Edition 04 | 2012

ORIENTATION

Choix professionnel

Les jeunes décident avec leurs émotions

Lorsqu’ils choisissent une formation professionnelle, les jeunes se laissent guider par les conseils de personnes de confiance et par leurs sentiments positifs envers certaines activités. C’est ce qui ressort de l’analyse d’interviews sur le choix professionnel des jeunes.

Par Rebekka Hartmann et Markus Neuenschwander, chercheurs à la Haute école pédagogique du Nord-Ouest de la Suisse (Soleure).

Les jeunes en situation de choix professionnel ne peuvent pas appréhender tous les métiers. Ils utilisent des stratégies pour sélectionner les professions à examiner de plus près, et pour parvenir à une décision. Lorsqu’ils s’intéressent à plusieurs domaines, leur décision est souvent fortement influencée par leurs personnes- ressources. En d’autres termes, bien que le processus du choix professionnel soit ouvert, la décision reste largement déterminée par leur entourage.

Stratégies

L’une des stratégies ressortant fréquemment des interviews consiste pour les jeunes, en s’appuyant sur leurs personnes- ressources, à ajuster progressivement les domaines qui les intéressent aux exigences et aux offres des institutions. Après avoir clarifié leurs domaines d’intérêt, ils explorent de manière ciblée un petit nombre de professions, et les évaluent concrètement. L’éventail des options professionnelles est ainsi réduit par les domaines d’intérêt des jeunes. En l’absence d’une telle clarification, le processus de choix professionnel peut échouer. L’exemple d’une jeune fille qui hésitait entre une place d’apprentissage d’assistante du commerce de détail et d’assistante médicale l’illustre bien: dans les deux cas, ses postulations n’ont pas convaincu. Ne recevant que des réponses négatives, elle a opté pour une offre de formation transitoire.

Une autre stratégie consiste à se faire conseiller par les parents, des enseignants ou des personnes de référence professionnellement expérimentées, afin de cerner ses propres capacités et les exigences des formations envisagées. Cette démarche contribue au succès d’une candidature. Les personnes-ressources disposent aussi d’informations concrètes sur les places d’apprentissage disponibles et sur les entreprises formatrices. Un migrant âgé de quinze ans, n’ayant reçu aucune aide de ses parents dans sa recherche d’une profession, s’est tourné vers le conseil en orientation professionnele. Vu son intérêt pour les mathématiques et la technique, l’entretien avec le conseiller a fait ressortir cinq professions, dans lesquelles ce jeune a suivi des stages d’orientation. Mais cela ne lui a pas permis de trouver la «bonne» profession et il s’est finalement dirigé vers la formation de mécanicien de production, suggérée par un camarade.

Toutefois, des conflits de loyauté peuvent surgir à cause des personnes-ressources. Dans l’exemple suivant, un père conseillait à son fils un apprentissage d’assistant socio-éducatif, alors que sa grand-mère lui recommandait la formation de technologue en denrées alimentaires. Le jeune s’est porté candidat pour les deux places d’apprentissage, mais n’a reçu de réponse positive que pour la seconde. Il a donc délégué son choix professionnel aux formateurs, et ainsi résolu son conflit de loyauté envers les deux personnes-ressources.

Une stratégie supplémentaire consiste à effectuer des stages d’orientation dans les métiers favoris et à découvrir ainsi les entreprises et leur personnel. Par exemple, un jeune avait opté pour la formation de paysagiste, qui correspondait à ses préférences et à ses capacités. Grâce à différentes expériences en immersion, il a découvert que les petites entreprises familiales lui convenaient mieux, car le travail lui semblait plus varié et les relations entre employés meilleures. Même constat chez cet autre participant à un stage d’orientation, séduit par la convivialité de l’équipe, au point d’abandonner le métier de ses rêves pour y rester.

Les expériences réalisées lors des stages d’orientation peuvent également ouvrir de nouvelles perspectives aux jeunes. Ainsi, un jeune en stage dans la menuiserie a découvert la profession de ferblantier, qu’il a finalement choisie.

Modèles de phases

Un modèle de phases, qui structure les interviews, révèle que le choix professionnel se déroule en plusieurs étapes: les options professionnelles, les filières de formation et les places d’apprentissage sont choisies sur la base des domaines d’intérêt généraux et adaptées à la réalité de la situation. Chaque étape de concrétisation réduit l’éventail des options professionnelles à examiner. Souvent, plusieurs options sont approfondies parallèlement et de nouvelles idées de métiers peuvent émerger.

Un des écoliers de 7e année interrogé souhaitait travailler plus tard avec un compas. Il s’intéressait à des professions telles dessinateur en architecture, géomaticien et polymécanicien. Il s’est informé auprès de ses parents et de collègues connaissant ces branches, avant de suivre plusieurs stages d’orientation. Il s’est également renseigné sur les exigences des formations envisagées et a postulé à neuf places d’apprentissage. Il a obtenu trois réponses positives, une pour chaque métier, et s’est finalement décidé pour la formation de dessinateur en architecture, estimant qu’elle correspondait le mieux à ses compétences en géométrie et parce que ses parents et un collègue l’encourageaient dans ce sens. Cet exemple illustre bien les cinq phases:

- A l’école, le jeune s’intéresse à un objet, le compas, et au dessin géométrique. Avec l’aide de personnes-ressources, il fait le lien entre ce domaine et des catégories de professions.
- Lors des stages d’orientation, le jeune découvre les diverses professions au quotidien. Différentes options professionnelles en découlent.
- Il évalue ensuite ses propres capacités, analyse les exigences des formations et les ajuste à ses domaines d’intérêt et à ses préférences en matière d’apprentissage. Ses capacités suffisent pour toutes les filières de formation évaluées. Dans le cas contraire, l’éventail des métiers qui l’intéressent et qui correspondent à ses compétences devrait être élargi.
- Il peut alors rechercher les offres de places d’apprentissage adéquates et postuler. Les dossiers sont examinés par les entreprises.
- Il est accepté dans trois professions différentes qui l’intéressent. Si les réponses avaient été négatives, il aurait dû rechercher de nouvelles places d’apprentissage, vérifier les exigences posées par les formations ou, le cas échéant, corriger son choix professionnel.

Dans cet exemple, le choix professionnel était fondé sur les intérêts individuels en raison de compétences si élevées qu’elles ne restreignaient en rien le choix professionnel. Ce n’est pas le cas de tous les jeunes. La possibilité de choisir un métier à partir de ses propres préférences est cependant meilleure lorsque diverses formations de niveaux d’exigences différents sont proposées dans un même domaine professionnel. Ultérieurement, selon les prérequis de la formation et les capacités développées, le jeune peut s’intéresser à des professions ne correspondant pas à ses souhaits prioritaires. C’est le cas d’élèves issus notamment de classes à exigences élémentaires.

Conclusions

En résumé, les jeunes traduisent leurs domaines d’intérêt en catégories professionnelles, qui sont celles des personnes- ressources ou que celles-ci leur recommandent. Le processus n’est pas absolument systématique. Il reste toutefois fortement déterminé par les nombreuses rencontres et expériences importantes faites par le jeune. Une décision précoce en faveur d’une ou éventuellement deux professions se révèle avantageuse pour trouver une place d’apprentissage, car elle permet de gagner du temps. Les jeunes qui ne sont pas conscients de l’importance du timing ont moins de chances de trouver une place adéquate sur le marché. Soit ils trouvent une place par hasard, soit ils doivent bifurquer au dernier moment vers une offre de formation transitoire.

Aucun jeune n’a choisi un métier contre l’avis exprès de ses parents. Il ressort au contraire des interviews que les jeunes considèrent leur choix professionnel comme adéquat s’il réunit les conditions suivantes:

- Intérêt pour la profession
- Adéquation avec les exigences du métier
- Soutien des personnes-ressources dans cette voie
- Emotions positives inspirées par les futurs formateurs et collègues dans l’entreprise.

Les jeunes ne sont persuadés de la justesse de leur choix professionnel que si les facteurs cognitifs concordent avec le soutien de leur entourage et des émotions positives.

Liens et références bibliographiques

Herzog W., Neuenschwander M., Wannack E., Berufswahlprozess. Wie sich Jugendliche auf ihren Beruf vorbereiten, Bern, 2006.
Isen A.M., Labroo A.A., Some ways in which positive affect facilitates decision making and judgment, in Schneider S.L., Shanteau J. (Hrsg.), Emerging perspectives on judgment and decision research, Cambridge 2003, S. 365-393.
Neuenschwander M., Frey M., Gerber M., Rottermann B., Übergang von der Schule in den Beruf im Kanton Zürich: Herausforderungen und Erfolgsfaktoren – Schlussbericht, Solothurn 2010.
Neuenschwander, M., Frank N., Entwicklung von Lebenszielen in der Familie, in Zeitschrift für Entwicklungspsychologie und Pädagogische Psychologie (en cours d'impression). Simon H.A., Homo rationalis. Die Vernunft im menschlichen Leben, Frankfurt a.M., 1993.

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