Edition 06 | 2012

Focus "Coopération internationale"

Aspects du marché du travail

Spécialistes qualifiés et expérimentés recherchés

Les emplois dans la coopération internationale sont très convoités. Malgré de hautes exigences de base, comme une formation tertiaire et une expérience professionnelle préalable.

Par Noëmi Wertenschlag, chargée de la communication au Centre d’information, de conseil et de formation pour les professions de la coopération internationale (Cinfo), et Philippe Frossard.

De nombreux demandeurs d’emploi consultent les offres d’emplois dans la coopération internationale (CI) sur le portail informatisé www.cinfoposte.ch. Pour la période 2005 à 2010, Cinfo en a recensé annuellement entre 2700 et 3100. Son «Rapport sur le marché suisse du travail de la CI 2010», réalisé en collaboration avec le Bureau d’études de politique du travail et de politique sociale (BASS), en analyse les caractéristiques. 57% des personnes consultant ce portail s’intéressent prioritairement aux postes de la coopération au développement et 2% à ceux de l’aide humanitaire. Les 41% restants sont moins exclusifs et envisagent leur parcours professionnel aussi bien dans l’un ou l’autre de ces deux domaines.

Le marché du travail intéressant ces candidats couvre les postes à pourvoir ou déjà occupés dans les organisations de la CI, pour autant qu’elles aient leur siège principal ou une succursale en Suisse et y recrutent du personnel. En 2010, le marché suisse du travail de la CI a occupé 4300 spécialistes, équivalant à 3681 postes à plein temps, dont 62% attribués à l’aide humanitaire. Les deux tiers des spécialistes sont occupés par quatre employeurs centraux dans la CI: le Comité international de la Croix-Rouge, Médecins Sans Frontières, la Direction du développement et de la coopération (Département fédéral des affaires étrangères) et la Fondation Terre des hommes.

Ecarts entre offre et demande

Le marché du travail de la CI se caractérise de plus en plus comme un «marché de demandes», c’est-à-dire que les employeurs de la CI peuvent choisir entre un grand nombre de candidats. Alors que 85% des postes mis au concours en 2010 exigeaient une formation achevée de niveau tertiaire, 93% des candidats satisfaisaient cette condition. D’autre part, 26% des demandeurs d’emploi ne disposaient d’aucune expérience en CI, alors que cette expérience n’était pas exigée dans 37% des postes à pourvoir.

Mais la pénurie de spécialistes dans certains secteurs est identique à celle rencontrée globalement sur le marché du travail suisse (cf. graphique). L’inadéquation entre la demande et l’offre de maind’oeuvre s’observe dans les domaines des mathématiques, de l’informatique, des sciences et de la technique (ingénieurs). Elle se manifeste aussi dans les professions de l’enseignement et de la santé.

L’évolution des exigences

L’intérêt suscité par le marché du travail de la CI ne se relâche pas, malgré les changements qu’il connaît en Suisse, à l’étranger et dans les organisations internationales. De hauts niveaux de qualifi - cation sont exigés. Le recrutement du personnel de la CI s’internationalise, et les organisations engagent plus fréquemment leurs spécialistes à l’étranger. Mais la tendance à préférer le personnel local spécialisé est particulièrement marquée dans la coopération au développement, bien plus que dans l’aide humanitaire. C’est aussi une concrétisation du principe de l’aide à l’autonomie, postulé de longue date. Les fonctions pour lesquelles on recrute en Suisse évoluent donc vers des tâches de coordination, de management et de formation des adultes. Ces évolutions vont de pair avec une hausse des exigences. Plusieurs années d’expérience professionnelle après la fin des études s’imposent, et si possible à l’étranger. Pour la majorité des postes, une expérience dans la CI est souhaitée. La maîtrise des langues est en outre indispensable. Elles doivent se rapporter aux pays d’affectation, afin de faciliter le déploiement des personnes. Lorsque d’autres compétences que celles liées à la qualification et à l’expérience professionnelle sont nécessaires, elles se rapportent fréquemment à la gestion, au développement de projet, à la résolution de conflits, à la communication interculturelle, au conseil, à la formation professionnelle ou à la formation d’adultes.

Le cheminement préparatoire à une activité professionnelle dans la CI doit combiner une multitude de facettes. Il demande de l’opiniâtreté, sans compter qu’il faut avoir réfléchi à la problématique du développement, à l’amélioration des relations Nord-Sud. Les candidats doivent aussi être prêts à concilier leur engagement dans la CI avec les risques sécuritaires, les défis pour la vie familiale ou encore les nombreuses étapes d’une carrière qui n’est pas toute tracée.

Liens et références bibliographiques

www.cinfo.ch

Encadré

Les emplois de la CI

Le marché du travail de la CI couvre quatre domaines principaux:

- la coopération au développement (technique et/ou économique);
- l’aide humanitaire (aide aux populations en cas de catastrophes naturelles ou dans le contexte de crises et de conflits);
- la politique de développement (moyens et mesures de la CI au niveau national ou international);
- la promotion de la paix (prévention des conflits, réduction des tensions) et des droits humains (interventions diplomatiques, coordination entre Etats).

Encadré

Le savoir suisse dans les banques de développement

Par Jacqueline Breidlid, stagiaire au Cinfo.

Rares sont les Suisses qui travaillent dans les banques de développement. Pas à cause de qualifications ou de capacités moindres, mais plutôt en raison d’une méconnaissance de ces employeurs et des possibilités de carrière qu’ils offrent. Or les personnes en début de carrière y trouveraient justement des occasions intéressantes et lucratives. Presque toutes ces banques disposent d’un Young Professionals Programme (YPP) ou d’un International Professionals Programme (IPP). Destinés à la relève, ces programmes exigeants ciblent les jeunes ambitieux aspirant à une position de cadre.

Palette d’opportunités

Un diplôme d’une haute école, d’excellentes connaissances linguistiques, un âge inférieur à 32 ans et parfois quelques années d’expérience professionnelle figurent parmi les critères d’admission. Outre des spécialistes en finances, ces banques recherchent des professionnels de l’éducation, de la santé, des sciences sociales et de la gestion des ressources. En effet, ils sont appelés à conseiller des gouvernements de pays en développement ou émergents, sur la lutte contre la corruption et les réformes administratives, ou à coordonner des projets de santé, d’éducation et de lutte contre la pauvreté. Autres possibilités d’accès aux banques de développement: les stages, ou le Legal Associates Programme et le Junior Professional Associates Programme à la Banque mondiale. Ce dernier ressemble aux programmes destinés à la relève, mais n’exige qu’un bachelor et moins d’expérience professionnelle. En revanche, le Legal Associates Programme s’adresse aux juristes fraîchement émoulus, pour leur permettre de collaborer à la vice-présidence juridique ou au service juridique de la banque. La Banque interaméricaine de développement et le Research Fellows Programme offrent aussi des stages à des diplômés universitaires, faisant leurs premières expériences professionnelles avant la poursuite d’autres études.

Ces programmes permettent une première approche du monde professionnel et une meilleure connaissance des organisations concernées. D’autres visent la couverture des besoins de la relève dans les banques multilatérales de développement. L’IPP de la Banque européenne pour la reconstruction et le développement fait tourner douze stagiaires pendant six mois dans trois départements du siège à Londres, et les envoie ensuite cinq mois en mission à l’étranger. La banque investit beaucoup dans le développement professionnel et individuel des jeunes qu’elle souhaite garder comme relève.

Davantage de Suisses, s.v.p.!

Mais alors, comment attirer plus de Suisses et donc injecter davantage de savoir et d’influence dans les banques de développement? Les délais de candidature et les critères d’admission étant propres à chaque programme, les candidats doivent s’informer en détail, et estimer s’ils les remplissent. Cinfo a été mandaté par le Secrétariat d’Etat à l’économie pour faire connaître les possibilités de travail dans les banques multilatérales de développement, et pour soutenir les candidats.

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Prochaine édition

Le prochain numéro paraîtra le 25 octobre. Focus: Égalité des sexes