Edition 02 | 2015

FORMATION

Recherche sur la formation professionnelle

Faible utilisation malgré l’essor

Le Secrétariat d’Etat à la formation, à la recherche et à l’innovation (SEFRI, ex-OFFT) encourage la recherche sur la formation professionnelle depuis une dizaine d’années. Une évaluation de cet encouragement arrive à la conclusion que la recherche a jusqu’à présent peu contribué au pilotage et au développement de la formation professionnelle.

Par Dora Fitzli et Laura Inderbitzi (econcept) ainsi que Philipp Gonon et Silke Fischer (Université de Zurich UZH)

L’évaluation confiée par le SEFRI à econcept et à la chaire de formation professionnelle de l’Université de Zurich était centrée sur deux questions: dans quelle mesure les objectifs de l’encouragement de la recherche sur la formation professionnelle ont-ils été atteints? Un transfert de cet encouragement dans les structures du Fonds national suisse (FNS) est-il pertinent? Conformément à l’art. 4 de la loi fédérale sur la formation professionnelle et à l’art. 2 de l’ordonnance afférente, l’encouragement par la Confédération de la recherche sur la formation professionnelle poursuit les objectifs suivants:
– ancrage durable en Suisse;
– meilleures données scientifiques en vue de la politique en matière de formation professionnelle;
– développement sur cette base de la formation professionnelle.

Un environnement complexe

La recherche sur la formation professionnelle fait partie d’un environnement complexe réunissant un grand nombre d’acteurs (cf. graphique). Tous ont des attentes différentes envers la recherche sur la formation professionnelle. Cette dernière est, pour sa part, tout aussi hétérogène. Outre les chercheurs encouragés par le SEFRI, d’autres personnes et institutions font de la recherche sur la formation professionnelle (universités, hautes écoles spécialisées HES, hautes écoles pédagogiques HEP, Institut fédéral des hautes études en formation professionnelle IFFP, bureaux de recherche privés, Société suisse pour la recherche en éducation SSRE et Centre suisse de coordination pour la recherche en éducation CSRE). Elles bénéficient d’un financement variable, assuré par la Confédération et les cantons en tant qu’organes responsables de ces institutions, mais aussi par le FNS et, dans quelques cas, par la Commission pour la technologie et l’innovation (CTI).

Enquête auprès des participants

L’évaluation a porté sur le programme d’encouragement du SEFRI et la recherche afférente qui ont été ou qui sont encore soutenus dans le cadre d’une leading house (LH) ou en tant que projets individuels (PI). Les LH ont permis la mise en place de réseaux de compétences sous la direction d’une ou de plusieurs chaires universitaires. Elles sont principalement axées sur l’établissement à long terme d’une recherche fondamentale et sur l’encouragement de la relève. A l’inverse, les PI – qui peuvent aussi être dirigés par des chercheurs d’autres hautes écoles ou institutions – portent sur une recherche à plus court terme et plutôt appliquée à l’intention de la politique et de la pratique. Entre 2004 et 2013, sept LH ont été encouragées; trois sont encore en activité (UZH/Université de Berne: «Economie de l’éducation: comportement des entreprises et politique de formation»; Ecole polytechnique fédérale de Lausanne: «Technologies pour la formation professionnelle»; UZH: «Processus d’enseignement et d’apprentissage dans le domaine commercial»). Par ailleurs, 21 PI encouragés se sont achevés fin 2013. La Confédération a consacré en moyenne trois millions de francs par an pour les LH et les PI. Les sept LH encouragées ainsi qu’un échantillon de huit PI ont été évalués. Des enquêtes auprès de différents groupes (acteurs principaux directement impliqués et personnes externes) et l’analyse de différents documents ont été au cœur de l’évaluation. La participation du mandant et du groupe d’accompagnement, composé de représentants des partenaires de la formation professionnelle et des universités, a également été importante.

Visibilité renforcée, faible valorisation

Ci-après, trois résultats majeurs de l’évaluation:
1. Bonne présence scientifique: la diffusion scientifique des résultats et la qualité de la recherche suisse sur la formation professionnelle sont considérées comme bonnes dans l’ensemble, tant pour les LH que pour les PI. Les contributions sont principalement mises à profit dans les pays germanophones et de plus en plus dans les pays anglo-saxons. Les nouveaux pôles thématiques comme l’économie ou les technologies de l’éducation, le soutien financier et l’accompagnement de la recherche sur de nombreuses années par le SEFRI ainsi que le recours à des advisory boards composés de scientifiques de renommée internationale y ont contribué.
2. Ancrage non assuré: l’encouragement par le SEFRI a donné un élan à la recherche sur la formation professionnelle en Suisse. Les acteurs étaient unanimes sur le fait que cet encouragement a permis à de nombreux chercheurs de travailler dans le domaine de la formation professionnelle. Les experts étrangers interrogés attribuent à l’encouragement de la recherche en Suisse un rôle de précurseur dans ce domaine. Toutefois, la durabilité de cet encouragement ne peut être considérée comme assurée, en particulier si le SEFRI se retirait. La recherche sur la formation professionnelle dépend encore clairement de moyens d’encouragement spécifiques. Elle ne peut donc pas encore être transférée vers les structures d’encouragement nationales existantes du FNS et de la CTI. Les principaux défis mis en exergue concernant son positionnement durable portent sur l’absence d’ancrage institutionnel dans les universités et sur les perspectives limitées de carrière académique des futurs chercheurs.
3. Contribution encore insuffisante en faveur du pilotage, du développement et de la mise en œuvre de la formation professionnelle: les personnes interrogées ont jugé que la contribution de la recherche sur la formation professionnelle financée par la Confédération en faveur du pilotage et plus particulièrement du développement de la formation professionnelle était plutôt modeste. Malgré un fort engagement des responsables des LH et des PI dans la diffusion des résultats par le biais d’exposés et de rapports dans les médias, seul un petit nombre de résultats sont utilisés à large échelle. Les produits de transfert qui en faciliteraient l’utilisation font souvent défaut. Du côté de la pratique, certaines voix critiquent le fait que les résultats de la recherche passent quasiment inaperçus, qu’ils ne sont pas associés à l’encouragement par le SEFRI et qu’ils sont trop peu axés sur les besoins et sur une éventuelle mise en œuvre. Le SEFRI et le comité directeur reconnaissent pourtant la nécessité d’agir sur ce point. Dans ce contexte, il faut tenir compte du fait qu’il existe un champ de tension entre l’excellence scientifique et les exigences issues de la pratique de la formation professionnelle.

Créer de nouvelles structures

Certaines adaptations fondamentales sont nécessaires en vue d’une recherche sur la formation professionnelle bien ancrée, institutionnalisée et durable, fournissant une contribution déterminante au développement et au pilotage de la formation professionnelle. Afin de permettre un ancrage institutionnel dans les hautes écoles suisses, nous recommandons de rattacher à long terme, sous la forme de clusters, la recherche effectuée par les LH à deux ou trois centres de compétences nationaux dans les universités et d’impliquer les HES, les HEP et l’IFFP. Dans la mesure où une telle réorientation prend du temps, nous proposons de maintenir à brève et moyenne échéance les LH actuelles avec quelques adaptations et de renforcer les PI en tant qu’instrument complémentaire. Les PI sont nécessaires, justement pour traiter des domaines dont la thématique n’est pas couverte par les LH. Il est en outre essentiel de rendre les résultats de la recherche mieux exploitables en vue du développement et du pilotage de la formation professionnelle et d’améliorer l’ensemble du processus de valorisation. L’utilisation ultérieure des résultats par les partenaires de la formation professionnelle et d’autres acteurs du domaine doit être prise en compte dès le début et éventuellement encouragée par des mesures spéciales. Nous recommandons par ailleurs de maintenir l’encouragement de la relève et d’encourager de manière spécifique les doctorants et les postdoctorants. Enfin, le pilotage de l’encouragement de la recherche sur la formation professionnelle par la Confédération doit être renforcé par le biais de l’attribution claire des tâches et des rôles mise en place au cours des dix dernières années. Il faut aussi intégrer davantage les partenaires dans le programme d’encouragement. L’actuel comité directeur doit – compte tenu de sa fonction – être renommé en comité consultatif scientifique.

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Prochaine édition

Le prochain numéro paraîtra le 13 décembre. Focus: Hausse des exigences