Edition 03 | 2012

MARCHÉ DU TRAVAIL

Réinsertion

Des conditions de travail réalistes sont plus efficaces

L’Espace Formation Emploi Jura (EFEJ) offre des mesures du marché du travail dans un environnement comparable à celui d’une entreprise. Ses spécificités: la proximité avec les besoins de l’économie régionale et l’individualisation de la formation.

Par Philippe Frossard

Haut standard technologique: un employé pilote électroniquement les machines.

Haut standard technologique: un employé pilote électroniquement les machines.

Centre cantonal de développement des compétences en faveur des demandeurs d’emploi, l’EFEJ accueille en permanence, à Bassecourt, de 150 à 200 personnes, pour les évaluer, les former et valider leurs compétences professionnelles exploitables sur le marché du travail. L’EFEJ offre notamment 26 formations dans l’industrie, l’artisanat et l’hôtellerie-restauration, ainsi que huit autres formations dans le cadre de son entreprise de pratique commerciale Styltech. Avec l’ORP avec lequel il entretient des contacts quotidiens, l’EFEJ fait partie du Service public de l’emploi. C’est pourquoi 87% des mesures du marché du travail fournies par l’EFEJ en 2011 concernaient des demandeurs d’emploi suivis par l’ORP. 13% des prestations ont été assurées pour d’autres prescripteurs, tels que l’assurance-invalidité, le Service de l’action sociale ou encore des employeurs et des particuliers. L’EFEJ offre des conditions de travail proches de celles des entreprises réelles. Les qualifications dispensées se réfèrent à des branches professionnelles caractéristiques du tissu économique régional: horlogerie, polissage, mécanique, menuiserie, cuisine et commerce. Les formations se déroulent en général dans des ateliers; elles se pratiquent aussi sous forme d’«entreprise d’entraînement», et plus rarement lors de stages en entreprise.

Installé dans une usine horlogère désaffectée, l’EFEJ dispose d’équipements et de machines modernes correspondant à des standards technologiques élevés. Cela valorise un transfert de compétences, adaptées aux besoins des demandeurs d’emploi et aux exigences des entreprises. Dans toutes ses activités, l’institution intègre aussi des contraintes d’horaires, de rythme, de qualité et de rendement. La productivité est systématiquement recherchée. Les prestations et les travaux de sous-traitance réalisés parfois pour le compte d’entreprises la stimulent également, en immergeant encore plus les apprenants dans la réalité professionnelle. Toutes ces caractéristiques encouragent l’amélioration des compétences. Elles contribuent à gagner la confiance des employeurs et les incitent à recruter de nouveaux collaborateurs issus de l’EFEJ.

«Learning by doing»

Dans le concept pédagogique, le principe de base est le «learning by doing». Les demandeurs d’emploi sont formés à fabriquer des produits ou à fournir des prestations de services, qui renvoient au contexte organisationnel des entreprises industrielles ou commerciales.

Usiner des pièces, régler des machines, poser un verre de montre, entailler une mortaise, gérer un e-commerce ou encore concevoir un plan en DAO (dessin assisté par ordinateur) imposent la référence à des normes de qualité. A toutes les étapes de l’acquisition de compétences, les formateurs spécialisés font progresser les participants en individualisant leurs apprentissages fondés sur des évaluations successives. L’acquisition des compétences professionnelles, méthodologiques et sociales, peut être documentée par un bilan final très détaillé. Les attestations émises par l’EFEJ valorisent la candidature des demandeurs d’emploi, puisque dans la conjoncture actuelle, elles bénéficient d’une bonne reconnaissance de la part des entreprises.

De l’importance du réseau

L’amélioration de l’efficacité du dispositif préoccupe l’EFEJ. Les préjugés sur les chômeurs peuvent être contrés, s’ils peuvent démontrer leur valeur par rapport aux besoins et aux exigences des entreprises. D’où l’importance des périodes d’observation de leur travail, et d’évaluation de leurs progrès. La qualité des formations joue en leur faveur pour autant qu’elles s’adressent à ceux qui ont les compétences de base pour en profiter. Ces orientations, les travaux de sous-traitance, les cours interentreprises pour apprentis et les formations certifiantes en polissage, accréditées par la Convention patronale de l’industrie horlogère suisse, ont permis à l’EFEJ de tisser un réseau d’entreprises, qui devient progressivement un support utile au placement des demandeurs d’emploi.

Liens et références bibliographiques

Montre "EFEJ-Evolution"

Encadré

L’EFEJ en chiffres (2011)

- 399 personnes ont suivi des formations pratiques d’une durée de deux semaines à six mois dans les ateliers du secteur Industrie et Artisanat.
- 67 participants se sont perfectionnés dans les tâches administratives de l’entreprise de pratique commerciale Styltech.
- 34 jeunes ont bénéficié d’un semestre de motivation.
- 53 chômeurs se sont inscrits à un soutien technique de dix matinées de recherches intensives d’emploi.
- 5873 demandeurs d’emploi ont fréquenté la bourse de l’emploi.

Encadré

L’innovation dynamise les compétences

Par Pascal Docourt, directeur de l’Espace Formation Emploi Jura (EFEJ).

La montre «EFEJ-Evolution», symbole des compétences des chômeurs et du savoir-faire de l’EFEJ.

La mise en oeuvre d’un projet innovateur et multidisciplinaire peut contribuer à élargir le champ d’acquisition des compétences. Preuve en est la création de la montre «EFEJ-Evolution». Design épuré et sobre, bracelet argenté et boîtier rond classique caractérisent ce produit. Il contient une innovation dans la tendance actuelle: un mouvement chronométrique rétrograde. La production et la commercialisation d’une série limitée de cette montre ont permis d’enrichir les formations dispensées par l’EFEJ à Bassecourt, et de les intégrer entre elles.

Travail interdisciplinaire

Le design et la conception de la montre, ainsi que des produits dérivés, ont été élaborés et dessinés dans le cadre de la formation en CAO/DAO (conception/dessin assistés par ordinateur). Les participants au cours de CNC ont exécuté l’usinage de la carrure, de la lunette et du fond, au moyen de machines à commande numérique (CNC). Les maillons du bracelet ont été fraisés et percés en mécanique, puis polis et satinés maillon par maillon dans le cadre de la formation pratique en polissage. De leur côté, les apprenants qui aspirent à un emploi comme opérateur dans l’horlogerie ont exécuté le décalquage sur le cadran, la pose des aiguilles, le montage des boîtes, la réalisation des tests d’étanchéité et l’assemblage du bracelet. La montre est présentée dans un écrin en bois, dont l’habillage intérieur a été réalisé dans l’atelier de menuiserie.

La dimension commerciale du projet n’a pas été oubliée, puisque les participants à l’entreprise de pratique commerciale Styltech ont collaboré à l’élaboration de la stratégie marketing et au lancement de la commercialisation de la montre à Baselworld: campagne promotionnelle incluant brochures, dépliants, affranchissement personnalisé et site Internet.

En participant à de véritables activités de développement et de production, en étroite collaboration avec des entreprises partenaires (Bulgari Horlogerie SA, Joseph Baume SA et Les Fils d’Arnold Linder SA), les demandeurs d’emploi ont acquis des compétences propres à favoriser leur intégration rapide et durable sur le marché du travail.

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Prochaine édition

Le prochain numéro paraîtra le 13 décembre. Focus: Hausse des exigences