Edition 01 | 2016

Focus "Changer de métier"

Nouveaux départs

Planifier et organiser activement sa retraite

Les deux tiers des plus de 65 ans ne se contentent pas d’une retraite paisible. Ils la voient comme le début d’une nouvelle phase de vie qu’ils peuvent aménager à leur guise et utilisent leurs ressources et leurs connaissances pour de nouveaux objectifs.

Par Hans Beat Achermann, écrivain et ancien conseiller au centre d’orientation de Zoug

Robert Sprenger, ancien ingénieur en chimie, gère depuis quelques années un blog culinaire. «Au début, c’était un nouveau job à plein temps», relève-t-il. (Photo: Georg Anderhub)

Robert Sprenger, ancien ingénieur en chimie, gère depuis quelques années un blog culinaire. «Au début, c’était un nouveau job à plein temps», relève-t-il. (Photo: Georg Anderhub)

Les conseillers en orientation de carrière connaissent bien les souhaits de leurs consultants: faire autre chose, quelque chose de nouveau, de sensé, avec des contacts. Souvent, ces souhaits apparaissent vers 40 ou 45 ans, lorsque les personnes concernées ont 20 ans de carrière derrière elles et encore 20 devant. Or il n’est pas rare que les conditions cadres constituent un obstacle: enfants à charge, volonté de conserver un certain train de vie confortable, etc. Lors des entretiens, les souhaits doivent être adaptés à la réalité, rarement l’inverse. Mais souvent, les souhaits persistent et sont simplement reportés à plus tard. En effet, à 60 ou même 70 ans, on est en règle générale encore assez en forme pour entreprendre quelque chose. La recherche sur le vieillissement a montré que l’apprentissage n’est pas lié à l’âge, qu’éventuellement le rythme d’apprentissage ralentit et qu’il faut davantage d’exercices. Autre constat: les défis intellectuels et les activités physiques au troisième âge réduisent le risque de démence. «Le lien entre la retraite anticipée, le manque d’activité à la retraite et les maladies comme Alzheimer est attesté par des études», affirme Ursula Staudinger, chercheuse en gérontologie, dans une interview avec le journal «Die Zeit». Le retrait de la vie active ne doit pas nécessairement signifier la fin du travail. Nombre de retraités indiquent avoir un hobby ou une activité et y consacrent parfois autant de temps que celui passé au travail, à l’image de Robert Sprenger, ancien ingénieur en chimie qui gère un blog culinaire: «Au début, c’était un nouveau job à plein temps», relève-t-il. Dans son cas, la transition est due au hasard. Quand sa femme est tombée malade, il a été contraint d’assumer les tâches ménagères et de préparer les repas. Pour ce créatif dans l’âme, l’envie d’écrire et de faire de la photo a fait le reste. Ainsi est née sa nouvelle passion.

Génération babyboom et bénévolat

La forme de travail la plus répandue à la retraite est le bénévolat ou l’engagement social. Selon l’Office fédéral de la statistique, chaque année, près de 700 millions d’heures de travail non rémunéré sont fournies, dont une grande partie dans le domaine de la santé et du social. Un cinquième des activités bénévoles sont assumées par des retraités comme Suzanne Vogt qui, sur mandat de Pro Senectute, aide des personnes âgées à remplir leurs déclarations d’impôts ou encore à gérer leurs assurances. Son ancienne activité de spécialiste du personnel dans des institutions sociales la qualifie pleinement pour cet engagement. À l’heure actuelle, un large spectre d’activités bénévoles s’ouvre aux seniors: accompagnement de fin de vie, participation à la vie de quartier, aide aux personnes âgées, service de transport, par exemple. «L’important, c’est que les personnes qui font du bénévolat soient valorisées dans leur travail, formées à leurs tâches et soutenues, qu’elles puissent échanger. La génération du babyboom, qui arrive peu à peu à la retraite, est en effet prête à relever ses manches, pour autant que le travail l’intéresse et qu’elle y voie un intérêt», écrit Simone Gretler Heusser, du Département de travail social de la Haute école de Lucerne.

Possibilités individuelles d’aménagement

Les retraités peuvent aussi trouver du sens à leur nouvelle vie en dehors de l’engagement social. C’est le cas d’Heinrich Bachmann, ex-spécialiste en aménagement du territoire, qui a loué un atelier à 65 ans, peint plus de 400 tableaux au cours de la dernière décennie et participé à diverses expositions. Il est étonnant de constater que beaucoup de seniors sont actifs dans plusieurs domaines: Heinrich Bachmann s’engage par exemple aussi dans l’association de son quartier et joue de l’accordéon. Âgée de 80 ans, Marita Schulz, ancienne professeure de catéchisme, s’épanouit depuis 20 ans par le biais de marathons et de courses longues de 100 km. Elle aussi s’engage dans l’encadrement et l’aide en classe, cela en plus de ses activités sportives. Ce qui est clair et qui ressort aussi des portraits, c’est que la diversité augmente avec l’âge, que les parcours deviennent plus hétérogènes. En effet, les carcans professionnels et temporels disparaissent et les hiérarchies perdent de l’importance, laissant ainsi davantage de place aux choix individuels.

Les ressources des aînés

Dans son ouvrage portant sur les perspectives après 60 ans («Chancen nach sechzig»), la chercheuse Margrit Stamm répond à quelques questions fondamentales en lien avec les ressources des personnes âgées. Il résulte également de son étude «Talent Scout 60plus» que les participants possèdent un vaste éventail de ressources dans les domaines de compétences les plus variés mais que la plupart ne les utilisent pas. La société pourrait mieux tirer parti de ce réservoir de capacités largement sous-estimées. Plus d’un quart des retraités interrogés aimeraient garder leur activité professionnelle. De plus, les deux tiers aimeraient continuer à exploiter leurs ressources, dans le cadre d’une activité professionnelle, d’un engagement social ou encore d’un nouveau domaine d’activité. Seul un tiers d’entre eux indiquent vouloir se libérer de toute obligation à la retraite et simplement profiter de la vie. Pour éviter la perte de telles ressources, Margrit Stamm recommande de se concentrer sur des aptitudes particulières et de maintenir ses compétences à un niveau élevé grâce à l’exercice, mais à un rythme moins soutenu.

Work-life balance adapté à l’âge

L’équilibre entre vie professionnelle et vie privée, ou work-life balance, ne prend pas fin à 65 ans. Au contraire, le défi se pose véritablement lorsque, pour des raisons biologiques, le corps n’a plus autant de force. Il faut sans cesse trouver un nouvel équilibre entre retraite active et farniente, entre des activités chargées de sens et celles qui n’ont pas d’objectif précis. Afin de soutenir ce processus, il existe aujourd’hui des offres individuelles d’orientation de carrière auprès de prestataires à la fois publics et privés. En effet, un parcours de vie s’arrête rarement à 65 ans. Il change, emprunte de nouvelles voies et fait ressurgir d’anciens souhaits. «Vieillir signifie seulement prendre de l’âge et rien d’autre», disait George Bernard Shaw, mais cela n’est pas vrai, du moins pas avant 80 ans.

Liens et références bibliographiques

Baer, B. (Éd., 2015): Chancen nach sechzig. Lebensgeschichten, Ideen und Anregungen. Zofingue, Explorum.

Encadré

Perspectives après 60 ans

L’ouvrage «Chancen nach sechzig» contient 20 portraits de soixantenaires. Il montre comment ces derniers organisent leur temps à la retraite: travail à temps partiel, loisirs et passions, bénévolat ou oisiveté. Ces portraits sont complétés par des contributions de professionnels sur des thèmes fondamentaux pour l’après-retraite. Le livre invite le lecteur à planifier de manière concrète la transition vers la retraite. Il illustre des opportunités et des possibilités permettant de se tourner vers de nouvelles activités ou le bénévolat.

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Prochaine édition

Le prochain numéro paraîtra le 25 octobre. Focus: Égalité des sexes