Edition 01 | 2016

Focus "Changer de métier"

Marché de l’emploi

La reconversion dépend de la demande en qualifications

La situation du marché de l’emploi influence la décision des jeunes de changer de profession à l’issue de leur apprentissage. Elle détermine aussi le rôle que jouent les caractéristiques individuelles et celles propres à la formation lors de leur primo-insertion.

Par Hélène Buchs, Moniteur suisse du marché de l’emploi (MME) de l’Institut sociologique de l’Université de Zurich

Dans la formation professionnelle initiale, chaque filière transmet un ensemble précis de qualifications. Le certificat fédéral de capacité permet d’accéder aux postes qui correspondent à la formation suivie. Toutefois, le fait que les jeunes trouvent effectivement un emploi dans le métier qu’ils ont appris dépend en premier lieu de l’importance de la demande en qualifications, comme le montre notre étude sur l’adéquation entre la formation et l’activité professionnelle lors de l’entrée sur le marché du travail.

Étude menée avec TREE et le MME

Notre étude a examiné dans quelle mesure la quantité de postes vacants correspondant ou non à la branche influence la probabilité d’exercer le métier appris, de changer de profession ou d’être au chômage. Elle a en outre analysé la manière dont les offres d’emploi ainsi que les caractéristiques individuelles et celles relatives à la formation influent sur l’entrée dans la vie active en cas de variation de la demande en qualifications. L’entrée dans la vie active a été évaluée auprès de 1358 jeunes dans le cadre de l’étude longitudinale TREE (www.tree.unibas.ch). Les jeunes concernés ont terminé leur apprentissage entre 2002 et 2005 et occupé ensuite un poste pendant un an ou étaient en recherche d’emploi. Les indications sur la demande en qualifications spécifiques ou étrangères à la branche sont issues du Moniteur suisse du marché de l’emploi (www.stellenmarktmonitor.uzh.ch). L’association des deux bases de données permet de tenir compte de la force de la demande en qualifications pour chaque personne intégrant le marché de l’emploi de manière différenciée aux plans professionnel, temporel et régional. Il s’agit d’un grand progrès par rapport aux indicateurs très agrégés utilisés habituellement, comme le taux de chômage.

Plus les offres sont spécifiques, plus les changements sont rares

Selon nos résultats, près d’un an après leur apprentissage, environ 83% des jeunes travaillent dans la profession qu’ils ont apprise, 8% ont changé et un peu plus de 9% sont au chômage. La plupart des jeunes peuvent donc exercer le métier qu’ils ont appris lorsqu’ils intègrent le monde du travail. Plus le panel d’offres d’emploi correspondant à la branche est vaste, plus les jeunes sont susceptibles de travailler dans la profession apprise et moins il y a de changements. À l’inverse, plus l’offre en postes étrangers à la branche est grande, plus les chances de décrocher un emploi en dehors de la profession apprise augmentent. Les caractéristiques liées à la formation et celles personnelles, comme le sexe, n’influencent guère le début de la vie active. Elles n’entrent en jeu que si l’on prend en compte la demande en qualifications. Si les entreprises reçoivent beaucoup de candidatures présentant les qualifications professionnelles exigées, elles se fondent davantage sur ces caractéristiques lors du recrutement. Il est intéressant de constater que les offres d’emploi, qui représentent la situation générale du marché du travail, ont moins d’influence sur la primo-insertion lorsque l’on étudie, comme dans notre cas, la composition de la demande en qualifications. Toutefois, on peut dire que les jeunes changent plutôt de profession lorsque les offres d’emploi sont limitées et qu’il y a donc une forte concurrence autour des postes, et lorsqu’il n’y a, dans le même temps, que peu de possibilités d’occuper un poste à qualifications équivalentes. Les jeunes se rabattent alors sur des métiers avec de bonnes perspectives d’emploi pour éviter le chômage.

Des qualifications recherchées sur le marché du travail

L’adéquation entre les perspectives professionnelles spécifiques au métier appris et le faible taux de changement montre à quel point le marché du travail suisse est segmenté. Le faible risque de devoir changer de métier ou d’être au chômage renvoie aussi à l’adéquation entre les formations professionnelles achevées et les postes proposés lors de l’entrée dans la vie active. Le système de formation professionnelle est donc en mesure de transmettre aux jeunes les qualifications demandées par les entreprises. Une baisse de cette adéquation se traduirait probablement par des pertes de qualifications lors de l’entrée dans la vie active en raison du chômage ou de changements de profession.

Liens et références bibliographiques

Buchs, H., Müller, B., Buchmann, M. (2015): Qualifikationsnachfrage und Arbeitsmarkteintritt in der Schweiz. In: Kölner Zeitschrift für Soziologie und Sozialpsychologie (N° 4[67], p. 709–736).

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Le prochain numéro paraîtra le 25 octobre. Focus: Égalité des sexes