Edition 05 | 2012

Focus "La transformation des professions"

Mauvaise image des métiers

Les associations professionnelles combattent les clichés

Reflet de l’évolution du monde du travail, de nouveaux métiers voient le jour, d’autres se modernisent ou changent de nom. Mais les préjugés sur certains d’entre eux demeurent. Des associations se battent contre ces clichés, à l’image de celle des maçons.

Par Jean-Noël Cornaz

«La Suisse alémanique a beaucoup de maçonnes», dit un spécialiste de la formation professionnelle.

«La Suisse alémanique a beaucoup de maçonnes», dit un spécialiste de la formation professionnelle.

Les professions évoluent en permanence. L’informatique est désormais devenue incontournable, simplifiant les opérations administratives, résolvant en un clin d’oeil des calculs complexes ou remplaçant en partie le crayon. Des machines et des engins toujours plus sophistiqués effectuent les travaux répétitifs et allègent les tâches du quotidien. Les exigences en matière de sécurité ou d’hygiène ont aussi beaucoup changé. Conséquence de cette évolution: les métiers se modernisent, les programmes de formation s’adaptent, des professions changent de nom, certaines se regroupent en champ professionnel, de nouvelles professions font leur apparition, d’autres enfin disparaissent.

Les fromagers par exemple sont devenus des technologues du lait, les facteurs des logisticiens, les vendeurs des gestionnaires du commerce de détail, les décorateurs des polydesigners 3D et les nettoyeurs en bâtiment des agents de propreté. Quant aux écuyers, cavaliers de course et palefreniers, ils sont regroupés sous l’appellation de «professionnels du cheval». De nouvelles professions sont apparues: les formations d’agent-e en information documentaire ou de médiamaticien- ne n’existaient pas il y a quelques années.

Certaines professions profitent aussi de changer de nom pour redorer leur blason. Revers de la médaille: les nouvelles appellations peuvent se révéler déroutantes, notamment pour les anciennes générations. Ce sont les clichés attachés à certains métiers qui posent malgré tout encore et toujours le plus de problèmes. En dépit des progrès survenus ou des améliorations apportées, de nombreuses professions souffrent d’une image erronée ou stéréotypée qui leur colle à la peau et dont elles peinent à se dépêtrer. La réalité du métier est pourtant souvent fort différente, à des lieues de la représentation que certaines personnes s’en font.

Pas de voiture sans électronique

La mécanique automobile a la réputation d’être un domaine dur et salissant. Or, travailler dans un garage ne se résume pas à avoir continuellement les mains dans le cambouis. Les tâches sont aujourd’hui largement régies par l’informatique. Le calcul et la logique priment également. L’évolution de l’automobile a considérablement changé les professions de la branche. Volant, essieux, moteur, habitacle: l’électronique est présente dans presque tous les composants d’un véhicule. Les réglages de commandes et les travaux de maintenance devancent les réparations purement mécaniques. Des spécialistes se sont profilés, à l’instar des diagnosticiens ou des mécatroniciens d’automobiles, dont le nom remplace celui des mécaniciens d’auto.

Maçons et maçonnes

Profession pénible, dangereuse pour la santé, mal rémunérée, monotone, exclusivement masculine: victime de stéréotypes bien ancrés dans les esprits, le métier de maçon-ne constitue un exemple éloquent. Pour connaître l’image que les jeunes s’en font, nous avons interrogé quelques écoliers de 8e année d’un établissement lausannois, leur demandant s’ils étaient intéressés à effectuer un apprentissage de maçon-ne et, en cas de réponse négative, d’en expliquer les raisons. Leurs témoignages ont été confrontés avec celui d’un professionnel de la branche.

La dureté du métier et les conditions de travail en extérieur sont les deux aspects les plus souvent évoqués par ces écoliers. «La pénibilité a grandement diminué», souligne Jean-Luc Schouwey, président du conseil de formation romand et maître d’apprentissage. «Les travaux de terrassement ne se font plus à la main, mais avec des machines. Des moyens de levage, tels des grues, sont à disposition, même pour monter des briques. Les charges se sont allégées: les sacs de ciment, qui autrefois pesaient 50 kg, n’en pèsent plus que 25.» L’équipement des ouvriers s’est aussi amélioré: ils portent des gants, des souliers renforcés, un casque avec lunettes incorporées, qui sont là pour leur sécurité personnelle, mais aussi pour leur faciliter le travail. En fonction de la météo et des saisons, des aménagements spéciaux existent: «Quand il pleut, les ouvriers profitent du ‹chômage intempéries› et rentrent à la maison. Lors de fortes chaleurs, les heures de travail peuvent être décalées, afin de travailler un peu plus tôt le matin, de prolonger la pause de midi et de reprendre l’après-midi», poursuit Jean-Luc Schouwey. «Nous travaillons également moins en hiver qu’en été en raison de la luminosité et des températures. » Sans oublier les vacances et la retraite: les maçons ont droit à cinq semaines de vacances (six pour les apprentis et pour les travailleurs à partir de 50 ans) et peuvent prendre leur retraite à 60 ans.

Apprentis bien payés

Un autre cliché largement répandu veut que les maçons soient des professionnels mal payés. La réalité est tout à fait différente: les apprentis maçons gagnent plus que tous les autres apprentis! Quant au salaire moyen d’un maçon qualifié, il se monte à 5600 francs. «A l’époque, quand un jeune n’avait pas trouvé de place d’apprentissage, on lui disait: ‹Tu feras maçon›, comme si c’était la fatalité ou le coup de massue. Nous avions besoin de personnel et la solution pour l’attirer passait par le salaire», se souvient Jean- Luc Schouwey. Quelques écolières ont soulevé la question de la masculinité de la profession: «S’il faut être de bonne constitution pour exercer ce métier, ce dernier est fait pour les hommes comme pour les femmes!», insiste Jean-Luc Schouwey. «Il n’y a pour l’heure pas beaucoup de filles en Suisse romande, mais elles sont nombreuses côté alémanique.»

Le futur est déjà là

L’avenir de la profession se dessine déjà: les futurs travaux dans ce secteur d’activité se concentreront sur la déconstruction, la transformation et la reconstruction du bâti. «Bien sûr, les maçons montent toujours des briques. Mais le métier s’est transformé: les techniques de travail changent, les machines de chantier ou les camions sont de plus en plus performants, les matériaux se développent en adéquation avec l’écologie et l’économie d’énergie, les normes deviennent toujours plus exigeantes», résume Jean-Luc Schouwey. «Même s’il y a beaucoup de choses qui ne se voient pas, le métier évolue et progresse. Il n’est pas resté à l’âge de pierre!»

Tandis que certaines professions sont prises d’assaut parce qu’elles jouissent d’une image attrayante, d’autres peuvent souffrir d’un manque d’intérêt de la part des jeunes, ce qui peut avoir pour conséquence une pénurie de la relève. Pour répondre à ce phénomène, les associations professionnelles investissent dans leur image et mettent toutes sortes de mesures sur pied: elles organisent des campagnes de promotion, créent des sites Internet, éditent de la documentation, utilisent les nouveaux moyens de communication tels que Facebook ou YouTube ou encore réalisent des spots publicitaires (télévision, cinéma).

Toujours dans le secteur de la construction, la Société suisse des entrepreneurs a mis en ligne un site Internet (www.formation-construction.ch) dédié aux maçons et aux constructeurs de voies de communication. De nombreuses manifestations (forums, salons, foires) ont lieu, à l’occasion desquelles les professions et leurs activités sont présentées. Les stages en entreprise sont également un excellent moyen de confronter l’image que l’on se fait d’un métier à la réalité: ils permettent aux intéressés de découvrir en quoi le métier consiste réellement.

Des mesures efficaces

Le nombre de jeunes qui se lancent aujourd’hui dans un apprentissage de maçon- ne augmente. «Dans le canton de Fribourg par exemple, nous constatons une hausse importante du nombre d’apprentis. Il y a un engouement. Nous récoltons le fruit du travail de nos ancêtres qui ont commencé à faire cette promotion », conclut Jean-Luc Schouwey.

Liens et références bibliographiques

Site de l’Association suisse des maçons

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Le prochain numéro paraîtra le 25 octobre. Focus: Égalité des sexes