Edition 05 | 2015

Focus "Rupture de formation"

Modèle genevois

Un suivi unique et une coordination de toutes les prestations

«La formation est obligatoire jusqu’à l’âge de la majorité», dit la Constitution genevoise. Les domaines de la formation, du social et de l’emploi unissent leurs forces pour atteindre cet objectif et amener chaque jeune à une certification du secondaire II.

Par Ingrid Rollier, rédactrice de PANORAMA

«Aujourd’hui, pour avoir ses chances sur le marché du travail, il est nécessaire d’avoir achevé une formation du secondaire II», rappelle Grégoire Evéquoz, directeur général de l’Office pour l’orientation, la formation professionnelle et continue (OFPC) de Genève. Le marché du travail nécessite une main-d’œuvre de plus en plus qualifiée et voit progressivement disparaître les emplois non qualifiés. L’absence de diplôme entraîne de plus grandes difficultés d’accès à l’emploi, accompagnées de risque de précarisation sociale. Cela est particulièrement vrai à Genève, où l’économie tertiaire est largement dominante. Pour amener chaque jeune à un diplôme du secondaire II, il est d’abord impératif d’identifier les personnes qui ont abandonné leur formation, puis de leur proposer des mesures adéquates.

Bien connaître le public concerné

A Genève, des études sur la problématique de la rupture sont menées depuis une dizaine d’années et un observatoire du décrochage scolaire a été mis en place en 2012 par le Service de la recherche en éducation, en collaboration avec l’OFPC et le service de l’enseignement secondaire II. Aujourd’hui, les éléments statistiques systématiquement récoltés et analysés chaque année livrent des informations détaillées sur les personnes quittant le système. Durant l’année scolaire 2013/2014, 976 jeunes ont décroché, un chiffre en baisse par rapport à l’année précédente. Les motifs de rupture sont multiples: difficultés scolaires, manque d’intérêt ou de motivation, problèmes personnels, facteurs sociaux. Quelque 75% des jeunes concernés souhaitent néanmoins terminer leur formation et près de 50% effectuent ce retour dans les six mois, parfois en changeant de domaine ou de filière. Pour les autres, qui connaissent en majorité des difficultés personnelles, le processus est plus long. Les mesures mises en place visent prioritairement les personnes pour qui la reprise d’une formation pose problème. Afin d’offrir un accès centralisé à toutes les prestations, le service Cap Formations a été créé en 2013. Il permet de recevoir tous les jeunes de 15 à 25 ans en rupture de formation dans un lieu unique, situé à l’OFPC.

Collaboration entre trois services

Ce dispositif réunit une vingtaine de conseillers et conseillères de trois instances: l’OFPC, l’Office cantonal de l’emploi et, dès cet automne, l’Hospice général. Un jeune qui voudrait s’inscrire au chômage est d’abord dirigé vers Cap Formations. Tous les jeunes s’adressant à l’une ou l’autre instance sont ainsi recensés et dirigés vers ce dispositif, qui trouve son origine dans le case management mis en place dès 2006 avec le soutien de la Confédération. Il s’est développé et fonctionne comme structure cantonale autonome. Un suivi unique alliant social, formation et emploi est ainsi assuré. L’objectif est de privilégier l’accès à une qualification professionnelle, et non une insertion professionnelle sans certification. Chaque jeune est accompagné par un référent issu d’un des trois domaines. Différentes prestations sont proposées en fonction des besoins individuels et coordonnées par le référent qui entretient un lien durable avec le bénéficiaire. La démarche est axée sur la mise en valeur des compétences, grâce notamment à un instrument d’évaluation développé par l’OFPC qui permet de tester le comportement en situation de travail et les compétences clés (autonomie, persévérance, travail en équipe, etc.) et qui aboutit à une attestation. Toutes les mesures – il en existe près de 50 – sont répertoriées et décrites dans un catalogue. Depuis l’an dernier, un volet préventif s’ajoute aux mesures réparatrices: l’établissement Lullin offre aux personnes en risque de rupture dans le secondaire II un accompagnement personnalisé avec un soutien éducatif, social, psychologique ou médical, favorisant le maintien en formation. Durant l’année scolaire 2013/2014, Cap Formations a accueilli 1430 jeunes: 46,5% d’entre eux sont entrés en formation à la rentrée 2014; près de la moitié suivaient des mesures pour envisager une entrée en formation; seuls 4,1% ont coupé tout contact. Les mesures de soutien et d’accompagnement sont nombreuses. En revanche, les places préparant à l’entrée en formation manquent. Le directeur de l’OFPC souhaite développer ce domaine dans lequel les besoins sont très élevés: «Il faudrait transformer les ateliers existants et adapter leurs programmes pour qu’ils préparent à une qualification reconnue, car l’offre transitoire n’est pas une réelle solution si elle n’est pas articulée d’emblée avec une formation professionnelle.» Trop peu d’entreprises ou d’institutions offrent des places de formation avec un encadrement social. Pour Grégoire Evéquoz, la formation duale représente l’outil le plus efficace: par rapport aux autres mesures, celle-ci ne s’adresse pas seulement aux personnes en difficulté mais aussi à tous les jeunes et peut mener à l’excellence.

Liens et références bibliographiques

www.citedesmetiers.ch/geneve/Cite-des-metiers-du-Grand-Geneve/Rupture-de-formation
Petrucci, F., Rastoldo, F. (2015): Interruptions prématurées de la formation à Genève – Résultats de l’enquête auprès des jeunes décrocheurs. Genève, SRED.
Petrucci, F., Rastoldo, F. (2014): Jeunes abandonnant prématurément leur formation au secondaire II à Genève. In: Note d’information du SRED (N° 62). Genève, SRED.

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Prochaine édition

Le prochain numéro paraîtra le 25 octobre. Focus: Égalité des sexes