Edition 06 | 2015

FORMATION

Validation dans le canton de Zurich

Plus de pratique, moins d’écrit

Les procédures de validation permettent de faire reconnaître des aptitudes et des connaissances acquises en travaillant. Le canton de Zurich a évalué et adapté sa procédure. Les contrôles des compétences sont davantage axés sur la pratique et posent des exigences moins élevées en termes d’aptitudes à l’écriture.

Par Bettina Wöhler, spécialiste en validation, et Kaspar Senn, inspecteur du travail pour les formations de rattrapage à la Direction de l’éducation du canton de Zurich

En Suisse alémanique, les procédures de validation ont surtout lieu dans les cantons de Berne et de Zurich; en Suisse romande, Genève et le Valais sont les cantons leaders. Afin d’informer les consultants des centres d’orientation sur la possibilité d’obtenir un diplôme professionnel et de les rediriger vers les cantons qui disposent de telles procédures, tous les cantons gèrent un portail d’entrée. Les offres sont coordonnées par la Conférence suisse des offices de la formation professionnelle. Le guide national pour la validation des acquis de l’expérience (VAE), édité par le Secrétariat d’Etat à la formation, à la recherche et à l’innovation (SEFRI), définit le cadre de mise en œuvre. Le canton de Zurich propose la validation des acquis depuis 2005; la procédure est approuvée par le SEFRI depuis 2010. A l’heure actuelle, la validation est possible dans quatre professions (bientôt six). Les offres de validation sont destinées aux personnes sans diplôme professionnel ainsi qu’à celles qui n’ont pas terminé de formation, qui ont changé de champ professionnel et/ou qui sont issues de l’immigration. Lors de la procédure de validation, les candidats attestent leurs compétences opérationnelles sur dossier, sur la base des profils de qualification et des conditions de réussite de l’ordonnance sur la formation de la profession correspondante. Le canton de Zurich offre la possibilité d’établir et d’évaluer le dossier en ligne. Afin de vérifier et de continuer à développer la procédure, une évaluation a été menée en 2013 chez les assistants en soins et santé communautaire CFC et les assistants socio-éducatifs CFC. Les raisons de faire cette évaluation étaient diverses. D’une part, le canton de Zurich avait défini le renforcement et l’encouragement de la formation de rattrapage pour la période de législature en cours. Par conséquent, l’Office du secondaire et de la formation professionnelle entend devenir un centre de compétences pour la qualification complémentaire des adultes. D’autre part, la procédure en place a fait l’objet de critiques à l’interne et à l’externe. L’absence de prise en compte globale des candidats et les charges trop importantes en termes d’argent et de temps ont été montrées du doigt. Dans le cadre de l’évaluation, différents acteurs de la procédure ont été interrogés: candidats actuels et anciens, responsables cantonaux de la procédure, experts aux examens et tiers (employeurs et associations professionnelles, par exemple). Il s’agissait de déterminer les forces et les faiblesses de la procédure et d’identifier les pierres d’achoppement entre les différents acteurs et/ou les étapes, l’objectif étant d’optimiser et de développer la procédure.

Obstacles trop importants

L’évaluation a confirmé que la VAE est importante, même s’il est difficile d’estimer avec précision les besoins effectifs. Il est incontestable que les compétences acquises de manière non formelle devraient être davantage prises en compte dans l’accès à la formation et à la formation continue. Pour les candidats, la validation de leurs aptitudes est synonyme de reconnaissance, d’estime personnelle, voire d’augmentation salariale et de nouvelles opportunités sur le marché du travail et de la formation continue. L’évaluation conclut que la validation est préférée à d’autres voies par de nombreuses personnes, car elle offre beaucoup de flexibilité et permet d’attester les compétences opérationnelles en plusieurs étapes. Certains obstacles importants ont été constatés dans la procédure, tels que des exigences linguistiques élevées (expression orale et écrite), une importante charge de temps et un haut niveau d’autonomie pour la résolution d’une tâche complexe. En outre, des spécialistes externes et une partie des personnes sondées regrettent l’absence d’une prise en compte globale des candidats, la reconnaissance fragmentaire des compétences acquises dans la pratique et la focalisation sur de supposés déficits.

Les principales nouveautés

Les 27 recommandations de l’évaluation ont été examinées dans le cadre d’un avant-projet. Un grand nombre de mesures visant à améliorer la procédure ont pu être élaborées et approuvées dans ce contexte et seront introduites début 2016. On peut dès lors s’attendre à une augmentation du nombre de candidats d’ici à la clôture du projet. Par le passé, quelque 900 personnes par an participaient aux séances d’information obligatoires. Près des deux tiers d’entre elles entamaient effectivement une procédure de validation, mais seule la moitié obtenait le diplôme visé. Les principales nouveautés sont les suivantes:
– Intensification de l’information, des conseils et de l’accompagnement tout au long du processus, afin de mieux soutenir les personnes qui envisagent d’abandonner la procédure. En outre, la validation en ligne sera développée en vue d’une meilleure gestion de l’ensemble de la procédure.
– L’aptitude des personnes à obtenir un diplôme professionnel grâce à la VAE sera mieux déterminée à l’avenir. Cela passera par la définition de conditions d’admission spécifiques aux professions, la vérification des conditions d’admission dans les temps (expérience professionnelle requise, y c. expérience spécifique selon l’ordonnance sur la formation) et une décision précoce sur la prise en compte de la formation préalable. Par ailleurs, les candidats pourront vérifier eux-mêmes leur aptitude à la procédure de validation grâce à un test.
– Outre les contrôles bien connus «rapport d’expérience écrit» (jusqu’à présent «loupe») et «visite sur le terrain», il y aura de nouvelles formes de contrôles des compétences: une version orale du rapport d’expérience et un dossier de projet et de mandat. L’employeur pourra également procéder à une évaluation externe en guise de complément à l’auto-évaluation et aux contrôles des compétences. Au final, la partie écrite du dossier sera réduite au profit d’une augmentation du nombre de visites sur le terrain et de la présentation orale du rapport d’expérience.

Liens et références bibliographiques

www.validierung.zh.ch
www.validacquis.ch
www.orientation.ch/dyn/51352.aspx
www.erz.be.ch/validierung

Encadré

Validation

L’entrée en vigueur de la nouvelle loi fédérale sur la formation professionnelle a permis le recours à d’autres procédures de qualification (art. 33 LFPr), dont la VAE. Cette dernière s’adresse aux adultes qui, en raison de leur parcours de vie, n’ont pas obtenu de diplôme formel de fin de formation ou qui se sont réorientés vers un nouveau champ professionnel et qui souhaitent obtenir le diplôme qui leur manque. La VAE leur permet de faire reconnaître des compétences opérationnelles acquises dans un environnement professionnel ou extra-professionnel comme équivalentes à des qualifications formelles. A l’heure actuelle, la validation des acquis est possible dans quatorze métiers en Suisse romande, sept en Suisse alémanique et trois au Tessin. La Suisse alémanique comptera cinq professions de plus en 2016: maçon-ne CFC, cuisinier-ère CFC et spécialiste en restauration CFC pour le canton de Berne; aide en soins et accompagnement AFP et assistant-e médical-e CFC pour le canton de Zurich.

3 questions

«Pas comparables»

à Franziska Berger, conseillère en formation et validation (BE)

(Photo: DR)

La réforme de la procédure de validation à Zurich inspire-t-elle Berne? A Zurich, la validation ne concerne pas les mêmes métiers qu’à Berne. Les procédures ne sont donc pas comparables, hormis leur structure en cinq phases. Le constat de l’évaluation zurichoise portant sur la trop grande charge de travail sur le plan linguistique fait exception. Il s’appliquait aussi à notre procédure pour les gestionnaires du commerce de détail, que nous avons remaniée ce printemps. A l’inverse, dans la formation commerciale, on peut poser des exigences linguistiques plus élevées aux candidats.

Mais de bonnes connaissances linguistiques constitueront à l’avenir aussi une condition importante pour la VAE…
Oui. La VAE n’est indiquée que pour les personnes qui possèdent de bonnes connaissances de la langue nationale, à l’oral et à l’écrit. Elle nécessite en outre un certain degré d’autonomie et de persévérance. Beaucoup de candidats doivent acquérir certaines compétences dans le cadre de formations complémentaires. Il incombe au portail d’entrée de déterminer si un candidat ou une candidate est apte ou non, ce qui n’est pas toujours une tâche aisée.

Les ORP orientent-ils régulièrement des candidats vers la VAE?
Je ne peux pas en juger. De manière générale, je constate que la possibilité de faire reconnaître des expériences professionnelles est encore trop peu connue du grand public. Nous nous efforçons de faire encore mieux connaître la validation dans les associations de branches et les entreprises. dfl

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Le prochain numéro paraîtra le 25 octobre. Focus: Égalité des sexes