Edition 02 | 2015

FORMATION

Formation professionnelle initiale pour adultes

Du maçon non qualifié au professionnel avec CFC

Les adultes qui se lancent dans une formation professionnelle travaillent la plupart du temps depuis des années dans leur domaine et assument souvent des charges familiales. La Société suisse des entrepreneurs entend développer une procédure de qualification à l’intention de ce public. Un groupe de travail a formulé des recommandations.

Par Gérard Bottazzoli, chef Formation initiale de la Société suisse des entrepreneurs

Il faut prendre en compte et valoriser autant que possible les compétences acquises par les ouvriers. (Photo: CSFO/Maurice K. Grünig)

Il faut prendre en compte et valoriser autant que possible les compétences acquises par les ouvriers. (Photo: CSFO/Maurice K. Grünig)

Actuellement, le secteur principal de la construction est confronté à une pénurie de main-d’œuvre. Cette situation demeurera inchangée à l’avenir. Le manque de professionnels se fait sentir à tous les échelons. Le secteur Formation professionnelle de la Société suisse des entrepreneurs (SSE) a conçu un projet (voir encadré) dont l’objectif est de permettre à ses collaborateurs semi-qualifiés, au bénéfice d’une expérience professionnelle, d’être qualifiés pour les travaux de maçon ou d’aide-maçon. Les personnes concernées par ce projet ont des niveaux de connaissances très différents. Il faut parfois consolider les compétences de base en littératie, en calcul et en technologies de l’information et de la communication avant de pouvoir entreprendre un cheminement vers une formation certifiante. De plus, pour des adultes déjà expérimentés, obtenir un CFC n’est pas l’idée la plus évidente: certains préfèrent développer une compétence précise, immédiatement utilisable sur le lieu de travail, plutôt que de poursuivre une formation jusqu’au certificat. Grâce à la mise en place de modules de formation bien délimités et d’une pédagogie adaptée, la SSE est persuadée qu’il sera plus aisé de convaincre ces personnes d’aller jusqu’au CFC. En effet, même dans cette situation, le certificat fédéral de capacité reste et doit être la finalité du processus. C’est dans cette optique que la SSE souhaite développer une nouvelle procédure de qualification à l’intention de ce public aux compétences et aux objectifs divers. Par une enquête auprès de quatorze entreprises et institutions qui ont développé des solutions pour les adultes, la SSE a cherché à mettre en évidence les éléments les plus pertinents pour amener cette catégorie de personnes à une qualification. Premier constat: des solutions innovantes sont présentes et déjà appliquées dans toute la Suisse. Le groupe de projet les a examinées sous l’angle de la structure, de l’information, des coûts, du temps de formation et des qualifications obtenues. Il a ainsi été possible de définir une série de recommandations qui devraient guider la SSE dans la mise en place de sa solution en matière de procédure de qualification. Ces recommandations sont décrites ci-après.

Formations modulaires

Il faut développer des structures qui s’appuient sur un réseau de prestataires régionaux et nationaux, afin de pouvoir proposer des cours aux modalités d’organisation flexibles. En complétant le dispositif par une organisation modulaire des formations, il est possible de répondre au mieux aux besoins de chacun. Le candidat ou la candidate peut organiser son temps de formation en profitant de périodes plus ou moins creuses au sein de l’entreprise. Dans ce parcours de formation d’adulte, l’enseignement de la culture générale mérite un traitement particulier. Cette branche est fréquemment décrite comme un facteur empêchant les adultes d’accéder à un CFC, car elle exige un temps de formation supplémentaire. En outre, la culture générale se caractérise souvent par une pédagogie peu adaptée à ce public. Il serait donc souhaitable de développer des modèles où la culture générale serait soit intégrée dans les cours spécifiques à la profession, soit validée en valorisant les parcours de vie et les compétences des candidats.

Diffusion de l’information

L’information est la clé d’une formation réussie. D’une part, il faut convaincre l’entreprise qu’elle a tout à gagner à former ses collaborateurs. D’autre part, il importe que les employés intéressés trouvent aisément toutes les informations nécessaires. Une collaboration de tous les partenaires permet de rendre visibles l’offre de formation et la manière de la mener à son terme avec succès. Un marketing stratégique au sein de l’entreprise elle-même peut être profitable. Trop souvent, les employeurs peinent à considérer les coûts occasionnés par des personnes non formées. Une politique du personnel tenant compte de ce facteur serait bénéfique à la fois pour l’entreprise et pour les employés.

Investissements en termes d’argent et de temps bien définis

Une formation continue demande des investissements qui sont souvent peu lisibles: frais de cours et taxes d’examen à payer, travail personnel à fournir durant son temps libre, etc. Pour les entreprises, les absences du lieu de travail ont aussi un coût. Entreprises et candidats tireraient profit d’une présentation transparente des coûts, qui permettrait de mieux décider d’une stratégie de financement de la formation. Le candidat ou la candidate peut éventuellement compter sur une participation financière de l’entreprise ou sur des subventions obtenues grâce à des fonds paritaires. L’objectif est d’éviter que le facteur financier puisse être une raison de ne pas se lancer dans une formation. A noter que cette question est cruciale et que la SSE y consacre un volet dans le cadre de ce projet. Le temps de formation peut être très important. Dans le cas d’adultes qui se forment dans le domaine où ils sont déjà actifs, il faut étudier les possibilités de se former sur le lieu de travail lui-même. En plus de la structure modulaire de sa formation professionnelle, l’adulte pourrait certainement tirer profit d’un enseignement s’intégrant à sa pratique professionnelle. Un accompagnant ou un pair déjà formé dans le domaine peut lui apporter une partie du savoir et des compétences nécessaires à son cheminement vers le certificat souhaité. Le travail dans l’entreprise se voit ainsi reconnu.

Des parcours individualisés et flexibles

Une formation professionnelle pour adultes doit être reconnue comme équivalente à une formation initiale traditionnelle. Il faut convaincre les experts et les examinateurs que le niveau d’un CFC peut être atteint et vérifié sans passer par des procédures de qualification classiques. Il s’agit de trouver des méthodes ou des outils qui prennent en compte les formations on the job, plus précisément les compétences déjà acquises par le biais d’expériences souvent longues dans l’activité examinée. Pour les adultes, il est fondamental que ces compétences soient reconnues. Cela peut se faire par des dispenses partielles et une réduction de la durée de formation. Dans l’organisation de leur calendrier, les adultes ont besoin d’une plus grande flexibilité que les jeunes. Ils doivent pouvoir suivre une formation en cours d’emploi et la concilier avec leurs responsabilités familiales éventuelles. Cela nécessite un contexte approprié et des méthodes permettant des apprentissages autonomes. En plus d’une pédagogie adaptée aux adultes, un accompagnement individuel est parfois requis pour les personnes les moins qualifiées. Sans vouloir augmenter le nombre de voies pour la certification professionnelle d’adultes, il serait nécessaire de pouvoir les combiner pour mieux répondre à la situation et aux expériences de ces personnes. Cette souplesse – qui ne doit pas nuire à la qualité du titre – est la manière la plus adéquate de répondre non seulement aux besoins des adultes qui veulent se former mais aussi des entreprises qui peuvent ainsi mieux soutenir un effort de formation de leurs employés.

Liens et références bibliographiques

www.baumeister.ch/fr/formation-professionnelle/formation-initiale

Encadré

Le projet de la Société suisse des entrepreneurs

Soutenu par le Secrétariat d’Etat à la formation, à la recherche et à l’innovation et les cantons, le projet de la SSE vise à développer une procédure de qualification adaptée aux adultes déjà actifs dans le secteur principal de la construction. Il se déroule en deux phases. La première phase consiste à poser les bases de réflexion, en s’intéressant à la formation des adultes de manière générale. Elle poursuit trois objectifs: – Comparer les offres et les modèles de formation professionnelle initiale pour adultes. L’analyse a surtout porté sur les exemples de bonnes pratiques, permettant de définir des recommandations applicables à la mise en œuvre de nouvelles offres dans le secteur de la construction (cf. texte principal). – Examiner les possibilités de financement proposées aux candidats par les cantons, les fondations et les institutions. Cet examen fera l’objet d’un rapport qui sera publié prochainement. – Elaborer les bases pour concevoir une procédure de qualification adaptée aux adultes. Cet objectif concerne spécifiquement les métiers du secteur principal de la construction. Avec l’aide d’un groupe d’experts, la direction du projet lancera ensuite la deuxième phase. Il s’agira de développer une nouvelle procédure de qualification pour les adultes souhaitant obtenir une certification de formation professionnelle initiale dans le secteur principal de la construction.

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Prochaine édition

Le prochain numéro paraîtra le 13 décembre. Focus: Hausse des exigences