Edition 05 | 2015

ORIENTATION

Transmission de l’information

Comment les centres d’orientation se réinventent

Les centres d’orientation ont discuté de leurs concepts d’avenir lors d’une conférence nationale. Les approches varient, mais il existe des tendances communes.

Par Anna Zbinden Lüthi, rédactrice de PANORAMA

A l’ère d’Internet, comment faire venir le public dans les centres d’orientation? (Photo: DR)

A l’ère d’Internet, comment faire venir le public dans les centres d’orientation? (Photo: DR)

La numérisation constitue à la fois une invitation et une contrainte poussant à innover. En Suisse, les centres d’orientation acceptent ce défi. Ils utilisent le changement de paradigme général de la possession de l’information à l’accès à l’information pour mettre en œuvre des idées tournées vers l’avenir. Lors de la Journée nationale de la documentation 2015 du CSFO (Centre suisse de services Formation professionnelle | orientation professionnelle, universitaire et de carrière), les spécialistes ont débattu des derniers développements. Malgré l’absence de concepts d’information nationaux ou régionaux ou d’une stratégie intercantonale, cinq tendances apparaissent dans les changements actuels au niveau des centres d’orientation.

Tendance N° 1: les applications

Le canton de Vaud a développé une application pouvant être utilisée au salon des métiers. L’histoire débute le jour du salon. En chemin, l’utilisateur rencontre des professionnels. Une porte refuse par exemple de s’ouvrir? L’installateur-électricien ou l’installatrice-électricienne doit intervenir. Le jeune peut alors lui poser des questions. En 2014, les services d’orientation du canton de Zurich ont lancé une application qui soutient le processus de choix d’une profession et la recherche d’une place d’apprentissage. Les utilisateurs reçoivent des notifications push. Il est désormais question de créer des profils utilisateurs pour les enseignants et les parents. Le canton de Schaffhouse avait déjà lancé une application pour la recherche d’une place d’apprentissage (voir PANORAMA 1/2014), modèle repris ensuite par le canton de Zoug. Le Centre d’orientation de carrière de Zurich travaille à une application intitulée «Berufs-Check», qui permettra aux jeunes de déterminer les professions qui les intéressent le plus et auxquelles ils s’identifient. Elle propose de faire des selfies et de les intégrer à des images de professionnels. Les jeunes ont la possibilité de sortir une version imprimée de trois métiers qui les intéressent le plus à l’heure actuelle. Les photos peuvent être présentées sur un grand écran et donnent ainsi une impression grandeur nature. Les connaissances peuvent être approfondies à partir de l’image et d’un peu de texte.

Tendance N° 2: les jeux

«La vie en général comme les métiers deviennent plus ludiques», affirme Nando Stöcklin, collaborateur scientifique à l’Institut de formation aux médias et de formation continue de la Haute école pédagogique bernoise. Le jeu présente l’avantage d’avoir des règles claires. Chacun peut décider de participer ou non. «La communauté de joueurs et les expériences sociales sont motivantes; la mécanique de la compétition et la dynamique pour atteindre les objectifs sont fascinantes», explique Nando Stöcklin. Le jeu «job aventure», par exemple, a été développé lors du salon des métiers du canton de Fribourg. Ce jeu s’adresse aux classes de 4e à 6e années. A l’aide du plan du salon, les jeunes partent à la chasse au trésor et, à des endroits précis, doivent répondre à des questions sur des métiers.

Tendance N° 3: les manifestations

Une à deux manifestations ont lieu chaque semaine à la Cité des métiers du Grand Genève. Les associations professionnelles et les grandes entreprises présentent un large éventail de professions. Les personnes intéressées peuvent directement postuler pour une place d’apprentissage. Afin de rendre l’infothèque plus attrayante, le canton de Berne a mis sur pied une série de manifestations portant sur les réorientations professionnelles des 40–60 ans. Ces manifestations ont été annoncées dans les journaux, à la radio et à la télévision. Des mesures d’économies et les nouveaux besoins des clients en matière d’information ont mené le canton de Lucerne à proposer un nouveau concept d’orientation professionnelle, universitaire et de carrière. Le centre propose désormais davantage de manifestations et de cours thématiques spécifiques aux groupes cibles, comme le passage à une profession sociale ou les moyens pour les adultes d’obtenir un titre professionnel. Les manifestations abordent des thèmes souvent demandés et d’actualité. Il y aura également plus d’événements organisés en collaboration avec des institutions et des associations professionnelles.

Tendance N° 4: les expériences

Le canton de Fribourg organise des nuits de l’apprentissage. Lors de speed datings, des jeunes entrent directement en contact avec des représentants d’entreprises et peuvent ensuite déposer leur dossier de candidature. Un comptoir avec une machine à café pour les consultants et les conseillers est prévu au Centre d’orientation de carrière de Zurich. «Nous passons du niveau cognitif au niveau émotionnel», précise Fredy Christen, collaborateur du centre zurichois. Par ailleurs, l’office renonce aux classeurs. Désormais, ce sont des cartes postales à emporter qui informent sur toutes les professions de base. Chaque carte présente une activité principale par profession. Toutes les cartes sont dotées d’un code QR menant directement à la page correspondante du site orientation.ch. Les recherches peuvent être approfondies sur l’ordinateur. Pour les adultes, le Centre d’orientation de carrière de Zurich rassemble des informations sur des groupes de professions et des branches dans des champs d’intérêt. Là aussi, un code QR renvoie à orientation.ch.

Tendance N° 5: les entretiens brefs

Il y a deux ans, le Centre d’orientation de Thurgovie constatait que son profil Facebook n’était quasiment pas utilisé. Il a alors trouvé une autre idée: les conseillers proposent de brefs entretiens de 20 à 30 minutes par Skype pour les jeunes qui fréquentent des écoles éloignées du centre d’orientation. Une salle de leur école est spécialement prévue à cet effet. «Les élèves trouvent cette offre méga cool et emmènent même leurs parents aux entretiens par Skype. Les documents importants sont ensuite envoyés par courriel», rapporte Corinne Morgenegg, responsable du centre régional de Frauenfeld. Selon les cantons, la durée d’un entretien peut aller jusqu’à 40 minutes. Dans certains centres, ces brefs entretiens sont menés exclusivement par des conseillers en orientation professionnelle, universitaire et de carrière, alors que dans d’autres, ils peuvent aussi être conduits par des spécialistes en information. Souvent, les entretiens n’ont pas lieu dans des bureaux mais dans de petites pièces semi-isolées. Au Centre d’orientation de Berne-Mittelland, les entretiens brefs font également l’objet de nombreuses demandes. Depuis peu, ces derniers peuvent aussi être passés le samedi, à la bibliothèque Kornhaus sise au centre-ville de la capitale.

Nouvelle mouture d’orientation.ch très attendue

Les tendances décrites sont également suivies par l’Office de la jeunesse et de l’orientation professionnelle du canton de Zurich. Dans le cadre d’un avant-projet, les conseillers en orientation et d’autres experts ont été interrogés sur le développement de la transmission de l’information. Garder une vue d’ensemble s’est rapidement avéré important: l’accent n’est pas seulement mis sur l’information, mais doit s’étendre au conseil et à la concrétisation d’un projet professionnel. Les Zurichois entendent aussi intégrer des développements issus du tourisme ou de la bibliothéconomie. Pour cela, le canton bénéficie de l’expertise de la Haute école de technique et d’économie de Coire. Des étudiants en sciences de l’information se sont par exemple penchés sur la question de l’aménagement de l’espace. Interrogé sur la future manière de présenter l’information, Rico Loppacher, chef de la division biz Medien, répond: «Nous visons les utilisateurs les moins à l’aise et simplifierons la présentation. Les consultants devraient pouvoir bénéficier d’une offre facilement accessible et intuitive. Nous souhaitons surtout les rejoindre là où ils en sont dans leur processus d’orientation. Avec une carte numérique intelligente, nous pourrions encadrer et accompagner nos consultants dans leur recherche d’informations, pourquoi pas de façon ludique. Notre information restera toutefois sérieuse et neutre.» Le site orientation.ch est essentiel pour tous les centres d’orientation. Annoncée depuis longtemps, la nouvelle mouture est attendue avec impatience. «Notre objectif premier est de fournir une information de qualité disponible sans interruption. Nous mettrons le nouveau site en ligne uniquement lorsque le redesign répondra à ces attentes», souligne Chester Romanutti, directeur adjoint du CSFO. La refonte du site coûte près de 3,5 millions de francs et a été préparée sans financement supplémentaire. Quand la mise en ligne est-elle prévue? «Nous y travaillons sans relâche, mais les imprévus inhérents aux projets informatiques ne nous permettent pas d’indiquer une date précise. Nous avons sous-estimé un défi de taille: réaliser des structures identiques pour toutes les versions linguistiques. Dès que nous en saurons plus, nous informerons les professionnels et leur accorderons un à deux mois de test, comme promis», précise Chester Romanutti.

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