Edition 04 | 2012

FORMATION

Débat

Des académies professionnelles en Suisse?

En Allemagne, les filières d’études duales sont très appréciées des jeunes et un nombre grandissant d’entreprises proposent de telles places de formation. Quelles chances ce modèle a-t-il en Suisse?

POUR


Philipp Gonon est professeur en formation professionnelle à l’Université de Zurich.

Un complément idéal à la formation initiale

Dans notre société du savoir, la formation continue après la première phase de formation, en particulier l’approfondissement au niveau haute école, gagne en importance pour un nombre croissant de salariés. Depuis les années 70, les hautes écoles du monde entier ont réagi en se développant massivement. Les succès économiques et les innovations techniques des pays BRIC (Brésil, Russie, Inde, Chine) et des pays «tigres», Japon compris, reposent eux aussi sur un système de formation supérieure bien développé.

Cette tendance ne doit pas être suivie à la lettre en Suisse, qui dispose d’un excellent système éducatif à tous les niveaux. Toutefois, les résultats positifs enregistrés par les filières duales déjà largement établies au Bade-Wurtemberg et à Berlin méritent notre attention.

En effet, ces filières permettent aux jeunes, adolescents comme adultes, de relier étroitement des aptitudes et des connaissances approfondies à la pratique professionnelle qui se déroule en parallèle. Par ailleurs, les entreprises ont avantage à accueillir des étudiants qui s’approprient la pratique dès le début, à l’instar des apprentis. Ces filières, dont sont issus des praticiens et des personnes qualifiées au niveau haute école, constituent donc la suite idéale de la formation professionnelle initiale.

L’intérêt est présent tant du côté des jeunes que de celui des entreprises, comme l’atteste la hausse du nombre d’offres et de demandes chez nos voisins. Qu’est-ce qui s’oppose à ce qu’il y ait des diplômés de hautes écoles au bénéfice d’une formation pratique, en plus des universitaires, des diplômés HES (qui disposent en général d’une formation professionnelle préalable) et des diplômés de la formation professionnelle supérieure?

CONTRE


Hans-Ulrich Bigler est directeur de l’Union suisse des arts et métiers.

Ne pas affaiblir les hautes écoles spécialisées

La formation professionnelle supérieure en Suisse est très bien positionnée au degré tertiaire B. Chaque année, 28 000 personnes obtiennent un brevet fédéral, un diplôme fédéral ou un diplôme d’une école supérieure. Les universités et les HES ne remettent respectivement que 24 000 et 13 000 diplômes par an. Les statistiques attestent en outre que les diplômés de la formation professionnelle supérieure disposent des meilleurs atouts concernant les salaires initiaux et les fonctions dirigeantes.

La plus grande association faîtière de l’économie suisse estime inutile d’introduire une nouvelle voie, en particulier un parcours permettant d’obtenir en même temps un diplôme HES et un certificat fédéral de capacité, pour les titulaires de la maturité qui ne peuvent ou ne veulent pas faire d’études universitaires. Cette proposition de modèle découle de la théorie pure et met en danger le niveau de la formation dans son ensemble. En effet, qui se lancerait encore dans un apprentissage de quatre ans, suivi d’une maturité professionnelle et de trois ans d’études HES s’il était possible d’obtenir deux diplômes en un an de moins, avec douze semaines de vacances et une maturité interne à l’école? Même le niveau des HES baisserait: au lieu d’axer leur enseignement sur la science, elles devraient transmettre, comme des écoles professionnelles, les contenus théoriques d’une formation professionnelle initiale, ce qui est très éloigné de leur mandat. Restons-en donc à notre système éducatif complet et perméable. Veillons plutôt à ce que les jeunes talents se décident déjà au cours de la scolarité obligatoire pour une entrée dans la vie active par le biais d’un apprentissage exigeant, combiné à une maturité professionnelle. C’est ce dont notre économie a besoin!

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Prochaine édition

Le prochain numéro paraîtra le 25 octobre. Focus: Égalité des sexes