Edition 03 | 2012

FORMATION

Personnes handicapées

Débat: est-il justifié que l’AI économise dans la formation professionnelle?

L’assurance-invalidité couvre les coûts supplémentaires d’une formation initiale pour les handicapés. En 2011, les conditions de soutien aux formations élémentaires AI et aux formations pratiques ont été durcies. Les associations d’aide aux handicapés s’y opposent.

POUR


Stefan Ritler est responsable du domaine assurance-invalidité
de l’Office fédéral des assurances sociales.

Occuper les prestataires ne doit pas être la priorité

Dans notre société, la formation professionnelle n’est pas une fin en soi. Nous ne formons pas les jeunes dans le but de les occuper durant l’adolescence. La formation professionnelle fournit les bases leur permettant d’être autonomes, de saisir les occasions qui s’offrent à eux. Formation professionnelle signifie préparation à la vie active et au marché du travail. C’est ce qui est ancré dans la loi sur la formation professionnelle. Afin que les personnes handicapées ne soient pas systématiquement défavorisées, l’AI est chargée de soulager les personnes concernées et les cantons, en couvrant les coûts d’une formation professionnelle initiale ou d’une préparation à une activité dans un cadre protégé. L’assurance-invalidité est particulièrement généreuse dans ce domaine. Parmi les formations qu’elle finance pour un montant total d’environ 350 millions de francs par année, seule une partie est exigée par la loi.

Dire que la préparation à une activité dans un cadre protégé doit durer deux ans n’a pas de sens. En soi, la durée de la formation ou d’une préparation n’indique pas si la formation est utile, ni quelles connaissances ont pu être acquises et comment le ou la bénéficiaire peuvent les utiliser.

La durée minimale fixée n’est bénéfique que pour l’institution de formation. Mais l’AI n’est pas légitimement et financièrement en mesure de garantir son volume de travail. Les offres doivent ouvrir des portes aux personnes concernées, leur être adaptées et leur permettre de subvenir à leurs besoins. L’AI doit consacrer les ressources disponibles aux perspectives des bénéficiaires ainsi qu’au remboursement des coûts liés à l’invalidité, et non au maintien de la structure (institutions de formation, prestations)

CONTRE


Walter Bernet est le président central d’Insieme Suisse.

Le droit à la formation professionnelle remis en cause

Biffer les fonds pour la formation professionnelle des jeunes souffrant d’un handicap lourd pour des questions de logique d’assurance ou d’économies est irresponsable. C’est pourtant ce qui est en train de se produire. La formation élémentaire AI, qui durait deux ans, sera raccourcie à une année pour toutes les personnes qui n’ont pas un rendement suffisant. Depuis peu, seules celles qui sont parvenues à réduire leur rente AI, ou qui ont une activité lucrative en vue sur le premier marché du travail, peuvent suivre une deuxième année de formation. Ce changement s’est opéré sans tenir compte du fait qu’il n’existe que peu d’emplois impliquant des tâches simples pour ces jeunes. Une décision négative sera adressée prochainement aux premiers jeunes ne satisfaisant pas aux exigences. Une grande majorité des apprentis actuels sont concernés.

Même les jeunes souffrant d’un handicap lourd peuvent se montrer productifs au sein d’ateliers protégés s’ils sont suffisamment formés et qualifiés. Je vois ce qu’une formation élémentaire AI de deux ans a apporté à mes deux fils, et pas uniquement en matière de débouchés. Elle leur a permis de se développer sur le plan personnel, d’acquérir des compétences sociales et de devenir autonomes. Il est illogique de raccourcir la durée de la formation de jeunes, qui ont justement besoin de plus de temps pour comprendre et s’exercer en raison de leur handicap. Leur droit à une formation professionnelle est ainsi remis en question. En septembre dernier, nous avons remis la pétition «Formation professionnelle pour tous» munie de 107 000 signatures. Nous attendons du Conseil fédéral et de l’Office fédéral des assurances sociales qu’ils mettent un terme aux changements en cours!

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Prochaine édition

Le prochain numéro paraîtra le 13 décembre. Focus: Hausse des exigences