Edition 01 | 2016

Focus "Changer de métier"

Résiliations de contrats d’apprentissage

Simple erreur d’aiguillage?

Le changement de champ professionnel après une résiliation de contrat d’apprentissage aboutit à un allongement de la durée de formation et augmente le risque de rester sans diplôme professionnel à long terme.

Par Barbara E. Stalder, Institut du degré secondaire II de la Haute école pédagogique de Berne

On pense souvent que les résiliations de contrats d’apprentissage sont uniquement dues à une mauvaise orientation professionnelle. C’est pourquoi des mesures de prévention visent à mieux soutenir les jeunes dans leur choix du «bon» métier. Si de telles mesures sont à saluer, celles-ci ne suffisent toutefois pas à réduire le nombre de résiliations prématurées.

La majorité reste dans le même champ professionnel

Notre étude montre que moins d’un tiers des apprentis changent de champ professionnel après avoir résilié leur contrat d’apprentissage (changement de formation, pour la systématique voir encadré). Plus de la moitié des apprentis restent cependant dans le même champ professionnel: parmi eux, plus de 95% poursuivent la formation qu’ils ont entamée dans une autre entreprise formatrice (changement d’entreprise) ou passent à un apprentissage avec des exigences scolaires moins élevées ou plus élevées (changement de niveau). Les personnes qui changent de formation terminent non seulement leur cursus beaucoup plus tard mais restent aussi plus souvent sans diplôme professionnel au degré secondaire II que celles qui ont changé d’entreprise ou de niveau au sein du même champ professionnel. Quelque 90% des apprentis qui restent dans leur champ professionnel terminent leur formation dans les cinq ans suivant la résiliation de leur contrat. Parmi ceux qui changent de formation, sur la même durée, seuls 64% obtiennent un diplôme du degré secondaire II et, même huit ans après la résiliation, ils sont plus souvent sans diplôme professionnel que les autres jeunes.

Raisons liées au changement de champ professionnel

Les apprentis qui changent de niveau d’exigences sont souvent convaincus, avant le début de leur formation, d’avoir choisi le bon métier et la bonne entreprise. Cette dernière leur offre de nombreuses perspectives, leurs formateurs leur transmettent les contenus de manière compréhensible et leur donnent des feed-back réguliers sur leurs progrès. De leur côté, les apprentis se distinguent par un bon comportement. Ils travaillent de manière fiable et soignée et s’intègrent bien. Le changement de niveau est dû à des exigences scolaires trop ou pas assez élevées. Souvent, les apprentis restent dans la même entreprise formatrice. Ils n’ont certes pas commencé leur formation au niveau adapté, mais la profession et l’entreprise semblent être les bonnes. Il en va tout autrement des jeunes qui changent de champ professionnel après la résiliation de leur contrat. Dans la plupart des cas, ils ne sont pas sûrs d’avoir choisi le bon métier ou la bonne entreprise avant de commencer leur apprentissage. Ils estiment que les conditions de formation sont peu propices à l’apprentissage, que les formateurs ne sont pas compétents et qu’ils ne sont pas bien intégrés dans l’entreprise. Cela se traduit également par un manque de motivation. Au final, les apprentis attribuent souvent la résiliation du contrat d’apprentissage au choix du métier et de la place d’apprentissage, aux conditions de formation dans l’entreprise et à leur manque de disposition à la performance. Une bonne adéquation entre la profession et l’entreprise ainsi qu’une qualité de formation élevée dans l’entreprise augmentent les chances de poursuite de l’apprentissage dans le champ professionnel. Les mesures de prévention ne doivent donc pas être uniquement axées sur l’optimisation de l’orientation professionnelle, mais aussi sur l’amélioration du choix d’une place d’apprentissage et sur l’assurance qualité dans la formation professionnelle initiale.

Liens et références bibliographiques

Stalder, B. E., Schmid, E. (paraît en avril 2016): Lehrvertragsauflösung und Ausbildungserfolg – kein Widerspruch. Wege und Umwege zum Berufsabschluss. Berne, hep Verlag.
www.swissdoc.csfo.ch

Encadré

Systématique «Swissdoc»

La systématique «Swissdoc» est gérée dans les trois régions linguistiques par le Centre suisse de services Formation professionnelle | orientation professionnelle, universitaire et de carrière, en collaboration avec des spécialistes de toute la Suisse. Elle sert de référence pour le classement de la documentation sur les formations (papier et en ligne). La systématique des professions comporte huit grands groupes et près de 90 sous-groupes. Chaque profession est associée à l’un de ces sous-groupes. Le groupe principal Construction, par exemple, est composé des cinq sous-groupes suivants: aménagement du territoire; étude de projets; bâtiment, génie civil; installations, entretien (bâtiment); aménagements d’intérieurs, décoration d’intérieurs. Dans la présente étude (voir texte principal), ces sous-groupes ont été désignés «champs professionnels». De même, le passage d’un sous-groupe à un autre est appelé «changement de formation». (sk)

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Le prochain numéro paraîtra le 25 octobre. Focus: Égalité des sexes