Edition 02 | 2015

ORIENTATION

Filières d’études avec pratique intégrée

Changement de système en phase de test

L’idée de permettre à des gymnasiennes et à des gymnasiens d’accéder à des études bachelor dans une haute école spécialisée (HES) sans année de pratique a suscité beaucoup d’émoi dans un premier temps. Le projet fait maintenant partie du quotidien.

Par Stefan Krucker, rédacteur en chef de PANORAMA

A la FFHS et à la ZHAW, l’année de pratique pour les gymnasiens est intégrée aux études. (Photo: CSFO/Iris Krebs)

A la FFHS et à la ZHAW, l’année de pratique pour les gymnasiens est intégrée aux études. (Photo: CSFO/Iris Krebs)

L’intention de la Haute école spécialisée à distance de Suisse (FFHS) d’accueillir, dès l’automne 2015, des gymnasiens sans année de stage dans la filière d’études bachelor en informatique a échauffé les esprits il y a une année. L’Union suisse des arts et métiers a dénoncé un grave changement de système affaiblissant la formation professionnelle duale. Martina Munz (PS) avait déposé une interpellation au Conseil national, intitulée «Ne pas assouplir les conditions d’admission aux HES». La couverture médiatique a été importante. Avec cette demande adressée au Secrétariat d’Etat à la formation, à la recherche et à l’innovation (SEFRI), la FFHS avait apparemment mis le feu aux poudres. Dans sa réponse à l’interpellation, le Conseil fédéral s’était efforcé de panser les plaies: limité à trois ans, le projet pilote vise à combattre la pénurie de personnel qualifié et sera évalué par le SEFRI. En outre, la filière en question dure une année de plus que les études bachelor classiques (quatre ans au lieu de trois) et l’activité pratique dans l’entreprise est suffisamment présente avec près de 40% de la durée du cursus. Le remède a effectivement apporté un effet apaisant et les choses se sont calmées autour de ce «grave changement pour le système». Début 2015, la Haute école zurichoise des sciences appliquées (ZHAW) a suivi l’exemple de la FFHS. Dès le semestre d’automne, elle proposera des études bachelor intégrant la pratique dans toutes ses filières MINT (mathématiques, informatique, sciences naturelles et technique): aviation, génie électrique, énergétique et ingénierie environnementale, informatique, génie mécanique, systèmes industriels, ingénierie des transports et économique. En comparaison, l’offre de la FFHS semble modeste. Toutefois, les approches de la ZHAW et de la FFHS diffèrent: tandis que la ZHAW inclut les étudiants bénéficiant de la pratique intégrée dans les filières d’études ordinaires, la FFHS propose une filière distincte. C’est également la FFHS qui a développé en 2013 et 2014, en collaboration avec La Poste, les filières d’études intégrant la pratique et qui les a fait connaître au public. Peter Schmid, responsable de formation pour les professions techniques à La Poste, indique, au moment de la rédaction du présent article, que huit de ses dix places sont déjà occupées. Selon Anja Bouron de la division Communication de la FFHS, trois autres gymnasiens ont conclu un contrat avec un autre partenaire pratique. La FFHS ouvrira une classe si l’école parvient à recruter douze à quinze étudiants. Anja Bouron ne doute pas que cet effectif sera atteint. La ZHAW n’a fourni aucun chiffre concernant les inscriptions. Markus Kunz, de la division Enseignement de la ZHAW, indique que l’école lancera l’offre, quel que soit le nombre d’inscriptions. Une déclaration de Peter Schmid intrigue, malgré l’intérêt des gymnasiens: environ la moitié des personnes intéressées sont des étudiants qui ont interrompu leurs études, effectuées le plus souvent dans des orientations techniques, et qui veulent désormais entamer des études orientées vers la pratique. Ce constat pourrait indiquer que les études avec pratique intégrée n’ont pas vraiment renforcé l’intérêt pour les MINT. PANORAMA a demandé à Graziella Dal Maso, responsable de l’orientation universitaire à Saint-Gall et conseillère de longue date, comment elle jugeait ces filières d’études. Selon elle, il est difficile d’évaluer leurs chances de succès. Le cursus bachelor ne dure pas moins longtemps qu’avec l’année de pratique avant les études. Le gain de temps ou la possibilité d’atteindre plus vite son objectif ne sont ainsi pas déterminants. «La facilité d’accès aux entreprises est en revanche attrayante, parce qu’il y a des entreprises partenaires. Les personnes intéressées ne doivent plus se démener sans soutien des écoles», ajoute la conseillère. On peut en outre partir du principe que les stages intégrés sont plus adaptés aux études que par le passé. Jusqu’à présent, certains gymnasiens étaient très déçus de leur année de stage. Les études avec pratique intégrée permettent-elles de lutter contre la pénurie de main-d’œuvre? Pour Graziella Dal Maso, elles constituent un bon moyen parmi d’autres. Et d’ajouter: «Il faudrait cependant agir beaucoup plus en amont afin de rendre les branches techniques plus séduisantes, notamment aux yeux des femmes. Les gymnases comptent en effet plus de filles que de garçons.»

Liens et références bibliographiques

www.ffhs.ch/pibs
www.engineering.zhaw.ch/pibs

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Prochaine édition

Le prochain numéro paraîtra le 25 octobre. Focus: Égalité des sexes