Edition 03 | 2015

Focus "Conseil, orientation, coaching"

Portraits

Les visages du coaching

Si le coaching connaît de nombreuses formes, il vise toujours à identifier les ressources des personnes et à les valoriser. Quatre binômes constitués de coaches et de clients évoquent leur façon de collaborer.

(Photo: Daniel Fleischmann)

(Photo: Daniel Fleischmann)

Insertion professionnelle

Encourager sans relâche

Monsieur F. entame lundi son nouveau travail de junior agent dans un centre d’appels de services informatiques. Cette embauche est l’un des nombreux succès remportés ces derniers mois par cet homme de 26 ans. Mais Monsieur F. relativise: «Je suis loin d’être arrivé au but», rappelant les revers, les doutes et la maladie qui ont marqué sa vie. Il y a tout juste deux ans, Monsieur F. a été victime d’un épisode psychotique et a fait une tentative de suicide. Après un séjour en clinique psychiatrique, il a rejoint, par l’entremise de l’AI, un programme d’insertion professionnelle de la fondation bernoise GEWA. Il y a suivi pendant six mois des formations portant sur la gestion de situations difficiles et la reconstruction de soi avant de préparer sa réinsertion avec son coach Andreas Herrmann. Ce dernier a mis l’accent sur l’élaboration d’un plan d’insertion avec un accord d’objectifs. L’accompagnement sur le plan émotionnel a été tout aussi déterminant. «Monsieur F. abordait très souvent les choses de façon négative. Je l’ai toujours encouragé et lui ai rappelé ses atouts», raconte Andreas Herrmann. Pour ce faire, il s’est appuyé sur sa formation de conseiller en psychologie individuelle. Il a également soutenu Monsieur F. quand ce dernier recherchait une place de stage ou un emploi fixe. Le réseau de la GEWA, tout comme le premier contact établi par le coach auprès d’employeurs potentiels, s’est révélé fort utile. «Quand une personne participe à un programme financé par l’AI, elle est rarement invitée à un entretien d’embauche, précise Andreas Herrmann. Lorsque j’appelle, je peux expliquer les particularités de la situation et aussi offrir mon soutien.» Le coach rend souvent visite à ses clients sur leur lieu de stage ou à leur nouvelle place de travail. Il évalue si l’environnement, les exigences et le travail lui-même sont trop pesants et informe au besoin les équipes ou certains collaborateurs. Il est encore trop tôt pour dire si c’est le cas pour Monsieur F. Le jeune homme souhaiterait y arriver seul mais il est encore fragile. Il y a quelques mois, à sa grande surprise, l’AI l’a informé que sa formation de technicien PC ne serait pas financée comme prévu. «Cela m’a bouleversé, se souvient-il. Mais grâce à mon coach, l’AI a finalement changé d’avis.» (dfl)


Case management Formation professionnelle

Aider à se structurer

Manuel et sa coach Claudine Fumeaux se côtoient depuis près de quatre ans. En 2011, Manuel a 19 ans et vient d’abandonner un apprentissage de dessinateur en bâtiment qui ne lui convient pas. Le centre d’information et d’orientation de sa ville l’aiguille alors vers la Fondation IPT (Intégration pour tous), chargée par le canton du Valais du case management «formation professionnelle». Manuel est d’emblée perplexe et se demande s’il est nécessaire de rajouter une personne au réseau déjà très dense qui l’entoure. Il est cependant motivé à reprendre une formation professionnelle et estime qu’il doit accepter la proposition qui lui est faite. Manuel s’intéresse à plusieurs domaines. Il s’éparpille un peu bien qu’il évoque régulièrement son goût pour la mode. Claudine Fumeaux l’aide à se structurer et l’inscrit à des cours d’affirmation de soi et de raisonnement logique qui lui redonnent confiance. Après un stage d’observation dans la grande distribution qui ne le satisfait pas, Manuel parle à sa coach du magasin d’habits Metro Boutique. Claudine Fumeaux contacte la responsable de la boutique la plus proche: un stage d’observation est organisé, lequel aboutit ensuite à la signature d’un contrat d’apprentissage de gestionnaire du commerce de détail. Dès la 1re année d’apprentissage, les résultats scolaires de Manuel sont excellents, tout comme ses relations avec sa patronne. L’an dernier, ses enseignants de l’école professionnelle lui ont même décerné le Prix d’application. Pour Manuel, le coaching de Claudine Fumeaux est un pilier. La conseillère le voit plutôt comme un filet de sécurité et le moyen de gagner une complète autonomie. La fréquence du suivi est actuellement réduite car tout va pour le mieux. Pour Claudine Fumeaux, le coaching doit aussi servir à réaliser et à dire que tout va bien. Manuel termine actuellement sa 3e année d’apprentissage. En été, son CFC en poche, son défi sera de trouver un emploi. Soutenu dans ce processus, il bénéficie d’un appui à la recherche d’emploi. Le rêve de Manuel? Etre engagé dans son magasin préféré, chez le géant du prêt-à-porter H&M! (cbi)


Programme de qualification

Retrouver confiance en soi

Lorsque Ralf Ramge a perdu son emploi, il s’est d’abord senti soulagé: il avait derrière lui cinq années de travail très stressantes. Mais il était aussi inquiet: allait-il pouvoir renouer avec sa profession après une pause d’une année? «Lorsque j’ai fait sa connaissance, j’ai découvert un homme d’une sensibilité à fleur de peau», se souvient Karin Frei, qui a commencé à coacher le quadragénaire trois mois après son inscription à l’ORP. «Il n’aurait alors guère été en mesure de réussir un entretien d’embauche.» Ralf Ramge participe à la mesure nationale du marché du travail FAU (Fokus Arbeit Umfeld), fondée sur trois piliers: le coaching, le travail quotidien sur un projet personnel ou sur celui d’un partenaire et la formation continue. Il rencontre sa coach Karin Frei une fois par semaine, afin de renforcer sa confiance en soi et de développer ses perspectives professionnelles. Karin Frei évoque en guise d’exemple: «J’ai une formation de conseillère psychologique IBP (Integrative Body Psychotherapy) et j’ai abordé avec lui la question des messages non verbaux.» La collaboration a débouché sur une mesure concrète: un accord d’objectifs portant sur les compétences professionnelles, méthodologiques et sociales. Un des objectifs de Ralf Ramge, qui avait auparavant de la peine à dire non, s’intitule «Gérer les situations difficiles de manière constructive». Pour son projet professionnel, Ralf Ramge s’est préparé à une certification en informatique, afin de maintenir son employabilité. Il avait déjà trop attendu avant de s’y atteler. Cette formation et l’élaboration de son dossier de candidature ont nécessité plusieurs journées de travail dans les locaux de FAU. Mais c’est de cette manière qu’il a retrouvé la certitude de pouvoir travailler huit heures par jour entouré de plusieurs personnes dans le même espace. Le troisième pilier de la mesure a consisté à suivre des cours de un à cinq jours sur des thèmes comme la gestion de conflits, la gestion de projet ou le travail en réseau. «Ces cours m’ont beaucoup motivé, se souvient Ralf Ramge. J’ai commencé à comprendre la façon de penser d’un recruteur. Et j’ai développé un réseau via Xing et LinkedIn, qui compte maintenant quelque 60 spécialistes en informatique dans la région de Berne.» Le coaching de Ralf Ramge se termine dans quelques semaines. Ce délai exerce une pression positive sur Karin Frei: «Je dois m’employer à ce que les clients retrouvent de la sérénité et de la confiance, mais je dois aussi les amener à passer rapidement d’une étape à l’autre.» Le succès rencontré parle en faveur du projet: parmi les personnes ayant collaboré avec FAU, trois sur quatre ont retrouvé un emploi. (dfl)


Recherche d’une place d’apprentissage

Etayer le mouvement de croissance

Mahya et Céline Maendly travaillent ensemble dans le cadre du job coaching qu’offre la fondation genevoise Qualife. Créée en 2014, cette fondation s’est donné pour mission de permettre à des jeunes sans qualification de construire un avenir professionnel et, parallèlement, de soutenir les entreprises qui les accueillent. Depuis quatre mois, le binôme œuvre en vue d’atteindre l’objectif de Mahya, dans le délai qu’elle s’est elle-même fixé: entreprendre une formation professionnelle en septembre 2015. En utilisant la méthode de la «roue de la vie», Mahya et Céline Maendly traitent de toutes les dimensions importantes; les questions personnelles, familiales, scolaires et financières sont notamment abordées, tout comme les moyens de valoriser les échecs passés et d’aller de l’avant dans sa vie et sa formation. De grandes étapes ont été franchies, surtout dans l’esprit de Mahya. Celle pour qui le plan A a toujours été la bijouterie recherche aujourd’hui une place d’apprentissage dans l’horlogerie et s’intéresse de près au CFC de termineuse en habillage horloger. Elle prépare en ce moment une lettre de motivation destinée à une grande entreprise horlogère. Si Mahya obtient la place convoitée, elle sait qu’elle aura encore besoin du coaching de Céline Maendly. Cette dernière lui confirme qu’elle sera présente, tout en précisant que le suivi s’adaptera à ses besoins et à l’évolution de son projet. Pour Mahya, le coaching de Céline Maendly est «tout doux, tout simple» et lui a appris à voir la vie autrement. Si doux qu’elle ne s’est même pas rendu compte qu’elle avait changé. Sa conseillère, quant à elle, définit son rôle comme celui d’un tuteur au sens végétal du terme: un tuteur qui étaie le mouvement de croissance de la plante. (cbi)

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Prochaine édition

Le prochain numéro paraîtra le 13 décembre. Focus: Hausse des exigences