Edition 02 | 2015

Focus "Migration et intégration"

Orientation

«Si tu es motivé, les gens t’aident»

Les migrants et migrantes sont limités dans leurs choix professionnels. Dans le cadre de l’orientation, ils ont besoin de beaucoup de compréhension, mais aussi de mots clairs. C’est la seule voie qui mène à l’intégration professionnelle, selon la conseillère Emine Braun-Varli.

Interview: Anna Zbinden Lüthi

Emine Braun-Varli s’est spécialisée dans l’intégration professionnelle des immigrés. (Photo: DR)

Emine Braun-Varli s’est spécialisée dans l’intégration professionnelle des immigrés. (Photo: DR)

PANORAMA: A l’heure de choisir un métier, qu’est-ce qui différencie un Suisse d’un immigré? Emine Braun-Varli: Il faut faire la différence entre les jeunes qui ont grandi et fréquenté l’école obligatoire en Suisse et ceux qui ont suivi la majeure partie de leur scolarité à l’étranger. Les premiers tendent à choisir des professions qui ne demandent pas ou que peu de force physique, comme employé-e de commerce ou assistant-e médical-e. Selon moi, l’origine ne joue aucun rôle, du moment que les jeunes possèdent les qualifications professionnelles requises.

Les jeunes dont le nom a une consonance étrangère ne sont-ils pas discriminés?
Non. Ceux qui invoquent le prétexte du nom ne connaissent pas le monde économique actuel. Aujourd’hui, les personnes issues de l’immigration occupent aussi des postes à responsabilités dans les entreprises. Souvent, ce sont elles qui engagent le personnel ou qui dirigent des équipes. C’est avec elles que je discute lorsque j’aide quelqu’un à chercher un stage. L’économie ne recherche pas des noms mais des collaborateurs qui peuvent se comporter de manière adéquate et qui sont prêts à fournir des prestations.

Et pour les jeunes qui sont arrivés en Suisse plus tard?
Ceux-ci imaginent pouvoir choisir une profession parmi toute la palette des métiers. Toutefois, ils ne possèdent souvent pas le niveau scolaire et linguistique, ce qui limite leur choix. J’essaie malgré tout de trouver, avec eux, une profession qui leur correspond.

Quelle approche de conseil adoptez-vous dans ces cas de figure?
La clé de la réussite réside dans la proximité émotionnelle qui se développe grâce à un véritable intérêt et à une vraie empathie pour la personne. Je leur montre que j’ai du plaisir à les recevoir et travaille avec un mélange d’humour et de sérieux. Je prends une heure et demie pour leur expliquer le système de formation professionnelle et je leur montre par exemple pourquoi un apprentissage commercial n’est pas possible avec des notes insuffisantes. Je constate néanmoins que les jeunes s’accrochent dans un premier temps à leur choix initial. Je leur explique ensuite les conditions scolaires et personnelles qu’exigent les entreprises. Cela m’aide de travailler avec des exemples proches de la réalité, d’illustrer certaines situations par des symboles et de choisir un langage clair et simple. Je montre ensuite aux jeunes des moyens de se rapprocher de leur objectif professionnel.

Comment conseillez-vous les personnes arrivées en Suisse à l’âge adulte?
Il y a un déséquilibre: les personnes cherchant des conseils ne parlent quasiment aucun mot d’allemand, n’ont pas de formation et font face à quelqu’un qui a un bon poste. C’est pourquoi je dois d’abord instaurer un climat d’égalité, leur donner l’impression qu’elles sont les bienvenues et qu’elles sont prises au sérieux. Les personnes arrivées tardivement en Suisse ont de grandes difficultés linguistiques et possèdent souvent des diplômes et des expériences professionnelles qui ne sont pas reconnus ici. En leur montrant la photo d’un sac à dos et en utilisant une langue simple et claire, on arrive à définir avec elles les expériences qu’elles ont acquises et qu’elles peuvent utiliser à présent. Les personnes décident si elles veulent se constituer un nouveau bagage ou si nous allons prendre pour point de départ leur bagage existant.

Vous êtes vous-même arrivée en Suisse à l’âge de 23 ans en tant que réfugiée et avez réussi votre carrière. Qu’est-ce qui vous a aidée?
En tant que réfugiée, j’ai été accompagnée pendant trois ans par un conseiller. Lors de la phase d’orientation professionnelle, j’ai été très encouragée par une responsable de cours: elle m’a aidée à trouver une place d’apprentissage. Une autre femme m’a par exemple invitée à Noël lorsque j’étais toute seule. Cette fête et le fait de découvrir qu’en Suisse aussi, on mange parfois dans une assiette commune – c’était de la fondue – m’ont permis de trouver des ressemblances entre les cultures. Il faut que des personnes soient là au bon moment pour toi. Si tu es motivé, les gens sont prêts à t’aider.

Emine Braun-Varli travaille au Centre d’orientation de carrière de Zurich et dans sa propre entreprise (www.berufsgang.ch).

Commentaires
 
 
 
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Diethelm Raff | 04. juin 2015, 10:10

Sehr geehrter Herr Krucker
Sehr gerne nehme ich Sie in mein Netzwerk auf. Ich habe mir die Homepage von Panorama angesehen und fand Ihre Artikel sehr ansprechend. Wir haben in unserem Bildungszentrum (www.tageszentrum-meilen.ch) auch sehr viele Migranten und natürlich viele Menschen mit psychischen Schwierigkeiten, denen wir durch das angegliederte Tages- und Bildungszentrum besser helfen können. Das Interview mit der Migrationsberaterin mit Migrationshintergrund hat mich besonders angesprochen und ebenso das Interview zu den jungen Menschen mit psychischen Problemen und der IV. Dieselben Erfahrungen haben wir auch gemacht. Viel Erfolg weiterhin.
Viele Grüsse

Prochaine édition

Le prochain numéro paraîtra le 13 décembre. Focus: Hausse des exigences