Edition 03 | 2012

MARCHÉ DU TRAVAIL

Série «ORP sous la loupe»

Différences de pratique entre les villes frontières du Nord et du Sud

Deux des grands ORP urbains frontaliers, Lugano et Bâle-Utengasse, comptent une forte proportion d’étrangers et de saisonniers. Pourtant le contexte régional débouche sur des situations distinctes, et donc des priorités différentes.

Viktor Moser

BÂLE-UTENGASSE


Répartition du travail axée sur des groupes cibles

La proportion de chômeurs relativement élevée dans le canton frontalier de Bâle-Ville est principalement due à la structure urbaine, selon Yves Simon, chef de l’ORP de Bâle-Utengasse. Des comparaisons avec d’autres villes suisses le démontrent. Depuis le 1er avril 2012, les chômeurs frontaliers ont droit à des conseils auprès de l’ORP du canton dont dépend leur ancien employeur. Ce soutien reste financé par leur pays d’origine. La Suisse a ratifié une ordonnance de l’UE à ce propos. Mais L’ORP observait la diversité sociologique de sa «clientèle» bien avant cette nouveauté. Comme l’explique Yves Simon, «l’ORP essaie de tenir compte de cette diversité grâce à une équipe hétérogène de conseillers qui la reflète». Selon la situation sur le marché du travail, l’équipe est composée de 14 à 22 personnes. Les cycles conjoncturels toujours plus rapprochés posent des défis en termes de planification du personnel.

De plus, l’ORP a introduit un conseil adapté aux besoins déjà avant la révision partielle de la loi sur l’assurance-chômage. Concrètement, des entretiens ont lieu tous les deux mois avec le conseiller, pour autant que la personne en recherche d’emploi n’ait pas besoin d’un suivi plus poussé. Mais ces derniers temps, les entretiens ont lieu à nouveau plus fréquemment, afin de déterminer dans quelle mesure des aspects quantitatifs pourraient influer sur la qualité des conseils.

Les conseils spécialisés visent également une qualité élevée. La répartition du travail n’y est pas axée sur des branches, mais sur des groupes cibles précis. Certains conseillers sont de ce fait spécialisés pour les personnes ayant déposé une demande de prestations AI, d’autres pour les jeunes en transition entre la formation professionnelle et la vie active. «De cette façon, nous pouvons mettre en place un savoir spécifique parmi nos conseillers et augmenter l’efficacité», indique Yves Simon.

LUGANO


Conséquences visibles des accords bilatéraux

Pour Gianfranco Ongaro, chef de l’ORP de Lugano, les conséquences des accords bilatéraux sont le principal défi des dernières années. Depuis l’entrée en vigueur de l’Accord sur la libre circulation des personnes, le nombre de frontaliers au Tessin est passé de 30 000 à 55 000. Le nombre de placeurs privés a également fortement augmenté sur le marché du travail libéralisé. Leur cible de recrutement préférée est les frontaliers engagés par de nombreuses entreprises. «Dans ce contexte, il est très difficile de maintenir la qualité de nos services, indique Gianfranco Ongaro. Malgré des incitations telles que les allocations d’initiation au travail, le placement de chômeurs locaux reste très limité.» C’est pourquoi les contacts de l’ORP avec les employeurs deviennent capitaux. Sur les 41 conseillers, quatre s’occupent exclusivement de cette tâche.

Outre sa situation géographique, l’ORP est tributaire des variations saisonnières, notamment dans le domaine de la restauration. Le nombre très instable de personnes en recherche d’emploi est la raison principale pour laquelle les conseillers ne sont pas spécialisés par branche. Le nombre de dossiers (environ 160 par conseiller) serait sinon trop variable dans certaines professions. En raison de la progression du chômage, d’autres conseillers seront engagés au cours des prochains mois.

La situation du marché du travail s’est dégradée ces dernières années dans la région de Lugano. Il est de plus en plus difficile de trouver un emploi à proximité de son domicile. Selon Gianfranco Ongaro, «il faut souvent faire preuve d’une grande force de persuasion pour faire changer d’avis les personnes en recherche d’emploi en matière de flexibilité et de mobilité.» Il ajoute qu’à l’avenir, de plus en plus de travailleurs seront embauchés de manière temporaire ou saisonnière, et qu’il est donc important de s’adapter à la situation du marché du travail et d’accepter les nouvelles conditions d’engagement.

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Prochaine édition

Le prochain numéro paraîtra le 25 octobre. Focus: Égalité des sexes