Edition 02 | 2015

Focus "Migration et intégration"

«Exploiter le potentiel des migrants: formations de rattrapage»

Diako K., Rekik A., Gyatso S.

Un projet pilote examine si un coaching rapide et intensif favorise l’intégration. Fabienne Zannol est l’une des coaches. Elle parle des difficultés et des réussites.

Par Daniel Fleischmann, rédacteur de PANORAMA

Depuis deux ans, Fabienne Zannol, juriste de formation, suit 23 personnes choisies dans leur recherche d’un avenir professionnel. La Fondation Arbeitsgestaltung, pour laquelle elle travaille à 60%, participe au projet «Exploiter le potentiel des migrants: formations de rattrapage», qui se déroule sur trois sites (Suisse orientale, Zurich, Genève/Vaud). Celui-ci doit révéler d’ici 2018 si un coaching plus rapide et intensif renforce les chances d’intégration professionnelle. En voici la teneur:
– Prise de conscience de l’importance de la formation dans la société suisse et développement d’une stratégie d’intégration dans le champ professionnel habituel.
– Coaching dans la recherche d’une place (d’apprentissage) et information sur les procédures de reconnaissance des diplômes étrangers, stages qualifiants ou cours.
– Conseils pour les questions relatives à la formation et au financement, suivi pendant les stages, formations et perfectionnements.
– Interlocuteur des employeurs, institutions de formation et autorités.
Les expériences de Fabienne Zannol sont multiples. L’histoire de Diako K.*, qui avait entamé des études d’architecture dans son pays d’origine, est un succès. Il a trouvé une place de stage dans un bureau d’architecture par l’intermédiaire de Fabienne Zannol et s’est inscrit à la Haute école de technique et d’économie de Coire. «Diako est jeune et flexible. Il parle très bien l’allemand et a la chance d’avoir eu des chefs qui lui ont consacré du temps et transmis leurs connaissances», se félicite Fabienne Zannol. Deux artisans sont aussi sur la bonne voie, un plâtrier et un cordonnier qui travaillent de nouveau dans leur champ professionnel usuel. Reste à trouver un moyen d’attester leurs qualifications par un diplôme professionnel. Rekik A. a aussi une formation en vue. Enseignante de maternelle et mère d’un fils en bas âge, elle n’a pas les moyens pour un apprentissage; en revanche, elle peut entamer une formation d’auxiliaire de santé de la Croix-Rouge Suisse d’une durée de six mois. «Il y a bien trop peu de formations à bas seuil de ce genre», regrette Fabienne Zannol. C’est plus difficile pour Gyatso S., qui était laborant dans son pays d’origine. Sa recherche d’une place d’apprentissage en Suisse orientale est restée vaine et il ne peut pas déménager à Bâle. Daya R. a aussi échoué en raison d’obstacles formels: la sage-femme originaire du Sri Lanka aurait pu suivre un stage en soins infirmiers dans une maison de retraite. Mais le canton exigeait une garantie d’embauche que la maison de retraite ne pouvait lui accorder. Sa recherche d’une place d’apprentissage est restée infructueuse malgré d’excellents feedback lors de stages d’observation. La comptable d’origine érythréenne Sitina M., diplômée d’une université, doit repartir à zéro. L’ancienne Conférence des recteurs des universités suisses (CRUS) n’a pas émis de recommandation de reconnaissance pour ses études de quatre ans, car le règlement de l’université du pays d’origine ne correspond pas au système de Bologne.

Les normes internationales manquent

Pour Fabienne Zannol, il est trop tôt pour tirer un bilan de son travail. Mais une chose est sûre: l’intégration est exigeante d’un cas à l’autre, même si les 23 personnes choisies pour le projet sont particulièrement qualifiées. Certaines n’ont pas la force de s’attaquer à de nouveaux projets juste après leur périple, d’autres font face à des obstacles de nature organisationnelle alors que d’autres encore ne parviennent pas à attester leurs qualifications. Sans normes internationales, il est difficile de vérifier ce que Sitina M., par exemple, a appris dans ses études de comptable. Connaît-elle le droit fiscal suisse, les assurances sociales de notre pays, les formalités douanières ou les méthodes de comptabilité? Comme le préconise le HCR, des initiatives visant à reconnaître les connaissances et les compétences sur le lieu de travail sont nécessaires, par exemple lors d’un volontariat, d’un stage ou d’un apprentissage.

* Tous les noms sont fictifs.

Encadré

Le modèle grison

Dans le canton des Grisons, on applique un tel modèle avec succès. Une évaluation de trois semaines en est l’élément central: à cette occasion, les réfugiés et les personnes admises à titre provisoire interviennent dans plusieurs domaines d’activité (restauration, travail du bois ou du métal, entretien). Le procédé sert à déterminer les compétences professionnelles, sociales et méthodologiques et débouche sur une stratégie d’intégration commune. Le modèle du salaire partiel, une politique du marché du travail libérale, des cours de langue adaptés aux réfugiés ou une politique généreuse en matière de stages sont d’autres aspects du modèle grison.

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Prochaine édition

Le prochain numéro paraîtra le 13 décembre. Focus: Hausse des exigences