Edition 02 | 2012

FORMATION

Swiss VET Initiative India

«La diversité culturelle doit être prise très au sérieux»

Directeur de l’agence Skillsonics, Chandra Kumar est responsable sur place de la réalisation de l’initiative de formation professionnelle Suisse-Inde, et du transfert du modèle suisse de formation professionnelle.

Interview: Claudia Lippuner

Chandra Kumar: «La volonté réciproque d’apprendre les uns des autres est nécessaire.»

Chandra Kumar: «La volonté réciproque d’apprendre les uns des autres est nécessaire.»

Monsieur Kumar, vous avez participé au développement du secteur informatique en Inde depuis les années 80, et jusqu’en 2005 vous étiez propriétaire d’une firme basée à Bangalore ayant cinq filiales à l’étranger. Qu’est-ce qui a motivé votre engagement dans le projet Swiss VET Initiative India?
Après la fusion de mon entreprise avec un groupe plus grand et suite à un congé sabbatique, j’étais à la recherche de défis requérant mon expérience du terrain dans un nouveau champ d’activité. Il y a 30 ans, l’Inde ne disposait d’aucun spécialiste informatique et nous avons dû former des techniciens en programmation pour en faire des ingénieurs. Il est temps maintenant de transférer ce savoir-faire à des dizaines de milliers de personnes ayant suivi une formation lacunaire. A long terme, nous contribuerons ainsi à la prospérité d’une grande partie de la société indienne.

Pourquoi une collaboration s’est-elle établie précisément avec la Suisse dans le domaine de la formation professionnelle?
L’objectif prioritaire d’un entrepreneur est de créer des places de travail et de faire prospérer la société. Et c’est ce que font les entreprises suisses établies en Inde. Toutefois, mon pays connaît une pénurie de main-d’oeuvre qualifiée orientée vers le marché du travail et sa formation professionnelle technique doit être réformée, car elle n’est basée ni sur le modèle dual ni sur les besoins du marché du travail.

Et, selon vous, c’est précisément ce qu’offre le système suisse de formation professionnelle?
Oui, votre système complète le nôtre de manière optimale. Voilà pourquoi les entreprises suisses et la SICC ont lancé cette initiative. Dès que je me suis penché sur le système suisse de formation professionnelle, j’ai compris que son succès tenait au fait que différents acteurs coopéraient et s’employaient à coordonner leur expertise spécifique. Cela suppose un important travail de communication et, dans le cas d’une coopération interculturelle, une bonne capacité de coordination de la part des très nombreux acteurs. Cela prend du temps et requiert une volonté réciproque d’apprendre les uns des autres et d’arrêter des décisions malgré les incertitudes. Ce dernier point est l’une des forces des partenaires du projet.

Vous évoquez l’importance de la diversité culturelle et la manière d’aborder cette question. Quels ont été les principaux obstacles?
D’abord, puisque «Swiss VET» constituait un modèle totalement nouveau pour mon pays, l’ensemble des partenaires ont dû accepter de prendre des risques, de sortir des sentiers battus et de mettre sur pied la coopération.

Par exemple, les enseignants des écoles professionnelles indiennes, habitués à un mode d’enseignement frontal, doivent apprendre à orienter leur enseignement vers les compétences et expériences. Les experts de l’Institut fédéral des hautes études en formation professionnelle (IFFP) sont confrontés à ce grand défi. Bref, la diversité culturelle doit être prise très au sérieux. Si des équipes compétentes collaborent, l’obstacle peut être franchi.

Entre-temps, le projet pilote a été bouclé avec succès. Quel est l’avenir?
Désormais, nous travaillons aussi avec des entreprises non suisses, qui paient des redevances pour les prestations élaborées par Swissmem et l’IFFP. Nous pouvons ainsi établir un modèle d’affaires basé sur le principe de l’autonomie, et former ces dix prochaines années un million de personnes selon le modèle suisse d’apprentissage, une belle carte de visite pour votre système de formation professionnelle.

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Le prochain numéro paraîtra le 25 octobre. Focus: Égalité des sexes