont satisfaits. Nous devons trouver le moyen de développer une culture qualité avec les ressources encore disponibles. L’objectif est clair: il faut économiser au moins 10% des heures de travail. En 2016, les consultations en orientation de carrière seront payantes. Cela est aussi un sujet sensible pour certaines personnes. Ces séances durent 60 minutes.

Combien coûte une consultation en orientation de carrière?
Contrairement à toutes les autres solutions en Suisse, nos bases légales nous obligent dès 2016 à fournir des prestations payantes au prix coûtant. Une personne adulte paie 180 francs l’heure de consultation, sans la TVA.

Y a-t-il des exceptions?
Tout est gratuit jusqu’à l’âge de 25 ans révolus. C’est seulement ensuite, si la personne a accompli une formation de niveau secondaire II, que cela devient payant. Il existe en outre des exceptions pour les chômeurs des ORP, pour les participants à certains programmes et pour les bénéficiaires de bourses.

Qu’est-ce qui a changé dans les centres d’orientation?
La documentation papier a été massivement réduite dans l’infothèque: il reste quatre secteurs thématiques, une grande zone d’accueil et des places de travail pour les personnes qui viennent à des entretiens d’information. Notre infothèque est conçue comme un lieu où nous pourrons organiser de plus en plus d’événements. Par ailleurs, nous sommes en train de construire plusieurs «loges» de consultation, qui se trouvent à l’abri des regards et des bruits extérieurs.
Martin Uebelhart: Il y aura davantage de vie dans les infothèques, l’ambiance ne sera pas celle d’une bibliothèque. Grâce à ces mesures d’agencement, plusieurs événements pourront se tenir simultanément.

Vous avez l’air enthousiastes. Au final, il n’est pas tellement question d’économies, mais plutôt d’innovations que vous avez toujours voulu introduire, non?
Ce n’est pas aussi idyllique… Nous devons restructurer l’offre sous la pression des mesures d’économie. Nous fermons deux sites, Zofingue et Bad Zurzach, ce que nous n’aurions pas fait sans cette contrainte.
Thomas Eichenberger: Notre comité a chargé la direction de compenser les revenus manquants par de nouveaux mandats. Devoir complètement repenser ce qui existe, c’est le côté passionnant. Malgré les économies, je crois que nous avons aussi apporté des améliorations pour les jeunes. Nous avons la chance de créer quelque chose de nouveau. Jusqu’ici, cela s’est passé dans une ambiance globalement positive. Mais il y a aussi des personnes qui disent qu’elles ne veulent plus participer et qui ont donné leur congé.

Quels conseillers acceptent ou n’acceptent pas les nouveautés?
Cela ne dépend ni du sexe, ni de l’âge, ni du niveau de formation, mais de la personnalité des gens. Il y a des personnes proches de l’âge de la retraite qui sont totalement enthousiasmées par de nouvelles prestations. Mais c’est parmi les employés de longue date que nous observons le plus de résistance au changement. Pour celles et ceux qui se considèrent comme de véritables conseillers psychologiques accompagnant un processus, la perte est beaucoup plus grande lorsqu’ils doivent accélérer la cadence. Ce sont des changements essentiels dans la conception du métier. Je peux donc comprendre que ce soit très exigeant et que les personnes se posent la question: «Est-ce que je veux participer, en suis-je capable?»

Dans quel sens l’orientation professionnelle change-t-elle?
Dans notre situation, nous devons davantage adopter le point de vue des consultants. Pendant longtemps, nous avons défini nous-mêmes leurs besoins, et ils en étaient reconnaissants. Je constate un changement dans les demandes des consultants, qui exigent en tout temps et tout de suite une réponse à leurs questions. Il arrive ainsi que le processus de conseil reste plus superficiel que lors d’une consultation traditionnelle.

Quelle est la formation idéale pour le conseiller ou la conseillère du futur?
Nous avons besoin d’un mélange de personnes, d’âges, de sexes, d’expériences professionnelles et de niveaux de formation différents. Il nous faut aussi des psychologues, car la santé psychique au travail est devenue un facteur important. Mais si je dois citer un système de formation idéal, je dirais que plus il est dual, mieux c’est.

Vous avez élargi votre portefeuille de prestations. Dans quels domaines?
Le conseil psychologique et la psychothérapie, le coaching et la supervision ainsi que les cours. Cela donne une palette complète de prestations, qui peut aller d’une simple information sur une profession jusqu’à une psychothérapie, grâce à laquelle il est aussi possible d’obtenir un soutien psychiatrique.

Avec une offre aussi vaste et variée, cela doit être difficile d’aiguiller les consultants vers la bonne prestation…
Martin Uebelhart: C’est notre principal problème, un véritable casse-tête! Tout le monde est impliqué, y compris les personnes de l’accueil ou qui travaillent par téléphone. Elles doivent avoir les ramifications en tête, afin que les personnes à la recherche de conseils reçoivent la bonne offre le plus vite possible. Le plus dur reste à venir.

Que faites-vous dans le domaine online?
Contrairement à la tendance générale, nous ne développons pas d’applications. Nous nous concentrons sur un outil qui a du succès: notre site Internet. Trois quarts des participants à nos cours disent avoir découvert notre offre sur notre site Web et un quart vient suite à une recommandation. C’est le maximum que l’on puisse obtenir.

Qu’en est-il du conseil en ligne?
Thomas Eichenberger: À notre avis, le conseil en ligne n’est pas indispensable. Un besoin existe, mais il n’est pas très grand. Je suis aussi devenu un peu plus prudent concernant les nouvelles technologies. Nous veillons surtout à ce que notre page d’accueil soit bien structurée, qu’elle soit compatible avec tous les appareils, qu’on puisse s’inscrire directement à un cours, que les réponses aux questions soient rapides, etc. orientation.ch (pour les informations sur les formations et les professions), arbeitsmarktinformationen.ch (pour les informations sur le marché du travail) et bdag.ch (pour nos offres): voilà notre «trio pack» dans le domaine online.

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