Edition 06 | 2012

FORMATION

Salaire des apprentis

Un reflet de la rémunération des professionnels

La règle générale est simple: un apprenti qui gagne beaucoup bénéfi ciera aussi d’un salaire élevé après sa formation. Mais dans certains cas, la réalité est différente. Explications.

Par Mirjam Strupler, assistante scientifi que, et Stefan C. Wolter, responsable du groupe de recherche en économie de la formation à l’Université de Berne.

Les salaires des apprentis varient assez fortement en fonction de la profession. Alors qu’une future horticultrice en première année d’apprentissage reçoit 500 francs par mois, le futur cuisinier gagne déjà plus de 1000 francs. Ces paies d’apprentis refl ètent en grande partie leurs futurs salaires de professionnels. Les branches et les entreprises offrant de hauts salaires aux apprentis sont celles qui paient bien leur personnel qualifi é, et inversement. Ce constat est issu des résultats de la troisième enquête sur les coûts et avantages de la formation des apprentis du point de vue de l’entreprise (cf. Panorama 3/2012). L’analyse porte sur les salaires des apprentis de plus de 2000 entreprises formatrices.

En moyenne, les apprentis gagnent en Suisse un peu plus de 10% du salaire professionnel en première année et un peu plus de 20% en dernière année. Les grandes différences entre paies d’apprentis les préparent aux écarts de salaire qu’ils rencontreront plus tard en tant que professionnels formés. Les différences de salaires observées sur le marché du travail ne dépendent pas seulement de la profession et de la branche, mais aussi de la taille de l’entreprise. Les apprentis gagnent moins dans les PME que dans les grandes entreprises.

Le travail non qualifi é dédommagé

Le rapport entre le salaire de l’apprenti et celui du professionnel est appelé salaire relatif (exemple: si le revenu de l’apprenti est de 1000 francs et son salaire ultérieur de 5000 francs, le salaire relatif est de 20%). Ce salaire relatif montre que d’autres facteurs que le futur salaire professionnel infl uent sur le revenu pendant l’apprentissage. L’importance de ce facteur diminue avec l’augmentation du salaire. Comparé à son futur revenu professionnel, l’apprenti gagne généralement plus dans les métiers à bas salaires (cf. graphique). Cela s’explique par deux raisons. La première est que les apprentis des professions à bas salaire sont dédommagés pour les travaux non qualifi és qu’ils accomplissent, leur part étant légèrement supérieure à la moyenne. Sans eux, l’entreprise aurait des coûts importants. En effet, dans ces métiers, les collaborateurs non qualifi és gagnent presque autant que le personnel formé. La seconde raison est que dans les métiers à hauts salaires, les revenus rémunèrent une forte valeur ajoutée générée par des compétences élevées. Or ces compétences doivent d’abord s’acquérir, et les entreprises formatrices doivent investir davantage pour la formation. Les apprentis doivent donc renoncer à une partie de leur salaire. Cette perte est cependant supportable: un apprenti de commerce, qui gagne durant son apprentissage 11 000 francs de moins qu’un apprenti dans la restauration, récupère en effet cette somme en huit mois grâce au meilleur salaire obtenu par la suite. Une exception importante est à mentionner pour le salaire relatif d’un apprenti maçon, nettement au-dessus de la moyenne au regard du salaire des professionnels. L’explication est simple: sans ces bonnes paies d’apprentis, il serait difficile de garantir la relève pour un métier aussi pénible physiquement.

Evolution inégale

Des différences entre les professions apparaissent également dans l’évolution des salaires durant l’apprentissage. Alors que le salaire des apprentis est en moyenne multiplié par deux entre le début et la fin de l’apprentissage, celui des cuisiniers n’augmente que de 50% et celui des assistants médicaux est multiplié par 2,5. Si l’on excepte le cas particulier de cette dernière profession, la règle est la suivante: plus le salaire des professionnels formés est élevé, moins la paie de l’apprenti augmente durant sa formation. Cela s’explique par le fait que les salaires initiaux de ces métiers sont bas, relativement aux autres professions, sachant qu’un grand effort de formation est fourni, notamment au début de l’apprentissage, phase peu productive pour l’entreprise.

Le salaire au mérite est maintenant introduit non seulement chez les adultes, mais aussi chez les apprentis. Même si en moyenne, 14% seulement des entreprises formatrices tiennent compte de la performance dans le salaire des apprentis, 20% des apprentis sont concernés, vu que ce mode de fixation des salaires est plus fréquent dans les grandes entreprises que dans les petites. Par ailleurs, ce type de salaire est encore inégalement réparti entre les professions. Il est visiblement plus fréquent dans les entreprises formatrices qui supportent davantage de coûts de formation. Ainsi, plus de la moitié des apprentis polymécaniciens/nes, informaticiens/ nes et électroniciens/nes ont un salaire lié à la performance. Cela indique que lorsque les entreprises utilisent la formation aussi et surtout en tant que mode de sélection de leurs futurs professionnels, elles introduisent le salaire au mérite dès l’apprentissage afin de séparer ainsi le bon grain de l’ivraie.

Croissance sélective des salaires

Actuellement, la demande des entreprises sur le marché des places d’apprentissage est plus forte que l’offre. Cette situation va plutôt se renforcer ces prochaines années si la conjoncture reste la même. Les entreprises formatrices auront donc de plus en plus de peine à trouver de nouveaux apprentis. Mais cette raréfaction de l’offre ne touchera pas toutes les entreprises et professions dans la même mesure. Il faut donc s’attendre à ce que les salaires des apprentis augmentent dans les entreprises et professions qui attirent le moins les jeunes. Une étude récente montre que le jeu de l’offre et de la demande se déroule aussi sur le marché des places d’apprentissage (cf. S. Mühlemann et S. Wolter, 2011): les entreprises formatrices qui se trouvent en concurrence sur leur marché du travail local avec de nombreuses autres entreprises recherchant des apprentis pour les mêmes professions, ont toujours dû offrir des salaires notablement plus élevés.

Liens et références bibliographiques

Strupler, M., Wolter, S. (2012): Die duale Lehre: eine Erfolgsgeschichte – auch für die Betriebe. Ergebnisse aus der dritten Kosten-Nutzen-Erhebung der Lehrlingsausbildung aus der Sicht der Betriebe. ​Glarus/Chur, Rüegger Verlag.

Mühlemann, S., Wolter, S. (2011): Un marché du travail suisse en concurrence parfaite? In La vie économique (N°3, pp. 47-50).

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Le prochain numéro paraîtra le 13 décembre. Focus: Hausse des exigences