Edition 04 | 2015

FORMATION

Canton de Zurich

La formation professionnelle a besoin de talents

La formation professionnelle n’encourage les talents que ponctuellement. Le canton de Zurich souhaite changer la donne avec son projet «Encouragement des talents dans la formation professionnelle», présenté publiquement pour la première fois lors d’une journée de la Société suisse pour la recherche appliquée en matière de formation professionnelle (SRFP).

Par Monika Andermatt Thoma, cheffe de projet à l’Office du secondaire et de la formation professionnelle du canton de Zurich

Les SwissSkills (ici en 2014 à Berne) constituent un bon exemple de promotion des talents dans la formation professionnelle. (Photo: Philipp Zinniker)

Les SwissSkills (ici en 2014 à Berne) constituent un bon exemple de promotion des talents dans la formation professionnelle. (Photo: Philipp Zinniker)

Plusieurs branches, dont la branche MEM (machines, équipements électriques et métaux), souvent évoquée dans les médias, peinent à pourvoir leurs places d’apprentissage, ce qui donne l’impression que la formation professionnelle ne fait pas suffisamment d’efforts pour attirer les apprentis doués et perd en attrait par rapport au gymnase. Le canton de Zurich souhaite améliorer la situation. Lors de la Conférence zurichoise de la formation professionnelle de 2012, la conseillère d’Etat Regine Aeppli et son collègue Ernst Stocker ont adopté un train de mesures conjointement avec des représentants de la politique, de l’administration et de l’économie. De là est né le projet «Encouragement des talents dans la formation professionnelle», soutenu par le Secrétariat d’Etat à la formation, à la recherche et à l’innovation en vertu de l’art. 54 de la loi sur la formation professionnelle.

Les plus forts sont oubliés

La première étape du projet a consisté à recenser les offres d’encouragement des talents et à définir les investissements nécessaires. A cet effet, les écoles professionnelles et une série d’entreprises formatrices actives au plan national ou international ont été interviewées et une enquête écrite a été menée auprès des branches. Deux résultats retiennent l’attention. Premièrement, les offres sont très hétérogènes. Les particularités des diverses professions, la taille des écoles ou des entreprises créent des conditions de départ très variables. Les traditions sont aussi très différentes. Dans les professions commerciales, les langues étrangères jouent un rôle central et l’enseignement bilingue prend toute son importance. De leur côté, les métiers manuels misent souvent sur des compétitions professionnelles et sont soutenus par les branches et les entreprises. Deuxièmement, toutes les écoles professionnelles proposent des cours facultatifs à leurs apprentis, mais peu visent les jeunes talentueux. Dans les entreprises aussi, les cours destinés aux apprentis dont les performances sont supérieures à la moyenne restent l’exception. La situation est semblable en matière de recensement des apprentis: ce sont les apprentis dont les résultats sont faibles que l’on identifie et non ceux qui excellent. Une école réalise ainsi un test «Stellwerk» afin de savoir pour quels apprentis des cours d’appui seraient utiles. Mais les résultats au-dessus de la moyenne restent sans suite. L’encouragement des talents reste donc l’exception dans les écoles comme dans les entreprises. La découverte des jeunes talentueux dépend des enseignants et des responsables de la formation professionnelle, qui tentent une gestion individualisée des apprentis à fort potentiel dans le cadre de l’enseignement régulier; dans l’entreprise, les apprentis doués reçoivent des tâches plus exigeantes. La qualité de telles mesures, lorsqu’elles ont lieu en dehors de tout cadre conceptuel, dépend alors des aptitudes de l’enseignant ou du formateur ainsi que de l’apprenti lui-même.

Zurich se donne une conception cadre

Le projet «Encouragement des talents dans la formation professionnelle» vise à élaborer des mesures et des offres susceptibles de promouvoir les talents, dans le plus grand nombre possible de professions et aussi dans la formation initiale de deux ans! Mais comment atteindre cet objectif avec une telle hétérogénéité, avec des besoins et des situations de départ si différents? Ce défi ne peut être abordé qu’avec une approche ouverte qui permette aux entreprises et aux écoles de choisir le mode de gestion des talents qui leur convient le mieux. Tandis que pour une firme internationale, des séjours à l’étranger se révéleront peut-être utiles, pour une grande entreprise, cela pourrait passer par un programme d’encouragement des talents en vue de garantir la relève et, pour une PME, prendre la forme de formations continues bien ciblées. De même, les mesures de sensibilisation dans les branches confrontées au manque de relève pour les cadres moyens ne seront pas les mêmes que dans les secteurs où règne une pénurie de personnel qualifié. La même remarque vaut pour les écoles professionnelles. Dans ce contexte, le canton peut apporter son soutien. Des travaux se déroulent actuellement à quatre niveaux:
1. Le canton montre quelle forme l’encouragement des talents peut prendre. La notion de talent est souvent associée à des capacités intellectuelles ou artistiques, mais cela ne reflète qu’un aspect des choses. Il existe aussi une «intelligence pratique» (voir ci-contre). Les façons de promouvoir cette intelligence seront présentées dans un recueil de bonnes pratiques.
2. Le canton énonce, dans un schéma directeur d’ores et déjà publié par la Direction de l’éducation, le principe que les écoles doivent recenser et promouvoir les apprentis talentueux. Il précise les contours des aspects à prendre en compte par de tels projets. Les écoles élaborent des concepts d’encouragement dans ce sens. Cela requiert une coordination entre les écoles, les entreprises, les associations professionnelles et d’autres écoles.
3. Le canton doit supprimer les obstacles. Des séjours prolongés à l’étranger intéressent en général les entreprises. Mais la coordination avec les écoles professionnelles et l’Office du secondaire et de la formation professionnelle les empêche d’organiser de tels séjours. Ce projet doit permettre d’alléger la coordination avec ces deux partenaires, par exemple à l’aide d’une convention type.
4. Le canton organise une campagne de sensibilisation afin de dynamiser encore plus l’intérêt déjà existant pour le thème de l’encouragement des talents. Cette campagne doit répondre aux besoins des associations et des branches – avec la possibilité aussi de solliciter des contributions forfaitaires auprès du fonds cantonal pour la formation professionnelle. Car le message est clair: l’encouragement des talents est dans l’intérêt de tous.

Liens et références bibliographiques

www.mba.zh.ch

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