Edition 05 | 2015

FORMATION

Etude du SEFRI

Il faut encourager la maturité professionnelle de façon différenciée

La maturité professionnelle (MP) est un pilier fondamental de la perméabilité du système éducatif suisse. Toutefois, elle n’a pas la même importance selon les professions ou les branches. Et les différences cantonales sont frappantes.

Par Dora Fitzli (partenaire et cheffe de département) et Marie-Christine Fontana (responsable du projet), econcept

Ressenti comme une charge par de nombreux jeunes et leurs parents, le choix d’une profession et d’une formation pourrait être abordé – du moins en Suisse – avec une certaine décontraction. En effet, grâce à la grande perméabilité du système éducatif, des parcours très différents sont possibles, permettant aussi l’accès au degré tertiaire. La MP joue un rôle central dans ce contexte. Grâce à son rôle charnière, la MP contribue largement à l’attrait de la formation professionnelle et à sa position forte dans le système éducatif suisse. Rien d’étonnant donc à ce qu’elle fasse partie – avec la formation professionnelle supérieure (FPS), les titres de fin de formation pour adultes et l’orientation professionnelle, universitaire et de carrière – des quatre champs d’action prioritaires fixés lors du premier Sommet de la formation professionnelle, en mars 2014. Le Secrétariat d’Etat à la formation, à la recherche et à l’innovation (SEFRI) a ainsi décidé d’élaborer un concept pour l’encouragement de la MP au niveau national. Ce mandat est constitué de plusieurs projets partiels. Le projet partiel 1 (PP1) englobe l’actualisation des données ainsi qu’une enquête auprès des cantons et des organisations du monde du travail (OrTra) en tant que responsables des formations professionnelles initiales. La réalisation a été confiée à econcept. Les résultats présentés ci-après sont un extrait du rapport publié par le SEFRI.

Croissance de plus de 40%

De 2004 à 2013, l’évolution de la MP a été marquée par la croissance. Alors que près de 10'000 certificats de MP ont été délivrés en 2004, leur nombre avoisinait les 14'000 en 2013, soit une croissance d’un peu plus de 40%, qui se répartit pourtant de manière très inégale entre la MP1 (+15%) et la MP2 (+96%). La MP1 est intégrée à la formation professionnelle initiale; la MP2 s’effectue à la suite de l’apprentissage. Entre 2004 et 2013, le pourcentage des personnes ayant suivi la MP1 a baissé, passant de 66 à 54%. A l’échelle nationale, l’analyse de l’évolution de la MP1, de la MP2 et des parts de MP (taux de titulaires d’un CFC avec MP) au niveau cantonal donne des résultats très hétérogènes. Le choix de suivre ou non une MP varie fortement selon les cantons. Au Tessin, près d’un titulaire de CFC sur trois obtient une MP, alors qu’à Bâle-Ville, ce n’est le cas que d’un titulaire de CFC sur dix. Sur le plan national, plus d’un cinquième des détenteurs d’un CFC obtiennent un certificat de MP (taux de MP de 22%). Les cantons du Tessin (31%), de Fribourg (29%) et de Neuchâtel (27%) sont ceux qui affichent les taux de MP les plus élevés. Dans ce contexte, l’interaction entre la MP et la maturité gymnasiale (MG) est souvent surévaluée: de faibles taux cantonaux de MG sont en général synonymes de taux de MP élevés, mais le Tessin, Fribourg et Neuchâtel, qui affichent les parts de MP les plus élevées ainsi que des taux de MP supérieurs à la moyenne, présentent aussi des taux de MG supérieurs à la moyenne. Il apparaît ainsi que le potentiel de la MP n’est pas encore totalement exploité dans de nombreux cantons, ce que confirment les estimations des responsables dans les cantons et des OrTra, même si l’ampleur du phénomène est évaluée différemment.

Différences selon les domaines de formation

La majorité des responsables des OrTra jugent que la MP est (plutôt) importante pour leur secteur économique ou leur champ professionnel mais estiment qu’elle l’est un peu moins pour les entreprises. Selon eux, les entreprises proposent la MP1 surtout parce que les personnes en formation le souhaitent et parce que la MP1 permet de recruter des apprentis compétents. L’argument principal avancé pour ne pas encourager la MP1 est que les apprentis passent trop de temps à l’école et pas assez dans l’entreprise. Les responsables des OrTra relèvent également que la MP a rarement une plus-value immédiate. Ils sont plutôt sceptiques à l’égard d’éventuelles mesures d’encouragement de la MP1. Il existe certes un besoin supplémentaire en personnel qualifié titulaire d’une MP dans de nombreuses branches, mais les besoins non satisfaits en employés titulaires d’un CFC et en personnel qualifié diplômé de la FPS sont encore plus grands. Pour chaque domaine de formation, l’étude examine aussi la composition des diplômes à différents niveaux (AFP, CFC, FPS, bachelor HES, bachelor universitaire). Elle montre que les domaines de formation peuvent être répartis en quatre catégories selon l’importance et la composition du degré tertiaire (cf. tableau). Cette répartition est grossière, car les domaines de formation recouvrent parfois des professions très hétérogènes. La MP est (en partie) importante uniquement pour les catégories «Culture mixte du degré tertiaire» et «Culture HES/HEU marquée», sachant que près de 70% des CFC et près de trois quarts des diplômes cités y sont obtenus. Cette répartition théorique de l’importance de la MP est largement confirmée par les taux réels de MP observés par domaine de formation (cf. dernière colonne du tableau). Le faible taux de MP en médecine vétérinaire notamment constitue une exception, mais cet écart est facilement explicable: il n’existe pas d’études vétérinaires HES.

Les grandes lignes de l’encouragement

Les données analysées, les développements et les estimations sur la MP permettent de conclure que l’encouragement doit être différencié selon les cantons et cibler des domaines de formation où la MP est importante et où il existe un besoin de personnel qualifié. Ce faisant, il faut tenir compte du fait que l’évaluation de ce besoin est manifestement difficile. Ainsi, seule une minorité des représentants des OrTra a pu estimer si les parts actuelles de professionnels formés au degré tertiaire répondent aux besoins de la branche. Une majorité des représentants interrogés n’a pas pu répondre à cette question. Enfin, l’évolution très variable de la MP selon les cantons montre que ces derniers ont – probablement en collaboration avec les OrTra – une grande influence sur la décision des jeunes d’effectuer ou non une MP.

Liens et références bibliographiques

SEFRI/econcept (2015): Concept visant à renforcer la maturité professionnelle. PP1: enquêtes et actualisation des données. Berne/Zurich.

3 questions

«Une carte de visite importante»

à Marc Kummer, président de la Commission fédérale de la maturité professionnelle

(Photo: DR)

Qu’est-ce qui vous a le plus marqué dans l’étude sur la MP? L’étude pointe des différences dans les cantons. Si certaines s’expliquent par les structures économiques régionales, d’autres restent mystérieuses. Pourquoi le nombre de Zurichois titulaires de la MP n’a-t-il augmenté que de 33% depuis 2004, contre 43% au niveau national? Et pourquoi le nombre de personnes suivant la MP1 diminue-t-il chez nous?

D’où l’encouragement de la MP?
Il ne faut pas encourager la MP pour aplanir des différences cantonales: égaliser les pourcentages ne servirait à personne. Nous devons encourager la MP car le marché du travail a besoin de toujours plus de personnel formé au degré tertiaire, que ce soit dans les HES ou dans la FPS. En outre, la MP constitue une carte de visite importante: elle encourage la perméabilité et aussi attire les élèves doués vers la formation professionnelle. Le fossé qui existait jadis entre le gymnase et la formation professionnelle s’est réduit.

Quels domaines encourageriez-vous?
Il faudrait augmenter le nombre de jeunes qui suivent la MP. Pour cela, il s’agit non seulement de développer des modèles alternatifs de MP pendant l’apprentissage afin de décharger les entreprises formatrices, mais aussi de faire davantage de publicité ou d’accroître l’intérêt de certaines associations professionnelles. La MP est par exemple peu présente dans le domaine social. Enfin, il faut aussi prêter attention aux détails: à Zurich, les élèves ne connaissent pas, avant la fin de l’école obligatoire, les résultats exigés pour accéder à la MP. C’est trop tard: la plupart des contrats d’apprentissage sont alors déjà signés. dfl

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Le prochain numéro paraîtra le 13 décembre. Focus: Hausse des exigences