Edition 02 | 2012

MARCHÉ DU TRAVAIL

Repères dans le processus de placement

Identifier ses compétences et doper sa carrière professionnelle

Les cours de bilan personnel et de recherche d’emploi sont les mesures de formation les plus importantes dans le cadre de l’assurance-chômage. Ils permettent aux candidats de prendre conscience de ressources non certifiées, afin de les valoriser sur le marché de l’emploi.

Par Amina Joubli, collaboratrice scientifique au Secrétariat d’Etat à l’économie (Seco).

Les bilans personnels sont devenus un instrument d’intégration important essentiel de l’assurance-chômage (AC). Ils constituent aujourd’hui l’essentiel des mesures de formation de l’AC, en termes de nombre de participants et de coûts. Ce constat est confirmé par une enquête menée en 2011 par le Secrétariat d’Etat à l’économie. Les services cantonaux dont relève le marché de l’emploi utilisent en général les bilans personnels pour clarifier les perspectives des demandeurs d’emploi. Les cours de bilans personnels et de recherche d’emploi sont les premières mesures prises. Ces personnes sont rapidement soutenues afin de raccourcir la phase de chômage (participation aux mesures du marché du travail, motivation des personnes en recherche d’emploi, etc.). Il s’agit aussi de réduire le risque d’erreur de placement dans une mesure du marché du travail (MMT), et ainsi de mieux utiliser les moyens financiers disponibles.

Le Seco a introduit en 2000 le pilotage des offices régionaux de placement (ORP) par les résultats. Cette nouvelle orientation a influencé durablement la stratégie de réinsertion des cantons: une enquête du Seco menée en 2006 auprès des offices cantonaux de l’emploi a montré qu’un des buts stratégiques des cantons est d’assurer la qualité des placements des demandeurs d’emploi, c’est-à-dire de mieux prendre en compte leurs besoins dans le cadre des MMT. Le développement des ateliers de bilan personnel reste à ce jour la principale démarche concrète en rapport avec cette stratégie.

Sur le plan méthodologique, la plupart des ateliers de bilan personnel de l’AC utilisent la comparaison entre la perception de soi et la perception par l’autre, souvent en combinant les travaux individuels et de groupe. Cela favorise l’objectivité des résultats, et permet aux demandeurs d’emploi d’analyser leur situation de manière réaliste. Les résultats des bilans sont souvent consignés dans un rapport, remis à la fin du cours aux conseillères et conseillers en personnel des ORP. Ces derniers reçoivent ainsi un aperçu général des compétences et des perspectives de la personne dont ils assurent le suivi. Ils peuvent en outre identifier les obstacles au placement et, le cas échéant, les risques de chômage de longue durée. Ces informations complémentaires sont autant de repères dans le choix des prochaines étapes.

Beaucoup d’échos positifs

En général, le cours de bilan personnel est suivi par un cours de recherche d’emploi, en vue d’améliorer l’efficience de la technique de candidature. Ces deux formations sont souvent combinées, ce qui fait sens puisque l’analyse des compétences permet de mieux cibler la stratégie de postulation.

La mise en évidence et la reconnaissance des compétences ont pris une grande importance ces dernières années. Avec leur activité, les employés acquièrent des compétences dépassant celles de leurs diplômes. Les experts du marché du travail sont unanimes à souligner que les changements structurels ont accru les exigences, et que le marché réclame toujours plus de capacités ne figurant pas ou très peu dans les certificats formels. Les offres d’emploi accordent ainsi une importance croissante aux compétences méthodologiques, personnelles et sociales, en plus des qualifications formelles.

La mise en évidence des compétences a été développée en Romandie depuis les années quatre-vingt. Elle concernait alors en particulier les personnes en recherche d’emploi ou en réinsertion professionnelle. Le nombre élevé de telles offres confirme l’écho positif dans tout le pays de ce type de bilan personnel. Elles font désormais partie du conseil classique en orientation de carrière. Même si les méthodes utilisées pour les bilans personnels sont très diverses, elles visent toujours à recenser les ressources et les compétences acquises dans un cadre formel ou informel. Les compétences professionnelles, personnelles et sociales sont identifiées à l’aide d’instruments standardisés. En Suisse sont utilisés les concepts de portfolios de compétences de l’association Arras et de la société CH-Q. Selon les priorités à traiter, les bilans personnels comprennent aussi des évaluations, des entretiens d’évaluation assistée par un guide, des auto-évaluations et évaluations par des tiers, ainsi que des tests psychologiques et des tests de performances.

Pour répondre aux besoins très divers des demandeurs d’emploi, les cours de bilan et de recherche d’emploi se sont spécialisés ces dernières années. Les critères de différenciation sont souvent la langue et le niveau de qualification (cadre, spécialiste, faible qualification), l’expérience professionnelle, l’âge, ainsi que l’état de santé physique et psychique. Exemples de la diversité de ces offres:

- Pour les personnes de langue étrangère, les cours de bilan personnel et de recherche d’emploi ne se limitent pas à analyser les compétences. Bien souvent, ils transmettent aussi des connaissances linguistiques de base et dans les technologies de l’information et de la communication (TIC). De nombreuses personnes au passé migratoire ont des difficultés à rédiger leur dossier de candidature ou à utiliser un ordinateur. Ces cours transmettent des connaissances langagières liées au marché du travail: les contenus et la didactique sont axés spécifiquement sur la démarche de candidature. La présentation orale en particulier est exercée, car c’est la forme de candidature la plus répandue chez les personnes de langue étrangère.
- Les personnes sans formation professionnelle initiale forment également un groupe cible important. Un bilan de compétences peut élargir leur marge de manoeuvre: il peut renforcer leur confiance en soi, ou les inciter à faire reconnaître des compétences existantes et à acquérir les modules manquants pour terminer une formation (validation des acquis).
- Chez les demandeurs d’emploi d’un certain âge, l’accent est mis sur la biographie personnelle liée au travail, afin de donner une visibilité aux compétences acquises au fil des ans. Cette démarche permet d’identifier de nouveaux champs professionnels envisageables. Souvent, ces cours abordent aussi le rapport personnel au chômage, ou des thèmes tels que la santé, la résistance, des attentes réalistes envers leur futur salaire, etc.
- Les bilans de compétences liés à une profession déterminée, et organisés avec des associations professionnelles, sont également répandus. Ils servent à identifier des champs d’activités potentiels dans diverses branches professionnelles. De tels bilans se déroulent typiquement dans le domaine de la construction, de l’artisanat et de l’industrie, qui contient aussi une formation pratique. Des travaux ciblés permettent d’estimer le niveau de performance et de résistance corporelle des candidats.

L’outil «cours de bilan personnel» est donc largement utilisé, et les offices cantonaux du travail le considèrent comme très important et utile. Il joue un rôle central dans le processus de placement des ORP, et encourage les intéressés à prendre des initiatives pour façonner leur carrière professionnelle.

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