Edition 03 | 2015

Focus "Conseil, orientation, coaching"

Des interactions utiles

Le conseil, l’orientation et le coaching sont sur toutes les lèvres, mais tout le monde ne les comprend pas de la même manière. Cet article dresse un état des lieux des différentes approches et de ce que nous réserve l’avenir.

Par Anna Zbinden Lüthi, rédactrice de PANORAMA

(Photo: CSFO/Thierry Porchet)

(Photo: CSFO/Thierry Porchet)

Conseils juridiques, conseils de voyage, conseils sur les champignons, conseils aux entreprises, conseils diététiques, orientation de carrière, etc.: se faire conseiller par autrui constitue une forme d’interaction courante depuis la nuit des temps. Nous demandons conseil lorsque nous sommes dans l’incertitude vis-à-vis d’un thème précis. Les personnes cherchant conseil ont souvent comme objectif de trouver rapidement une solution concrète et une certitude, de débloquer des étapes dans un processus ou de discuter d’une étape déjà envisagée. Les activités de conseil sont considérées comme communication professionnelle depuis les années 1980. Le terme «conseil» reprend une notion du langage quotidien dans les dénominations professionnelles, dans le langage scientifique et dans les discours théoriques. Il présente des avantages et des inconvénients: le conseil est associé à un savoir d’expert, n’est pas stigmatisant, se veut élémentaire et volontaire, et permet des décisions autonomes. Toutefois, la banalité de ce terme estompe aussi ses contours, qui demandent une délimitation, une clarification et une définition.

Qu’est-ce que le conseil?

Dans son ouvrage «Beratung: Eine Einführung in sozialpädagogische und psychosoziale Beratungsansätze», l’auteur Ursel Sickendiek définit le conseil comme suit: «Le conseil professionnel est une forme d’interaction utile entre deux participants au minimum, au cours de laquelle le conseiller aide son client à clarifier une question ou un problème et à acquérir la maîtrise et la marge de manœuvre nécessaires à cette fin.» Selon la démarche, une personne cherchant conseil est appelée «client», «personne à la recherche de conseils», «consultant», «patient», «personne coachée» ou encore «utilisateur». Dans le présent article, nous utiliserons le terme plus ou moins neutre de client. Les clients peuvent être des individus, des familles, des groupes et des organisations, dont les questions se rapportent à des thèmes informatifs ou du quotidien ou à des crises psychosociales. Le soutien des conseillers porte sur la maîtrise d’exigences sur les plans cognitif, émotionnel et pratique. Il englobe des exercices préventifs, curatifs et de réadaptation. Le conseil se fonde sur des analyses des faits et des conditions, sur leur interprétation, et débouche sur des propositions de décision et d’action. Les conseils comprennent aussi toujours une part d’information. Aujourd’hui, en raison de sa disponibilité quasiment illimitée, la gestion de l’information – c’est- à-dire le classement, la structuration, la pondération et l’évaluation des informations – est plus importante que sa transmission classique. Nombre de conseillers et conseillères intègrent divers méthodes et moyens en fonction de la problématique, du groupe cible et de l’évolution de la discussion. Les conseillers sont formés au degré tertiaire, dans le cadre d’une formation de base ou d’une formation continue. Il est par ailleurs possible d’accéder au domaine psychosocial par reconversion à partir de diplômes issus d’autres branches. Les conseillers acquièrent en général des techniques supplémentaires au fil de leur pratique. Rien d’étonnant donc à ce que la délimitation des termes et des formations soit hautement complexe.

Différences et points communs

Lors d’activités de conseil plutôt élémentaires et de courte durée, les informations et les connaissances en matière de procédure transmises par les conseillers fournissent une base aux clients pour leurs décisions et leurs possibilités d’action, en leur permettant de clarifier leur question, de modifier leur situation ou de résoudre un problème. A l’inverse, le coaching, le conseil aux organisations, la supervision et le mentorat pourraient plutôt être associés à un conseil en processus. Les conseillers aident à maîtriser une thématique spécifique avec les ressources et les connaissances des clients sur la base de différentes approches (systémique, intégrative, etc.). Le conseil psychosocial s’adresse aux personnes qui vivent une situation pesante ou qui traversent une crise. Ces clients cherchent souvent à clarifier des questions et des problèmes de leur vie quotidienne. Selon Eric Lippmann, professeur à la Haute école zurichoise des sciences appliquées, le coaching consiste en une «forme professionnelle de conseil individuel dans un contexte professionnel centré sur l’interaction ‹personne – rôle(s) – organisation›». La Swiss Society for Coaching Psychology (SSCP) élargit cette définition au life coaching, qui se concentre sur les aspects personnels (personnalité, valeurs, conciliation entre vie professionnelle et vie privée, santé, etc.). Des évolutions interdisciplinaires ont lieu au niveau européen grâce à un cadre de compétences et à un glossaire pour la supervision et le coaching. L’évolution qu’a connue le coaching grâce au life coaching se retrouve aussi dans l’orientation professionnelle grâce à l’orientation tout au long de la vie (lifelong guidance) ainsi que dans l’orientation de carrière (career management skills). Il y a donc des recoupements entre ces domaines de conseil. Grâce à leur connaissance des autres offres existantes, les conseillers sont capables de reconnaître, le cas échéant, leurs propres limites et de recommander un autre conseiller au client. Cela n’est toutefois pas toujours nécessaire, étant donné que toutes ces formes d’aide présentent des points communs. Le point commun à tous les types de conseils réside dans les processus de changement et d’apprentissage. L’objectif consiste le plus souvent en un développement personnel. Les conseillers sont capables d’aborder la sphère de vie et les besoins des clients. La délimitation entre les offres de conseil peut également se faire au niveau du mandat et des conditions cadres: le mandat de l’orientation professionnelle, universitaire et de carrière est par exemple défini sur le plan légal par la Confédération et englobe le conseil et l’orientation des jeunes et des adultes. Les personnes handicapées disposent de formes d’accompagnement ciblées dans le cadre de l’orientation professionnelle dispensée par l’office AI et le job coaching. Les professions du conseil ont également obtenu une reconnaissance au niveau fédéral avec la création du brevet fédéral de mentor d’entreprise ainsi que des diplômes fédéraux de conseiller dans le domaine psychosocial, de superviseur-coach et de conseiller en organisation. Les superviseurs travaillent en règle générale comme indépendants. Ils disposent souvent de gros moyens pour attirer des clients (principalement des organisations ou des adultes). A l’inverse, les mentors d’entreprise sont employés dans des entreprises ou mandatés par ces dernières afin d’accompagner des jeunes et des adultes dans leur intégration dans le monde du travail.

Perspectives

Quels défis attendent les offres de conseil décrites ci-dessus? Quelques hypothèses:
– Le conseil à distance va aboutir à de nouvelles formes de conseil grâce à l’évolution des possibilités techniques.
– Les conseillers devront procéder à des analyses et à des recherches d’efficacité.
– Pour les jeunes adultes, il ira de soi de discuter avec un conseiller en cas de questions complexes.
– La longue carrière professionnelle obligera les conseillers à se spécialiser.
Le recours à un conseiller pour des questions relatives à la formation et à la profession aura également tendance à augmenter plutôt qu’à baisser. Si on se tournait autrefois vers le pasteur, le médecin ou l’enseignante, on s’adresse aujourd’hui volontiers à une coach, à un mentor, à une conseillère de carrière ou à un superviseur. Jean-Paul Munsch, philosophe et coach, le résume ainsi: «Se tourner vers des conseillers et exercer comme conseiller sont de plus en plus considérés comme preuves de compétence dans la société. […] Il y a aussi un besoin personnel qui découle d’un besoin d’autonomie accrue, de développement et de recherche d’un autre rôle.»

Liens et références bibliographiques

www.anse.eu/activities-projects.html
Grossmass, R. (2014): Arbeit im "Zwischen" – zur gesellschaftlichen Funktion von Beratung. In: Melter, I., Kanelutti-Chilas, E., Stifter, W. (Hrsg.), Zukunftsfeld Bildungs- und Berufsberatung III (S.15-29). Bielefeld, Bertelsmann.
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Sickendiek, U. Engel, F., Nestmann, F. (2008): Beratung: Eine Einführung in sozialpädagogische und psychosoziale Beratungsansätze. Weinheim, Beltz Juventa.
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Wimmer, A., Wimmer, J., Buchacher, W., Kamp, G. (2012): Das Beratungsgespräch: Skills und Tools für die Fachberatung. Wien, Linde.

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