Edition 02 | 2015

Focus "Migration et intégration"

Etude sur le marché du travail

La deuxième génération s’intègre plus facilement

Les descendants d’immigrés trouvent plus facilement un emploi que leurs parents. Des différences existent cependant selon leur origine et le niveau d’éducation du père.

Par Andrés Guarin et Emmanuel Rousseaux, doctorants aux Universités de Lausanne et de Genève

Les recherches menées jusqu’ici ont établi que, en comparaison avec la population autochtone en Suisse, les immigrés connaissent une insertion professionnelle difficile, précaire et, pour une partie d’entre eux, cantonnée à certains secteurs d’activité. Nous avons observé que le risque de non-insertion professionnelle ou d’insertion professionnelle précaire diminue pour la plupart des descendants d’immigrés. Dans le cadre du Pôle de recherche national NCCR-LIVES, nous avons comparé la situation des migrants, celle de leurs enfants et celle des Suisses, en prenant comme critères le statut sur le marché de l’emploi (personne au chômage ou active) et la position socioprofessionnelle occupée (basse, moyenne, haute). La situation de l’emploi des migrants de la deuxième génération s’est améliorée par rapport à celle de leurs parents. Néanmoins, le risque d’être au chômage ou d’occuper une position subalterne varie considérablement selon l’origine des parents. Les immigrés d’origine européenne (sans inclure l’Espagne, l’Italie et le Portugal) et leurs enfants ont les mêmes chances de trouver un emploi que les Suisses. Les migrants d’origine espagnole, italienne et portugaise auraient plus de difficultés à trouver du travail. Cependant, ces difficultés tendraient à s’effacer pour la deuxième génération. Chez les immigrés originaires des Balkans et de Turquie, tant pour la première que pour la deuxième génération, le risque de se retrouver au chômage est plus élevé que pour les Suisses. Les migrants de première génération originaires des Balkans, de Turquie ou du Portugal souffrent de fortes inégalités relatives aux positions socioprofessionnelles occupées. Ils ont trois fois plus de probabilités d’occuper un emploi peu qualifié que les ressortissants nés suisses. Quant aux immigrés de deuxième génération, toutes origines confondues, les résultats montrent un écart significatif dans l’accès à un emploi hautement qualifié par rapport aux jeunes nés suisses. Cependant, cet écart diminue lorsqu’on contrôle les variables suivantes: âge, sexe, niveau de formation des jeunes et niveau de formation des parents – cela à l’exception des enfants d’immigrés originaires des Balkans, pour qui il existe un risque plus élevé d’avoir un travail faiblement qualifié. L’analyse a aussi mis en évidence que le niveau d’éducation du père a une influence considérable sur les risques pour ses enfants de vivre des situations précaires sur le marché de l’emploi. Et cet impact est particulièrement fort lorsque les enfants ont eux-mêmes un faible niveau de formation.

Liens et références bibliographiques

Guarin, A. (à paraître): Labor market insertion risk factors for second-generation immigrants in Switzerland.
Griga, D. (2014): Participation à la formation supérieure des jeunes issus de l’immigration en Suisse. In: Revue suisse de sociologie (N° 3 [40], p. 379-400). Zurich, Editions Seismo.

Encadré

Passage à une formation supérieure

Par Ingrid Rollier, rédactrice de PANORAMA

Malgré des discriminations au sein du système scolaire, les jeunes immigrés de la deuxième génération ne semblent en revanche pas être désavantagés lors du passage à des études supérieures. Selon les modèles contrôlant l’origine socio-économique et les résultats scolaires, les hommes originaires d’ex-Yougoslavie, du Kosovo, de Turquie ou du Portugal ont même une plus grande probabilité d’entamer une formation supérieure.

Commentaires
 
 
 
imgCaptcha
 

Prochaine édition

Le prochain numéro paraîtra le 13 décembre. Focus: Hausse des exigences