Edition 02 | 2015

Focus "Migration et intégration"

Commentaire

Et ils eurent des hommes

Par Daniel Fleischmann, rédacteur de PANORAMA

(Photo: Thomas Kenner)

(Photo: Thomas Kenner)

Est-il encore pertinent de parler de personnes issues de l’immigration? Ce terme recouvre plusieurs réalités. Il désigne par exemple des personnes qui arrivent en Suisse après une longue fuite, qui ont échappé aux missiles, aux hélicoptères et aux caméras thermiques et que nos gardes-frontière veulent épingler au moment où elles franchissent illégalement la frontière pour les renvoyer chez elles. Ce terme désigne aussi les jeunes dont les parents sont nés en Italie, mais qui sont arrivés encore enfants en Suisse et qui y ont fréquenté l’école. Parmi la population résidante permanente de plus de quinze ans, 35% sont considérés comme personnes issues de l’immigration; 37% possèdent la nationalité suisse. Il serait peut-être bon de clarifier les termes afin de limiter les peurs d’envahissement dans l’esprit des gens. «Migration et intégration»: voilà un titre difficile, car les perspectives et les inquiétudes des personnes concernées, leurs potentiels et leurs limites, leurs identités culturelles et personnelles sont multiples. Mais une chose est claire: pendant de nombreuses décennies, la Suisse a été un pays d’émigration, un pays en retard en termes de développement économique, un pays qui a eu de la chance d’avoir des gens comme Alfred Escher qui sont allés chercher le savoir à l’étranger. Aujourd’hui, la Suisse est devenue un pays d’immigration et, une fois encore, elle devrait s’en réjouir. Notre prospérité, nous la devons aussi aux étrangers qui, pour leur part, sont heureux de trouver du travail chez nous. L’urbanisation désordonnée ou le stress omniprésent, ils n’y peuvent rien. Faute de droit de vote, la majorité d’entre eux ne peut pas participer aux décisions politiques. Cependant, nous semblons souvent manquer de reconnaissance. Le discours sur les étrangers est égoïste et haineux, ce que reflètent certaines mesures prises par les autorités. Le fait que ce soit justement l’initiative de l’UDC sur l’immigration de masse qui a amorcé les débats actuels sur une meilleure intégration des immigrés est une pilule amère. Reste que la question est fondée: à l’heure actuelle, les migrants ressortissants d’Etats non membres de l’UE ou de l’AELE sont trois à quatre fois plus touchés par la déqualification que les Suisses. Ils ne trouvent pas de travail ou occupent un poste qui ne correspond ni à leur niveau de formation ni à leurs qualifications. Les réfugiés ou les étrangers admis provisoirement ont difficilement accès aux cours de langue, parce que leur statut de séjour ne le permet pas, parce qu’on exige d’eux qu’ils travaillent au lieu d’apprendre ou encore parce qu’ils n’ont personne pour s’occuper de leurs enfants. L’autorisation restrictive des stages les prive en outre de la possibilité d’utiliser au sein de la population les connaissances qu’ils ont acquises. L’intégration reste un défi et des projets encourageants existent, comme ceux dans les écoles professionnelles, financés par la Fondation Hirschmann. Depuis 2008, près de 45'000 jeunes de plus de 50 écoles professionnelles ont participé à 200 projets d’intégration. Les écoles peuvent demander un soutien financier auprès de la fondation pour de tels projets jusqu’en 2016/2017. Après, ce sera peut-être terminé, la suite du financement n’étant pas encore assurée, malgré d’intenses recherches.

Liens et références bibliographiques

www.integration-berufsfachschulen.ch

Commentaires
 
 
 
imgCaptcha
 

Prochaine édition

Le prochain numéro paraîtra le 13 décembre. Focus: Hausse des exigences