Edition 05 | 2015

Focus "Rupture de formation"

Décrochage scolaire

Développer les actions préventives

Pour être efficaces, les mesures contre le décrochage scolaire doivent remplir deux conditions: assurer la continuité de l’encadrement et instaurer une collaboration entre tous les intervenants.

Par Ingrid Rollier, rédactrice de PANORAMA

«La plupart des actions interviennent lorsque le décrochage a déjà eu lieu», constate Chantal Tièche Christinat, chercheuse responsable du Laboratoire Accrochage Scolaire et Alliances Educatives (LASALÉ). «Or, pour prévenir les difficultés d’insertion sociale et professionnelle, il est d’abord nécessaire de lutter contre l’échec scolaire et de repérer le plus tôt possible les élèves à risques.» Ceux-ci ne forment pas un groupe homogène facilement identifiable. Pour illustrer leur diversité, le LASALÉ présente une typologie de ces personnes (cf. encadré). Le laboratoire étudie le phénomène des ruptures scolaires et les structures pour les jeunes qui décrochent. Il évalue les pratiques et cherche à dégager les meilleures mesures d’«accrochage». Selon Chantal Tièche Christinat, deux conditions sont essentielles pour le succès d’une mesure. Premièrement, il faut instaurer des pratiques qui favorisent la continuité, c’est-à-dire offrir au jeune un nouveau milieu d’apprentissage d’une durée déterminée tout en conservant un lien avec sa vie scolaire, sociale et familiale habituelle. La régularité des échanges avec le milieu ordinaire est essentielle à la réussite de ce passage. Les dispositifs MATAS (Modules d’Activités Temporaires Alternatifs à la Scolarité) créés dans le canton de Vaud répondent aux critères des bonnes pratiques. Dans ces structures, la continuité est maintenue, voire renforcée à plusieurs niveaux: la relation entre intervenants et enseignants de l’école d’origine est favorisée afin d’assurer une continuité éducative; la direction de l’école d’origine et celle du dispositif garantissent le suivi institutionnel; une personne de référence, en contact avec les parents, sert de relais entre l’école et la famille; les élèves restent en lien avec leurs camarades, par exemple en les invitant dans leur nouvel environnement. La deuxième condition de réussite réside dans les alliances éducatives, autrement dit une collaboration étroite de toutes les personnes impliquées. Dans les MATAS, les élèves sont pris en charge par un duo formé d’un enseignant et d’un éducateur, et chaque situation est en général supervisée par une double direction socio-éducative et pédagogique. L’établissement d’origine est aussi impliqué dans l’évolution de l’élève. Les objectifs sont définis en commun et des spécialistes de différents domaines (pédagogie, psychologie, santé, orientation, etc.) interviennent selon les besoins.

Liens et références bibliographiques

LASALÉ
Gilles, J.-L., Potvin, P., Tièche Christinat, Ch. (2012): Les alliances éducatives pour lutter contre le décrochage scolaire. Berne, Peter Lang.
Tièche Christinat, Ch., Gilles, J.-L. (2013): Alliances éducatives et accrochage scolaire. In: Revue Education & Formation (N° e-300). Université de Mons.
Baeriswyl, D., Savoy, B., Tièche Christinat, Ch. (2013): Viser l’accrochage: pratiques pédagogiques et alliances dans des structures destinées à des élèves ou des jeunes en difficultés. In: Revue Education & Formation (N° e-300). Université de Mons.

Encadré

Typologie d’élèves en risque de rupture

Le type «peu intéressé» (40% des décrocheurs potentiels): c’est le groupe d’élèves qui risque le moins de décrocher. Ces élèves sont particulièrement performants mais se montrent peu motivés et s’ennuient à l’école. Ils accordent peu d’importance à une bonne conduite ainsi qu’à l’organisation d’ensemble des consignes et des activités en classe. Ces élèves sont perçus positivement par le corps enseignant mais ne reçoivent guère de soutien affectif des parents.

Le type «troubles de comportement et difficultés d’apprentissage» (30%): ces élèves affichent la plus faible performance scolaire et présentent les problèmes de comportement les plus importants parmi les quatre types. Une bonne conduite ainsi que l’organisation d’ensemble des consignes et des activités en classe n’ont que peu d’importance pour eux. Ces élèves sont perçus négativement par le corps enseignant et ont un niveau de dépression élevé (tristesse, perte d’énergie et d’estime de soi, etc.).

Le type «délinquance cachée» (20%): même s’ils sont bons à l’école, ces élèves accordent peu d’importance à l’ordre et à l’organisation en classe. Perçus positivement par le corps enseignant, ils sont soumis à un faible contrôle parental. Ce type de décrocheurs peut présenter les comportements suivants: agressions mineures cachées (mensonges, vols, etc.), dommages à la propriété (pyromanie, vandalisme, etc.), actes délinquants (vol à l’étalage, utilisation illégale de cartes de crédit, vol de voiture, trafic de drogue, infractions diverses, etc.).

Le type «dépressif» (10%): démontrant une performance scolaire dans la moyenne, ces élèves perçoivent peu d’ordre et d’organisation en classe (bonne conduite et organisation des consignes et activités). C’est le type de décrocheurs le mieux perçu par les enseignants. Aucun problème extériorisé de comportement n’est à signaler. Ces élèves souffrent d’un niveau de dépression au-dessus du seuil clinique, avec des idées suicidaires chez certains. Ce sont aussi ceux qui rencontrent le plus de problèmes familiaux.

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Prochaine édition

Le prochain numéro paraîtra le 25 octobre. Focus: Égalité des sexes