Edition 06 | 2012

MARCHÉ DU TRAVAIL

Normes, valeurs et chômage

Romands et Tessinois restent plus longtemps au chômage

En Suisse latine, la recherche d’emploi dure en moyenne sept semaines de plus qu’en Suisse alémanique. Les causes sont à chercher en partie dans les différences culturelles.

Par Viktor Moser

En Suisse latine, la recherche d’emploi dure en moyenne sept semaines de plus qu’en Suisse alémanique. Les trois spécialistes du marché de l’emploi Beatrix Eugster, Rafael Lalive et Josef Zweimüller en recherchent les causes dans une étude récemment actualisée. La législation est d’emblée exclue, car la loi sur l’assurancechômage s’applique dans l’ensemble du pays. L’offre d’emploi est pratiquement identique de part et d’autre de la barrière de röstis.

Influences culturelles décisives

En revanche, les auteurs de l’étude constatent que travail et sécurité sociale n’ont pas la même valeur de chaque côté de la Sarine. Alors que les Latins considèrent que la réussite économique dépend plutôt de la chance ou du piston, les Alémaniques estiment qu’elle est le fruit d’un travail acharné et de sa propre capacité à décider. La différence dans la valorisation du travail ressort également dans une enquête de l’International Social Survey Programme. L’énoncé «Je continuerais de travailler même si j’avais assez d’argent pour vivre» a remporté l’adhésion de 70% des Alémaniques, mais de 50% de Romands et de Tessinois. Ces mentalités différentes se révèlent encore plus nettement dans le comportement de vote. Lors du vote sur l’initiative sur les vacances, à plus de dix kilomètres de la frontière linguistique, la part de oui passait à 38% du côté latin et à 33% du côté germanophone (cf. graphique). Les différences sont encore plus frappantes (plus de 12% d’écart à chaque fois) avec les initiatives sur le temps de travail en 1998 et 2002, et en 1985 avec l’initiative sur l’extension de la durée des vacances.

Les caractéristiques culturelles infl uencent aussi le comportement lors d’une candidature. Alors que les Alémaniques misent sur l’initiative personnelle, les candidats latins comptent sur une plus forte participation des offi ces régionaux de placement (ORP). Le professeur de sciences économiques lausannois Rafael Lalive l’explique ainsi: «Les Latins ont en général moins l’impression de pouvoir infl uencer leur destin. Ça les incite à se mettre en position d’exiger quelque chose.» La recherche active d’emploi chez les Alémaniques s’explique également par l’existence d’un réseau relationnel extrafamilial plus étoffé que chez leurs homologues latins.

Dans quelle mesure le comportement dans la recherche d’emploi peut être infl uencé est une question ouverte. Les chercheurs observent néanmoins que l’ORP peut améliorer la recherche active de ses clients grâce à un encadrement plus serré et davantage de sanctions. Le fait que, dans l’ordre, les cantons du Jura, Genève, Neuchâtel, Fribourg et Valais enregistrent un pourcentage nettement inférieur de sanctions à l’encontre des demandeurs d’emploi (2011) semble aller dans ce sens. D’après cette évaluation, changer les normes sociales concernant le travail est une entreprise à très long terme, si tant est qu’elle soit possible. Les auteurs plaident donc pour la prise en compte, dans l’accord entre le Secrétariat d’Etat à l’économie et les cantons, des différences culturelles comme nouveau facteur d’infl uence des mesures d’effi cacité. L’organe compétent pour cet accord a donné mandat d’examiner cette hypothèse.

Liens et références bibliographiques

Eugster, B., Lalive, R., Zweimüller, J. (2012): Does Culture matter for Unemployment? Evidence from the Roesti Border. In The Economic Journal (N°2012-10-21).

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Le prochain numéro paraîtra le 13 décembre. Focus: Hausse des exigences